10 octobre 1907: Des autos pour la Police

D’ici la fin de l’année, j’espère voir aboutir définitivement un projet qui me tient à coeur: la mise en place des brigades mobiles de la Sûreté nationale.

L’essor de la criminalité – les bandits se déplacent en auto et osent franchir les frontières des départements (non mais!) – oblige à créer des unités motorisées dirigées par un commissaire et capables d’intervenir sur tout le territoire national dans des délais très brefs.

On n’imagine pas les obstacles qu’il faut franchir pour faire aboutir ce projet. Le ministère des Finances nous demande de nous justifier, point par point, dans de longs rapports dont nous attendons les réponses pendant des semaines. M. Hennion, le nouveau patron de la Sûreté, flic reconnu et bien vu du Ministre, reste tenace. Je suis sûr que nous allons y arriver. Je rage à chaque fois que je vois un fait divers dans la presse où l’on apprend que des gendarmes à cheval ou des policiers en vélo n’ont pas pu mettre la main sur telle ou telle crapule en automobile.

Avec la création de ces brigades, mon ministre -qui suit personnellement le dossier – pourra avoir une réputation plus flatteuse que celle de « briseur de grèves ».

  

Un modèle qui fait rêver, va à 100 km/h…nos policiers se contenteront sans doute d’un modèle plus classique.

9 octobre 1907: Les deux Tours de France

Henri Desgrange en 1892 

Illustration de Le Tour de la Francepar deux enfants

Deux « Tours de France » m’amusent.

Ils n’ont guère à voir entre eux:

Le premier est une épreuve sportive très dure. Les participants doivent, avec un vélo, faire le tour de notre beau pays, sans aucune assistance.

Le second est le livre bien connu de G. Bruno; racontant la découverte de la France par deux enfants.

J’ai eu professionnellement à « travailler » sur ces deux « dossiers »:

– L’épreuve sportive doit faire l’objet chaque année d’une autorisation par le ministère. Mon Patron se méfiant un peu des organisateurs, à la réputation d’anti-dreyfusards, le dossier arrive chaque année jusqu’à mon bureau.

L’épreuve commençant à avoir un peu de succès, il n’est pas question de s’y opposer. Pourtant, nous devons être vigilants à ce que cette course ne soit pas une occasion de critique ou de mise en cause du gouvernement.

Pour l’instant, les craintes de mes chefs paraissent infondées. Dans ma note à leur intention, j’ai indiqué que les seuls risques sont les crevaisons, les chutes ou les arrêts cardiaques!

– Quant au livre scolaire, devenu un succès de librairie, j’ai dû le lire en entier – petite récréation au frais du contribuable – pour vérifier que la nouvelle version respectait les principes de laïcité.

J’ai comparé l’ancienne version et la nouvelle. J’ai trouvé plaisant de constater que l’autocensure de l’auteur allait jusqu’à supprimer les « Mon Dieu » souvent prononcés par les enfants! Là encore, mes chefs peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

Tout cela nous éloigne bien de la revanche contre la Prusse!

8 octobre 1907: Au service d’un programme social

 Portrait de Clemenceau par Félix Nadar

Je travaille sous les ordres d’un gouvernement qui a un programme dont on peut être fier. En octobre 1906, Georges Clémenceau a annoncé la journée de 10 heures, un vote sur les retraites ouvrières, une loi sur les contrats collectifs de travail, la liberté d’association professionnelle pour les syndicats. Les chemins de fer de l’Ouest, les compagnies minières pourront être rachetées.

Derrière tout cela, il y aura, nous l’espérons tous, une amélioration de la condition des ouvriers…qui ne voient actuellement leur situation s’améliorer que très lentement.

L’Assemblée a largement soutenu ce programme par 376 voix contre 94.

Les grèves qui agitent souvent le pays, les syndicats qui se durcissent, mettent en péril ces réformes.

Pouquoi couper la partie de Paris électrifiée de toute lumière en mars dernier?

Pouquoi tant de violence dans la grève des dockers à Nantes?

Pourquoi Jaurès attaque-t’il le gouvernement avec cette virulence?

J’aime cette phrase de mon ministre en réponse aux attaques de l’opposition: « Vous prétendez fabriquer directement l’avenir; nous fabriquons, nous, l’homme qui fabriquera l’avenir ».

7 octobre 1907: Le Salon d’Automne

La Montagne Sainte-Victoire vue de Bellevue (1882-1885).Je suis allé hier au Salon d’automne: les tableaux de Cézanne surprennent. Les formes sont très géométriques. Ce sont des jeux de lumière et d’ombre qui re-crééent une Provence… bien éloignée de mes propres souvenirs.

Un tableau m’a aussi marqué: La Charmeuse de Serpent; l’auteur serait fonctionnaire comme moi. Quelle audace! Nous sommes dans la jungle au bord d’un fleuve immense. Une sorcière joue de la flûte dans la pénombre alors que les serpents s’approchent. Le tableau nous envahit, nous sommes plongés dans cette univers mystérieux, fascinant. On ne sait si nous vivons un (mauvais) rêve ou si nous sommes éveillés au milieu d’herbes hautes, de moustiques et d’eau sale.

A voir…pour aimer, pour rire ou pour critiquer dans les dîners…

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