26 octobre 1907: Peguy: « La France est menacée ».

 Charles Péguy portrait par Jean-Pierre Laurens (fils de Jean-Paul Laurens)

Pour le compte de mon ministre, je visite assez souvent ce que Paris compte de savants ou de lettrés partageant peu ou prou nos idées.

Même s’il est inconnu du grand public, je ne peux ignorer Charles Péguy, aux talents incontestables de poète mystique.Son « Jeanne d’Arc » ne s’est pas beaucoup vendu mais on ne peut rester indifférent à l’évocation qu’il fait de cette héroïne de notre histoire nationale, quittant son village natal pour accomplir son destin :

« Voici que je m’en vais en des pays nouveaux:

Je ferai la bataille et passerai les fleuves;

Je m’en vais m’essayer à de nouveaux travaux,

Je m’en vais commencer là-bas les tâches neuves.

Et pendant ce temps là, Meuse ignorante et douce,

Tu couleras toujours, passante accoutumée,

Dans la vallée heureuse où l’herbe vive pousse,

O Meuse inépuisable et que j’avais aimée. »

Depuis 1905 et l’incident de Tanger, Charles Péguy est persuadé, comme G. Clémenceau, que la France est menacée par une Allemagne implacable, puissante et conquérante.

« L’imminence d’une invasion est réelle » s’est exclamé le poète en me prenant par le bras dans son bureau de la rue de la Sorbonne, où il édite les « Cahiers de la Quinzaine ».

Pour lui, il faut armer le pays (matériellement et plus encore, mentalement), refuser le discours de paix de personnes qui « trahissent, en fait, l’idéal socialiste » comme J. Jaurès. 

Si je n’ai malheureusement pas de doute sur les dangers que représente notre voisin allemand, je reste persuadé que la guerre serait un désastre. Aucun des pays ne pouvant écraser l’autre, le conflit conduira sans aucun doute à de pertes effroyables.

Je suis très seul à penser cela et nombreux sont ceux qui croient profondément qu’une armée française, disciplinée, nombreuse et bien équipée, peut écraser l’adversaire rapidement.

25 octobre 1907: Le Lusitania obtient le Ruban Bleu

 

Les paquebots représentent un paradoxe. Ils sont de plus en plus rapides et pourtant, le temps s’y écoule toujours aussi lentement lorsque l’on est à bord.

Traverser l’Atlantique reste long: Une semaine environ. Les aménagements des bateaux se calquent progressivement sur celui des grands hôtels et les passagers peuvent se distraire plus facilement qu’il y a vingt ans. Il y a des salons de lecture, une salle de bal, une bibliothèque, des lieux pour écrire sa correspondance, des bar à l’américaine et jardins d’hiver…

En ce mois d’octobre, les anglais viennent de ravir le Ruban bleu (record de traversée de l’Atlantique) aux allemands qui le détenaient depuis plus de dix ans.

Le Lusitania s’élance sur les flots avec des pointes qui peuvent dépasser 45 km/h.

J’espère un jour aller en Amérique dans l’une de ses premières classes huppées, lors d’un voyage professionnel (avec mes propres moyens, cela serait hors de portée).

On m’explique qu’il faut retenir sa place dans la luxueuse salle à manger, non loin de la table du commandant, plusieurs mois avant le départ!

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24 octobre 1907: Louis Renault, vivre pour l’automobile

Voiturette Renault Type D Série B de 1901

Un déjeuner d’affaire avec quelqu’un qui ira loin: Louis Renault, 30 ans, installé à Boulogne-Billancourt.

Ce dernier est à la tête d’une société qui prend de l’ampleur -près de 2 000 ouvriers – et qui construit des automobiles moins chères qu’ailleurs, plus légères, moins luxueuses que d’autres… mais pas forcément moins fiables.

Il a des idées plein la tête comme le fait de lancer des véhicules équipés d’un compteur qui indique le prix de la course (appelé taximètre), conduits par un chauffeur que l’on peut héler dans la rue, pour être transporté d’un point à un autre, en ville.

Il a aussi un vrai sens commercial: il a déjà ouvert une filiale en Allemagne et une autre en Angleterre. Il se fait aussi remarquer au Grand Prix de l’Automobile club de France

Va-t’il rattraper un jour le premier constructeur français, Peugeot?

En attendant, il a déjà dépassé la myriade de petits constructeurs et assembleurs d’automobiles français. Il construit pour des clients comme moi, sans fortune, mais avec quelques moyens cependant.

Je suis sûr que la police et l’armée auront un jour besoin de ses services.

A suivre…

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