8 septembre 1908 : « Les Allemands n’ont pas les dirigeants qu’ils méritent »

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Gare de l’Est, ce soir. Départ pour Berlin.

 » Les Allemands n’ont pas les dirigeants qu’ils méritent » . Le jugement de Jules Cambon, notre ambassadeur à Berlin est sans appel.

Il ajoute :  » Cela fait maintenant un an que je fréquente les proches du Kaiser et du Chancelier von Bülow. Ils reconnaissent tous à mots couverts que la machine gouvernementale allemande vit dans le plus grand désordre.  »

Jules Cambon : une intelligence en marche, un mythe dans le monde de la diplomatie. C’est lui qui a aidé les Etats-Unis à mettre fin à leur guerre avec l’Espagne aboutissant au traité de paix de Paris de 1898. Heure de gloire de la diplomatie française, marque de la renaissance internationale de notre pays.

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J. Cambon signe le traité de Paris en 1898 et met fin au conflit entre les Usa et l’Espagne

Jules Cambon, c’est aussi un passé prestigieux de haut fonctionnaire. Il semble avoir été à l’aise partout : comme secrétaire général de la préfecture de police, puis préfet du Nord ou du Rhône. On le regrette aussi quand il quitte son poste de gouverneur général de l’Algérie. Il parle d’or, ses écrits s’arrachent dans les milieux spécialisés.

Jules Cambon est à Paris. Il est rappelé « pour consultation » par le gouvernement à la suite d’une affaire qui tourne au vinaigre avec l’Empire de Guillaume II. Deux légionnaires français d’origine allemande en poste au Maroc ont déserté et ont trouvé refuge auprès des autorités allemandes locales. La France, à juste titre, réclame leur retour dans leur régiment sans obtenir satisfaction des Allemands. La presse des deux pays s’en mêle, les opinions publiques s’échauffent. Le gouvernement allemand fait preuve d’agressivité… sans être suivi par ses principaux conseillers, catastrophés par la tournure prise par un événement qui aurait dû rester mineur.

jules-cambon.1220818126.jpg J. Cambon

L’ambassadeur Cambon, homme de paix et de dialogue, apporte des nouvelles rassurantes : les propos tenus par deux ou trois ministres allemands sont isolés. L’élite administrative berlinoise souhaite au contraire l’apaisement et demeure prioritairement soucieuse de ne pas isoler l’Allemagne sur la scène internationale.

 » A la bonne heure !  » s’écrit Clemenceau.  » Il faut un arrangement qui ne fasse perdre la face à personne. M. Cambon, vous repartez ce soir pour Berlin. Vous êtes accompagné par l’un de mes conseillers en qui j’ai toute confiance et vous avez carte blanche pour trouver, avec lui, une porte de sortie à cet incident diplomatique idiot.  »

Le conseiller  » de toute confiance », c’est moi. Heureux, flatté d’accompagner un personnage aussi glorieux que Jules Cambon jusqu’à Berlin.

Le train de nuit part à l’instant de la gare de l’Est. Au bout du chemin, l’Allemagne. Notre vainqueur de 1870, notre rivale de toujours mais une puissance, une efficacité, une culture qui nous fascine.

Ces quelques mots que me glisse, dans le compartiment de 1ère classe, Jules Cambon, me montrent qu’il a le sens de la formule :  » Avec l’Allemagne, nous avons perdu la guerre ? Eh bien, il faut gagner la paix !  » .

A suivre…

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