24 avril 1909 : Notre bébé est né !

Alexis est né le 23 avril 1909 à 10 h 15 dans la soirée. Tout s’est vraiment bien passé. Il a crié de suite et il se porte à merveille. Sa maman a été très courageuse car il pèse 5,08 kilogrammes… « 10 livres ! » s’est exclamée, ébahie, la sage-femme en me montrant le jeune gaillard.

Le docteur Roger a été remarquable et nous a montré que la science pouvait apporter le plus de sécurité possible à un accouchement guère évident.

Le papa que je suis est très heureux, un peu fatigué et admiratif de sa femme… Le travail a été long.

J’ai hâte que mes deux premiers enfants, Nicolas et Pauline, découvrent leur petit frère.

Nous avons fait venir un « photographe » et je vous montrerai, dès que possible, un beau portrait de ce -grand – nouveau né.

23 avril 1909 : Notre bébé arrive dans quelques heures !

Le docteur Roger est venu ce matin et a examiné mon épouse : tout est prêt, notre petit troisième arrive. Le médecin a annoncé qu’il repasserait vers deux heures et qu’à ce moment, le travail  devrait commencer. Si ce n’est pas le cas, il fera quelques gestes pour accélérer les choses. Le début d’après midi semble lui convenir : « aucun autre patiente ne s’annonce pour ce moment ».

Un policier du ministère m’a apporté quelques plis urgents : des arbitrages budgétaires qui ne peuvent attendre et sur lesquels je dois donner un avis.

Ambiance bizarre : l’envie de ne m’occuper que de ma femme et moi ; la peur de laisser passer une erreur ou une difficulté pour le travail. Clemenceau sera compréhensif… je lâche donc prise sur le cabinet.

De l’émotion aussi quand j’ai appris que le bébé arrivait. A chaque naissance, mes yeux deviennent vite humides. Une très grande tendresse aussi en direction de ma femme qui va passer un moment qui sort complètement de l’ordinaire… du courage, du courage…

Dans quelques heures, un nouvel enfant, une nouvelle vie qui démarre… c’est banal… et c’est fabuleux à la fois.

13 avril 1909 : Ma femme accouche bientôt

Neuf mois, c’est long. Tous les désagréments de la grossesse et pas beaucoup de répit. Le bébé sera sans doute gros : l’aîné de mes enfants pesait déjà neuf livres. Mon épouse m’interpelle :  » je sens qu’il est déjà descendu. Mon chéri, vous êtes prêt à aller chercher le docteur Roger, le moment venu ?  »

corset-pour-femmes-enceintes.1239563758.gifUn corset pour femme enceinte

La chambre à coucher est déjà aménagée pour le grand jour. Le médecin doit avoir tout sous la main : bassines, eau pure, draps blancs, alcool, cuillères. Un lit a été spécialement dressé pour faciliter l’opération. La bonne se tient régulièrement informée des déplacements du docteur pour pouvoir le trouver rapidement dès que nous aurons besoin de lui. Ce dernier a déjà effectué deux visites à notre domicile pour vérifier que tout se passait bien et confirmer que ma femme n’ayant pas de bassin étroit et mère de deux enfants déjà devait envisager le moment de façon « sereine ». Mon épouse s’est exclamé, en entendant ce mot et se rappelant ses longues souffrances avant l’arrivée de Nicolas et de Pauline : « on voit bien que ce n’est pas vous qui accouchez !  »

Nous guettons les signes annonciateurs du grand moment : contractions… mais aussi, dit-on, frénésie de ménage (?!).

Un peu inquiet, je consulte les statistiques du ministère : seuls 5% des femmes meurent en couche. C’est beaucoup mais quatre fois moins qu’il y a cinquante ans. A priori, les ouvrières et celles qui mettent au monde leur enfant à l’hôpital sont beaucoup plus facilement victimes d’infections mortelles que les autres et dans ce cas, les chiffres montent à 20 %.

Notre appartement parisien et la présence d’un médecin protègeront donc plus facilement la maman et notre bébé. Il y a treize ans, à la naissance de l’aîné, nous n’avions pu payer que la sage femme. Chaleureuse (c’était une religieuse), efficace mais moins rassurante -pour moi – qu’un homme très diplômé sortant de l’académie de Paris.

Quand l’accouchement commencera, il faudra que j’attende patiemment dans la cuisine en tournant en rond. L’accès à la chambre à coucher me sera interdit et la bonne viendra régulièrement pour me donner des nouvelles.

Nous hésitons encore sur le prénom. Nous sommes très sensibles à la mode : Jean, André, Pierre ou Marcel si c’est un garçon, Marie, Jeanne ou Madeleine si c’est une fille. Ou alors, quelque chose de beaucoup plus original, comme pour ses parents (en ce début de XXème siècle, on compte très peu de Nathalie et d’Olivier). Mais là, chut, c’est un secret. Ce journal pourrait tomber entre les mains de nos proches qui brûlent de savoir !

 klimt.1239562666.jpg Gustav Klimt : L’Espoir

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