8 et 9 aout 1908 : Apocalypse Congo

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Je viens de lire un texte terrible sur ce qui semble se passer dans le Congo dirigé par nos voisins belges :  » King Leopold’s Rule in Africa  » de E.D. Morel.

Ce que je lis me fait honte pour les hommes blancs colonisateurs que nous sommes.

Il est évoqué, dans ce pays sous gouvernement direct du Roi, un système très organisé de travail forcé permettant la production de l’ivoire et du caoutchouc.

Pour permettre le transfert de population vers les zones de production, sont pratiqués des déplacements massifs de familles entières entre provinces.

Des villages se vident de leurs habitants et d’autres connaissent le surpeuplement et la famine.

Victimes de mauvais traitements de la part de l’administration coloniale ( » la Force Publique » ), on ne compte plus les blessés ou les décès par épuisement.

L’opinion publique européenne commence à être sensibilisée sur cette situation. Des écrits de Mark Twain, de Arthur Conan Doyle viennent compléter le document de E.D. Morel.

Le Roi des Belges Léopold II oscille entre une reconnaissance sincère de la situation générant des mesures correctrices et la dénégation farouche.

Contrairement à certains officiels belges, je ne crois pas que tout ce qui s’écrit sur le Congo vient d’un complot britannique contre le Royaume de Belgique.

Mission catholique de Brazzaville - le roi Makoko - Société de Géographie (1907).jpg

Nous autres Français, devons rester modérés dans nos critiques. Les échos qui me parviennent sur les conditions de notre domination sur Brazzaville et le Congo français montrent que Paris ne semble guère plus humain que Bruxelles dans le traitement réservé aux ethnies locales.

Tout cela me fait penser à ce long récit, « Au Coeur Des Ténèbres », de Joseph Conrad. L’écrivain évoque ce jeune officier qui remonte un fleuve africain à la recherche d’un collecteur d’ivoire fascinant mais sombre, dont on est sans nouvelle : Kurtz.

Au fur et à mesure de son périple, l’officier, embauché par une compagnie commerciale belge, s’éloigne de toute civilisation et rencontre une humanité de plus en plus sauvage et primitive. Il s’enfonce au coeur de l’Afrique mystérieuse et découvre cette part obscure et cachée de l’homme.

Je me demande si la colonisation n’est pas un long voyage de tout l’Occident  » au coeur des ténèbres ». Expédition sans retour où nous risquons de perdre notre âme.

7 et 8 aout 1908 : Theodore Roosevelt et les parcs naturels

120°-Panorama, Half Dome, Yosemite National Park

Nouveau déjeuner avec le collègue qui a passé cinq ans à l’ambassade de France à Washington.

Il me raconte que le Président Theodore Roosevelt est un défenseur acharné des parcs naturels et de la faune.

A la suite des interventions de Gifford Pinchot, chef de la division des forêts au ministère de l’intérieur, ce ne sont pas moins de 159 étendues boisées qui ont été placées cette année sous la gestion du National Forest. Certains américains s’en amusent et caricaturent cette frénésie de protection des arbres par l’Etat Fédéral. Des dessins circulent dans la presse satirique montrant d’immenses forêts où chaque séquoia est protégé par un agent fédéral armé.

« Si nous n’avions pas créé un système de réserve, chaque acre de bois de l’Ouest serait aux mains d’un trust » s’est écrié, persuadé de son bon droit, le Président.

Plusieurs parcs naturels viennent aussi d’être transformés en parcs fédéraux. C’est le cas du magnifique Yosemite en Californie. Une ligne de chemin de fer vient d’y donner accès. Je rêve d’y aller un jour!

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Roosevelt avec le créateur de Yosemite National Park, John Muir

Le Président a même donné son surnom « Teddy » aux…ours en peluche .Tout cela à la suite d’une sympathique anecdote, rapportée par toute la presse américaine, sur le fait que le chef d’Etat, passionné de chasse, aurait refusé de tuer un vieil ours blessé qui ne pouvait se défendre. Depuis, les marchands de jouets font fortune en commercialisant des ours avec le nom de Teddy: Teddy’s Bear puis Teddy Bear.

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5 août 1908 : Un premier ministre qui sait s’imposer

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Herbert Henry Asquith tient bien en main son fougueux ministre du commerce W. Churchill

Un cabinet avec des personnalités de talent, reconnues ou prometteuses. Le gouvernement britannique, formé il y a déjà quelques semaines, fait envie. Il tranche avec notre Conseil des ministres français déjà usé jusqu’à la corde par deux années difficiles à la tête d’un pays remuant.

Outre-manche, les idées nouvelles ont la parole, portées par de jeunes ministres comme Loyd George et Winston Churchill.

A la tête de l’équipe de choc : Herbert Henry Asquith, Premier ministre de 56 ans. Expérience et force, autorité naturelle, pétri de culture classique. On remarque vite sa volonté d’en découdre avec tout ce que la vieille Angleterre compte d’institutions surannées. Surnommé « The Sledgehammer » (le marteau de forgeron), on sent qu’il brûle de taper fort sur la très conservatrice Chambre des Lords. C’est un libéral au sens anglo-saxon du terme : liberté pour le commerce, protection sociale – et donc liberté – pour les plus faibles que sont les ouvriers.

Dans ses projets sociaux, il pourra naturellement compter sur Loyd George le plébéen. Fils de cordonnier, autodidacte, le Chancellor (ministre des finances) a une revanche à prendre sur la vie, quelque chose à prouver. Il veut déclarer la guerre à l’indigence et assurer une pension pour les plus âgés.

En face, un patricien : Winston Churchill. L’homme né avec une cuillère en argent dans la bouche, accède à trente-trois ans au poste de président du Board of Trade (ministre du commerce et de l’industrie). Lui aussi veut s’occuper des pauvres et pense – sérieusement – que la providence l’a désigné pour veiller sur eux.

Asquith, Loyd George et Churchill sont tous les trois des orateurs hors pair. Avec des discours enflammés, ils séduisent une opinion anglaise qui a fini par se lasser d’une révolution industrielle qui laisse beaucoup de monde sur le bord de la route.

Le défi à relever pour Asquith est passionnant : comment secouer un pays menacé par l’immobilisme des riches conservateurs tout en éloignant le danger permanent d’une subversion ouvrière violente ?

Faire des réformes sociales crédibles pour tuer le socialisme… en douceur. Voilà ce que les ministres français peinent à faire, fragilisés par une Chambre prête à les renverser à tout moment et affaiblis par une pensée « radicale » à bout de souffle.

Ne rêvons pas sur « l’exemple britannique ». Il faudra que les ministres, là-bas aussi, passent des discours aux actes.

Asquith a eu une conversation -en anglais – avec G. Clemenceau. Ce dernier l’interrogeait sur ses deux ministres si prometteurs que sont Loyd George et Churchill.

– Vous pensez qu’ils sauront faire évoluer votre pays et accomplir de grandes réformes ?

– Pour l’instant, mon cher Georges, je vois plus leur sens de l’intrigue et de la manoeuvre.

– Ils ne sont donc pas comme les dépeint la presse admirative ? Ils n’ont pas d’idéaux chevillés au corps ?

– Pensez donc ! Loyd George est sans principe et Churchill sans conviction ! « 

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