1er juin 1926 : L’ombre du Lorrain

Poincaré va revenir. C’est l’évidence. À l’Élysée, la rumeur enfle, Briand tangue, le franc coule. Et moi ? Je ronge mon frein. Aujourd’hui, en traversant le bureau de Doumergue, j’ai fixé le grand fauteuil près de la cheminée. C’est là qu’il s’asseyait. Sept ans de face-à-face, de 1913 à 1920. La guerre, la boue de 14, les colères de Clemenceau. Puis la Ruhr en 23. Toujours raide. Toujours juriste.


Alors oui, j’ai la gorge nouée. Pas parce que j’ai peur de l’inconnu, non. C’est parce que je le connais par cœur. Et qu’il me connaît aussi.
On ne la fait pas à Raymond. Il sait tout de mes réseaux, de ma diplomatie parallèle. Sous Doumergue, l’Élysée est un salon confortable où l’on refait le monde autour d’un madère. Sous Poincaré, ça va filer droit. Finie la récréation, retour à la caserne juridique. Il va vouloir tout contrôler, tout verrouiller.


Mais il y a pire. Un secret lourd entre nous. Je l’ai vu faiblir. En août 14, j’étais dans son cabinet. Ses mains tremblaient en signant l’ordre de mobilisation générale. Je l’ai vu pleurer, de vraies larmes, sur les rapports de pertes de la Marne. Et un homme d’État aussi orgueilleux, ça ne vous pardonne jamais d’avoir été le témoin de ses faiblesses. Jamais.
Ce soir, chez moi à Versailles, la nuit est lourde. Bientôt, il va se réinstaller au pouvoir. Il va chercher mon regard. On y lira treize ans de fantômes partagés. Ça va être serré. Mais j’ai la peau dure.

Raymond Poincaré explique à Olivier le Tigre comment nous pourrions sauver le franc

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