27 et 28 août 1908 : Elections USA : les Démocrates dans les choux

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W. Bryan, candidat démocrate aux élections de 1908, déjà battu deux fois en 1896 et 1900, n’a pas beaucoup de chances de l’emporter sur les Républicains

Les Démocrates sont mal partis. Le Président sortant Theodore Roosevelt demeure très populaire et même s’il a choisi de ne pas se représenter, il soutient un « poulain », William Taft, qui a de bonnes chances d’être élu.

Depuis douze ans, le parti démocrate demeure dans l’opposition. Il n’a pas su trouver de parade efficace à l’action énergique de l’actuel chef d’Etat.

En effet, quel électeur d’outre-atlantique peut trouver à redire à l’action de T. Roosevelt ?

Les Etats-Unis n’ont jamais été aussi forts et reconnus dans le monde. Personne n’ose se frotter à leur puissante flotte de guerre ; aucun Etat ne se permet plus d’intervenir sans leur autorisation sur le continent américain. Le Président a coutume de dire : « Parler doucement et manier un gros bâton (a big stick), voilà le secret de ceux qui vont loin ! ». Le « big stick »  fait peur et en impose même aux arrogantes puissances européennes.

On recherche -fait nouveau- l’arbitrage des USA dans les conflits internationaux. Le récent conflit russo-japonais a trouvé sa solution grâce à la médiation américaine. L’Angleterre et la France ont été à peine consultées sur le règlement de ce différent. Theodore Roosevelt a reçu à cette occasion, en 1906, le prix Nobel de la Paix.

En politique intérieure, les Républicains ont aussi su être efficaces. Limitant la puissance des grosses firmes (compagnies ferroviaires, trusts de l’alimentation…), ils sont soucieux du sort des ouvriers et des droits des consommateurs :

– quand un conflit grave éclate entre les mineurs et leurs patrons, l’Etat fédéral obtient pour les premiers une augmentation des salaires substantielle et une baisse de leur temps de travail ;

– les firmes alimentaires doivent, depuis la « Food and Drug Act », publier ce qu’elles mettent dans leurs produits (nutrition facts) et ne peuvent plus utiliser d’additifs dangereux pour la santé.

L’Amérique souhaite rester le pays des grands espaces et continuer à abriter une nature splendide. A cet effet, le Président Roosevelt a soutenu la création et l’extension des grands parcs nationaux. il a oeuvré à réglementer la distribution des eaux.

Bref, que peut reprocher le probable candidat démocrate William Jennings Bryan aux Républicains en place ?

Pas grand chose.

Le parti démocrate reste une coalition hétéroclite de toutes les minorités et mécontents du pays. Les agriculteurs du Sud, certains commerçants sans le sou, les catholiques, les nouveaux immigrants, les habitants de certaines grandes villes craignant la montée en puissance de l’Etat fédéral… tout ce petit monde ne fait pas un parti soudé et cohérent, tout cela ne conduit pas à une plate-forme crédible pour gouverner.

Theodore Roosevelt savoure sa toute puissance. Grand seigneur, il laisse les rênes du pouvoir et prépare tranquillement un grand safari en Afrique.

Il astique son fusil et laisse à William Taft, le candidat républicain, le soin de tirer les cartouches mortelles qui risquent de maintenir les démocrates dans l’opposition pour quatre ans encore.

26 août 1908 : 19 médailles olympiques pour les Français

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Une cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Londres qui a provoqué quelques polémiques

Que penser de ces Jeux Olympiques de Londres ?

Victoire du sport ou du chauvinisme national ?

Il y a eu de beaux moments comme la performance d’Oscar Swahn qui, à soixante ans, a remporté une médaille d’or en « tir sur cerf courant ». Le Suédois a provoqué l’admiration de la foule du White City Stadium par son calme et son exceptionnelle habileté. Je pense que nous ne reverrons pas de sitôt un sportif de haut niveau de cet âge.

Autre instant d’émotion quand le marathonien italien Dorando Pietri a achevé la course longue de 42 kilomètres, en première place, à bout de forces. A quelques mètres de l’arrivée, il s’est effondré plusieurs fois, s’est relevé courageusement et a fini soutenu par un public enthousiaste. Nous sommes quelques-uns à regretter sa disqualification finale : les arbitres lui reprochent d’avoir été aidé et porté par des supporters pour finir l’épreuve.

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La terrible arrivée du marathonien italien Dorando Pietri

On pourrait aussi parler des sympathiques William et Charlotte Dod, le frère et la soeur, tous les deux médaillés en tir à l’arc.

On n’oubliera pas les finalistes en lutte gréco-romaine, Martensson et Andersson. Le second a accepté de repousser d’un jour la finale pour permettre au premier, Martensson, de se remettre d’une blessure. Beau geste. D’autant plus que c’est finalement Martensson qui a eu la médaille d’or !

Les Jeux sont aussi une occasion unique pour les vingt-deux nations représentées, de montrer leur force et leur détermination.

Cela a commencé au moment du défilé d’ouverture.

Pas moins de trois querelles autour des drapeaux !

Les Suédois ont refusé de défiler parce que leur drapeau n’était pas hissé de façon permanente dans le stade. Les Finnois, membres de l’Empire russe, ont fait la tête, de façon ostensible, en marchant derrière la bannière du Tsar. Quant aux Américains et aux Anglais, ils sont à l’origine d’une invraisemblable polémique ; les premiers refusant de « tremper » leur bannière toute républicaine dans un grand vase béni… par le Roi britannique et les seconds voulant interdire, dès lors, que celle-ci soit déployée.

Tout cela est bien futile et gâche un peu la fête.

Nous, Français, avons de bonnes raisons de rentrer la tête haute de ces Jeux de Londres.

Notre pays est quatrième sur vingt-deux et nous avons décroché dix-neuf médailles dont cinq en or.

Les esprits chagrins remarquent cependant que sans les épreuves de tir et sans l’escrime ou le cyclisme, nous n’aurions pas eu beaucoup de compatriotes sur les marches des podiums. C’est vrai. Nous ne sommes manifestement pas très doués en athlétisme.

A qui la faute ?

Les jeunes Anglais et Américains, grands vainqueurs de ces quatrièmes Olympiades, passent, dans leurs écoles et universités, tous leurs après-midi à faire du sport. En France, on préfère l’austérité cérébrale des versions grecques et latines. C’est un choix… qui ne conduit pas à faire des étincelles au « 100 mètres  » ou au « lancer de javelot » !

25 août 1908 : On sort ce soir ?

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Nous, les Parisiens, sommes souvent des provinciaux par nos attaches familiales. Nous gardons des contacts avec nos régions d’origine : Bretagne, Normandie, Auvergne, Sologne …

Nous préservons aussi dans un coin de notre coeur la nostalgie de tel ou tel aspect de la vie de nos villages.

Et nous sommes peinés quand nous constatons le déclin voire la disparition de traditions que nous aimions.

Il en va ainsi des veillées. Ces moments chaleureux associaient dans une grange, une étable ou une cave, trente à quarante villageois, voisins, frères ou cousins, des plus jeunes aux plus vieux. On chantait, on buvait, mangeait des châtaignes ou des noix.

Les plus anciens échangeaient des souvenirs de guerre. Les enfants écoutaient, ébahis, des contes fantastiques destinés à parfaire leur éducation.

Les jeunes gens arrivaient à s’isoler pour  » roucouler  » ensemble. Les filles prêtes à marier préparaient leur trousseau.

Chacun échangeait sur l’actualité du village et sur les travaux à organiser de façon collective.

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Les femmes qui organisaient ces veillées d’antan doivent maintenant s’effacer devant l’essor des cafés et des cabarets.

Depuis la loi du 17 juillet 1880 qui supprime les autorisations préalables, ces lieux de boissons et de jeux, connaissent un développement considérable. On en compte parfois cinq à dix pour des villages de 500 âmes !

En outre, les jeunes commencent à utiliser la bicyclette et donc élargissent leurs possibilités de rencontre, sans avoir besoin des veillées.

Celles-ci disparaissent donc au profit de longues soirées au café, des bals ou des réunions festives n’associant que les jeunes.

Les hommes jouent aux cartes. Cézanne les a immortalisés. Et les femmes dans tout cela ? Doivent-elles attendre les bals pour sortir ?

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 » Les joueurs de cartes  » , par Cézanne

25 août 1908 : L’imminence d’une invasion est réelle

Charles Péguy portrait par Jean-Pierre Laurens (fils de Jean-Paul Laurens)

Pour le compte de mon ministre, je visite assez souvent ce que Paris compte de savants ou de lettrés partageant peu ou prou nos idées.

Même s’il est inconnu du grand public, je ne peux ignorer Charles Péguy, aux talents incontestables de poète mystique.Son « Jeanne d’Arc » ne s’est pas beaucoup vendu mais on ne peut rester indifférent à l’évocation qu’il fait de cette héroïne de notre histoire nationale, quittant son village natal pour accomplir son destin :

« Voici que je m’en vais en des pays nouveaux:

Je ferai la bataille et passerai les fleuves;

Je m’en vais m’essayer à de nouveaux travaux,

Je m’en vais commencer là-bas les tâches neuves.

Et pendant ce temps là, Meuse ignorante et douce,

Tu couleras toujours, passante accoutumée,

Dans la vallée heureuse où l’herbe vive pousse,

O Meuse inépuisable et que j’avais aimée. »

Depuis 1905 et l’incident de Tanger, Charles Péguy est persuadé, comme G. Clémenceau, que la France est menacée par une Allemagne implacable, puissante et conquérante.

« L’imminence d’une invasion est réelle » s’est exclamé le poète en me prenant par le bras dans son bureau de la rue de la Sorbonne, où il édite les « Cahiers de la Quinzaine ».

Pour lui, il faut armer le pays (matériellement et plus encore, mentalement), refuser le discours de paix de personnes qui « trahissent, en fait, l’idéal socialiste » comme J. Jaurès.

Si je n’ai malheureusement pas de doute sur les dangers que représente notre voisin allemand, je reste persuadé que la guerre serait un désastre. Aucun des pays ne pouvant écraser l’autre, le conflit conduira sans aucun doute à de pertes effroyables.

Je suis très seul à penser cela et nombreux sont ceux qui croient profondément qu’une armée française, disciplinée, nombreuse et bien équipée, peut écraser l’adversaire rapidement.

24 août 1908 : Renoir et Picasso, l’aile ou la cuisse ?

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Vollard par Renoir ; une cloison sépare sa cave de son magasin rue Laffitte à Paris

Le peintre reste fondamentalement solitaire. Une vision, une toile, des tubes de couleur, une main vive, habile, qui cherche à restituer ce qui n’est au début qu’une vision. Un oeil dilaté, concentré, une oreille qui se ferme au monde extérieur.

Le tableau permettra de renouer le contact … une fois achevé.

Le peintre appartient à la grande famille des artistes. Si son art s’exerce de façon individuelle, il se nourrit des échanges avec d’autres au préalable. Il capte des tendances, copie des gestes et surtout les transforme à sa façon. Il fait un miel original des idées du temps, reprend, recycle, des oeuvres qu’il admire. Il ne part pas de rien mais construit toujours.

Pour s’adosser aux autres, pour prendre des forces dans l’énergie de génies voisins, il faut des lieux de rencontres.

La cave du marchand d’art Ambroise Vollard appartient à ces lieux qui sont en passe de devenir mythiques.

Dans cet endroit humide, qui ne paie pas de mine mais sent bon le plat national de la Réunion – le cari de poulet – se pressent ou se sont pressés des convives prestigieux ou moins connus : Cézanne, Renoir, Forain, Degas, Redon, Picasso, Matisse, Vlaminck ou le Douanier Rousseau.

On boit, mange et parle gras. Les chants fusent et lorsque l’on entend les paroles parfois grivoises, on peine à croire que la fine fleur des artistes modernes soit ici réunie.

Un homme reste discret. Il couve et nourrit tout ce beau monde. Il fait le lien a priori impossible entre le monde irrationnel, intemporel et souvent anti-social des artistes et une société bourgeoise argentée qui veut bien de l’originalité dans l’art qu’elle achète mais sans être trop bousculée dans ses certitudes.

On le paie pour cela et on le paie bien; il devient riche et bientôt aussi célèbre que les peintres qu’il porte. Ambroise Vollard prend une place majeure dans notre Paris des arts et des lettres.

Tout part d’une cave qui sent bon le cari de poulet.

22 août 1908 : Réformer sans couper des têtes

Emmeline Pankhurst arrested.jpg Emmeline Pankhurst

Réception hier soir à l’Ambassade du Royaume Uni.

Je reviendrai dans mon journal, à l’avenir, sur ce peuple fascinant que forment nos-nouveaux- amis anglais.

Est-ce un effet de l’Entente cordiale? Est-ce la peur d’un conflit qui pourrait survenir avec notre voisin allemand? Je trouve que les Anglais sont présentés ces derniers temps sous un jour plus sympathique qu’auparavant dans notre presse.

Pour ma part, j’observe de très près toutes les évolutions de ce pays qui reste un modèle de démocratie.

Le combat d’Emmeline Pankhurst et de ses filles pour le droit de vote des femmes entraîne derrière lui des « suffragettes » déterminées à en découdre, même avec la police (notre photographie). Cela montre, s’il fallait le prouver, que les Anglais savent conquérir leurs droits avec une détermination qui n’a rien à nous envier, nous les Français révolutionnaires.

Cela se fait cependant avec moins de sang, moins de têtes tranchées, que chez nous.

Autre exemple de « détermination douce »: L’effacement progressif de la Chambre des lords au profit des Communes (qui représentent seules le peuple) se déroule sans crise de régime grave. Le veto législatif que conserve la Chambre haute disparaîtra sans doute un jour dans la mesure où la presse, l’opinion publique, le demandent avec insistance à un roi qui défend cette prérogative, je trouve, assez mollement.

Il y aura peut-être des débats enflammés au Parlement, des articles vengeurs dans la presse d’opinion, mais cela s’arrêtera là.

En Angleterre, pour changer la société, on fait couler la salive, l’encre…beaucoup plus fréquemment que le sang. Si les autres peuples européens pouvaient s’en inspirer!

21 août 1908 : L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres

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Abram Jefimowitsch Archipow : « Les Laveuses »

Au chaud chaque jour dans mon ministère, je ne peux m’empêcher de penser parfois à la condition des ouvriers.

Curieux destin…

Vous naissez dans un quartier bourgeois, vous faites l’Ecole Libre des Sciences Politiques, vous réussissez le concours d’accès au Conseil d’Etat puis, vous fréquentez des endroits agréables près de ceux qui décident, vous avez des responsabilités, vous allez au théâtre, à l’opéra, votre logement est vaste, clair, bien chauffé… Vos enfants fréquentent des bonnes écoles et iront au lycée pour apprendre le latin et le grec.

Ou bien…

Vous naissez dans un logement insalubre à Saint Denis, vous apprenez à peine à lire et écrire, vous travaillez dès 12 ans. A l’âge adulte, vous abattez 12 heures de travail, six jours sur sept sous les ordres d’un contremaître pointilleux et détesté de tous qui peut vous infliger à tout moment des amendes qui se déduisent de votre maigre salaire. A 45 ans, vous êtes usé par les machines dangereuses, les cadences, le bruit et les odeurs d’une usine qui vous prend toute votre vie.

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Quand je suis invité à dîner dans une grande famille parisienne, au milieu de ces jolies femmes aux toilettes somptueuses, de ces messieurs élégants et contents d’eux, je pense à ces pauvres gens qui se lèveront tôt le lendemain, qui mettront toute leur force de travail au service de ces riches personnes qui m’invitent.

Pendant que le champagne coule à flots à la soirée de la duchesse de P… , l’ouvrier recompte les 10 francs qu’il gagne chaque jour. 4 francs partent pour sa nourriture et couvrent ses frais de transport. Il lui reste 6 francs pour se loger et subvenir aux besoins du reste de sa famille.

Oh, l’école n’a pas servi à grand chose à l’ouvrier auquel je pense. Sa femme n’a guère l’occasion de mettre en pratique les cours de cuisine qu’elle a suivis. Du pain, des pommes de terre, peu de viande, jamais de poisson. Tout cela ne demande pas de talent de cordon bleu.

Ses enfants sont maigres, le teint pâle. Ils n’apprendront pas le latin et le grec. Mais ils iront peut-être un jour grossir les rangs de la CGT.

Cette CGT qui parle de grève générale depuis l’an dernier.

Il faut que j’arrive à convaincre mon ministre que l’on ne pourra pas toujours envoyer la cavalerie contre ces forçats du monde du travail qui se révoltent.

La loi sur les accidents de travail de 1898, celle sur le repos hebdomadaire de l’an dernier, la création du ministère du travail confié à M. Viviani : tout cela va dans le bon sens. Il faut continuer. Et pas seulement pour donner meilleure conscience au fonctionnaire que je suis…

Une nouvelle génération attend beaucoup du siècle qui commence.

20 août 1908 : Guerre des polices

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Alphonse Bertillon, le « père  » de la police scientifique

Les méthodes d’anthropométrie mises en place par Alphonse Bertillon ont déjà trente ans. Les policiers conservent longtemps (éternellement ?) une trace de toutes les personnes suspectes arrêtées avec trois photos prises (face, profil et trois quarts), une liste de leurs caractères physiques et leurs empreintes digitales. Des milliers de fiches cartonnées s’entassent dans les locaux de la Sûreté et dans ceux de la Préfecture. Elles sont classées et comparées par des mains expertes et discrètes. Des fonctionnaires méticuleux règnent sur une population enfichées de voleurs, d’escrocs, d’anarchistes, de manifestants violents, de syndicalistes révolutionnaires … Si vous êtes fichés à vingt ans, la police conserve votre trace jusqu’à la mort.

Sur toutes les scènes de crime se déplace un nouveau service, l’Identité Judiciaire, qui prend des photographies et des relevés de tous les éléments permettant la manifestation de la vérité. Le policier ne court plus après le malfaiteur. Il recueille les traces de son passage, analyse, et attend la faute pour le confondre. L’animal froid attend sa proie et l’arrête quand elle passe à sa portée.

Notre police française se fait une spécialité reconnue mondialement dans les filatures. Une personne peut être suivie, épiée pendant des semaines, des mois, sans s’en rendre compte.

Le courrier ? Il peut être ouvert grâce aux pouvoirs que donne l’article 10 du code d’instruction criminelle.

Le téléphone ? Les écoutes commencent à être systématiques, sur ordre, oral ou écrit, d’un directeur du ministère.

Le domicile ? Les policiers savent le visiter sans laisser de traces de leur passage.

Les amis, la famille, les collègues ? Autant d’indicateurs potentiels qui peuvent être rémunérés ou qui sont contraints à parler à la suite de chantages peu avouables.

Et ne vous fiez pas à son nom pour la croire inoffensive ! La « Police des Chemins de Fer » , par exemple, passe plus de temps à renseigner le pouvoir sur les activités des opposants sur tout le territoire qu’à rassurer les honnêtes gens qui prennent un train tard le soir.

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Un commissaire de police en 1908

Police efficace, police redoutable.

Et pourtant, elle a une faiblesse. D’un côté la Place Beauvau, de l’autre le boulevard du Palais. La Sûreté générale compétente sur tout le pays sauf Paris, ne communique pas avec la Préfecture de Police, rivale et détestée.

Telle organisation terroriste est connue sur le terrain par la Sûreté qui suit toutes ses activités dans chaque département mais celle-ci ignore tout des agissements des meneurs et têtes pensantes parisiennes … renseignements jalousement gardés par la Préfecture.

Nous sommes plusieurs à travailler auprès de Clemenceau pour mettre un terme à ces divisions stériles, mais souvent sans grand succès.

Quand je rentre chez moi et que je pose ma casquette de fonctionnaire zélé, je ne suis finalement pas si mécontent de cette division. Sans le vouloir, l’Etat laisse ainsi un espace de liberté, une marge d’incertitude, il présente une faille.

L’Etat, le Pouvoir, restent ainsi, par cette faiblesse et par d’autres (on ne compte plus les archives qui s’égarent !) , très humains. Cette humanité et cette faiblesse me rassurent. La dictature, en France, n’est pas pour demain.

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Le Préfet de Police, Lépine

20 août 1908 : Un vrai suspense dans la Chambre Jaune

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Joseph Rouletabille, initialement appelé « Boitabille » . C’était en fait le vrai nom d’un journaliste qui a protesté et a obtenu cette évolution du patronyme de notre héros.

Une intrigue intellectuellement séduisante, un bon suspens, de l’humour et pourtant, je reste un des rares réfractaires au livre de Gaston Leroux,  » Le Mystère de la Chambre Jaune « .

Quand je discute avec mes collègues de ce feuilleton paru cette année dans le journal « L’Illustration », je suis certes obligé de me ranger à tous leurs arguments.

Oui, l’intrigue et la construction de l’histoire sont ingénieuses. Comment un meurtre peut-il se produire dans une pièce restée hermétiquement close ?

Oui, le héros est sympathique et ô combien intelligent. Oui, l’histoire nous délasse en nous éloignant des vicissitudes de la vie quotidienne.

« Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat » ; cette phrase mystérieuse ne peut rapprocher ce roman de l’ambiance que sait créer Maurice Leblanc et son Arsène Lupin.

Pour tout dire, je trouve l’histoire un peu vaine. La construction très cérébrale du roman finit par m’agacer. Des goûts et des couleurs….

Gaston Leroux a une plume alerte d’ancien chroniqueur judiciaire. Lorsqu’il y a quelques années, il relatait les procès des anarchistes poseurs de bombes, nous le lisions avec plaisir. J’ai eu l’occasion de le croiser une fois ou deux aux réceptions de l’ambassade de Russie. Envoyé spécial dans ce pays pendant un an, il raconte à qui veut l’écouter, avec talent, l’écroulement progressif de l’Empire des tsars.

Maurice Leblanc, Gaston Leroux…ces auteurs nous donnent du plaisir dans des feuilletons qu’ils savent construire minutieusement pour nous tenir en haleine.

Grâce à eux, la Presse cesse, quelques instants, d’être (trop) sérieuse et nous emmène sur les chemins de la détente et du divertissement.

A quand la rencontre entre Rouletabille et Arsène Lupin ? Qui gagnera entre ces deux esprits originaux ?

Je suis sûr que la fantaisie de Lupin l’emportera sur l’esprit méthodique et raisonneur de Rouletabille.

Au bureau, les avis sont partagés. Des débats enflammés ont lieu sur ce sujet, pendant les heures de travail, entre les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur.

Et pendant ce temps, les (vrais) cambrioleurs courent toujours !

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Gaston Leroux, journaliste, grand reporter, écrivain.

19 août 1908 : Cette France qui boit trop

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« L’Ame du Vin » de Carlos Schwabe
Nos parlementaires ont un rapport difficile et complexe avec l’alcool…

« Car j’éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux. »

« L’Ame du Vin » de Baudelaire

Ces quelques vers de Baudelaire montrent bien toute la difficulté de faire la part des choses, en France, entre le vin, source d’un plaisir raffiné et la boisson à l’origine d’une part de l’alcoolisme.

Georges Clemenceau s’est exclamé devant des parlementaires du parti radical : « la question posée par l’usage et l’abus de l’alcool n’est autre que le problème social tout entier ».

En fait, avant de faire baisser la consommation de vin, produit culturel français par excellence, il faudrait d’abord s’attaquer à l’absinthe, alcool violent,  » qui rend fou « , comme le répètent les ligues anti-alcooliques qui demandent rendez-vous sur rendez-vous à mon Patron.

La plante d’absinthe provoque, selon les médecins, toujours très écoutés par Georges Clemenceau, des hallucinations voire des convulsions. Les ouvriers sortant de l’usine, les paysans après les travaux des champs, retiennent plutôt l’effet de bien-être, bienvenu après (pendant ?) une rude journée de travail. Cette sensation constitue pour eux un véritable piège et les fait sombrer dans une dépendance qui les diminue rapidement d’un point de vue physique.

Au delà de l’absinthe, il conviendrait aussi de surveiller le nombre croissant des débits de boissons et de supprimer le privilège des bouilleurs de cru.

Si les modalités de la lutte contre l’alcoolisme sont bien identifiées, l’adoption concrète des mesures se transforme, au fil des jours, en véritable parcours du combattant. Les viticulteurs ou les bouilleurs de cru ont de puissants relais à la Chambre et certains parlementaires ont même des intérêts dans les sociétés produisant de l’absinthe. Chaque proposition de loi est âprement débattue puis retirée, tout projet de décret génère une opposition puissante décourageant tout futur signataire.

Ainsi, l’or rouge (le vin fait la fortune du Bordelais), la fée verte -surnom de l’absinthe – ont encore de beaux jours devant eux avant qu’une véritable réglementation protégeant la santé de nos concitoyens voit le jour.

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Viktor Oliva :  » Le Buveur d’Absinthe « 

18 août 1908 : Pour vivre vieux, mangez des yaourts !

Dîner avec des savants de l’Institut Pasteur.

Le Président du Conseil a tenu à rencontrer personnellement Alphonse Laveran, prix Nobel de médecine en 1907. Il m’avait donc demandé d’organiser un dîner en ville avec « ceux qui comptent dans cette prestigieuse maison » dont fait parti ce chercheur de 63 ans.

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Georges Clemenceau, lui-même médecin, s’est révélé particulièrement à l’aise au milieu des scientifiques invités.

Nous avons parlé des maladies dont on vient d’identifier la cause comme la malaria (due à un parasite protozoaire), la tuberculose (bacille de Koch) et de toutes les maladies (malheureusement les plus nombreuses) dont on continue à presque tout ignorer (comme le cancer).

Hypocondriaque de nature, inculte dans les domaines scientifiques, j’avoue que l’étalage de ces maladies, de leurs causes (souvent répugnantes), de leurs conséquences (forcément dramatiques) et des façons de s’en protéger (toujours contraignantes), m’a coupé l’appétit.

Horrifié, le teint pâle, j’imaginais mon assiette pleine de bactéries, mon verre rempli de microbes diaboliques et mes couverts souillés par on ne sait quelles mains sales de serveurs sans gant.

Mon voisin, le docteur Ilya Ilitch Metchnikov a su me rassurer. Avec son fort accent russe, son regard bienveillant, ce médecin reconnu m’a expliqué que mon corps contenait un système de défense naturelle, les « macrophages » qui pouvaient lutter spontanément contre les microbes susceptibles de l’attaquer (phagocytose).

Passionné par son sujet et s’exprimant simplement, il m’a même démontré que les bactéries n’étaient pas si dangereuses que cela. « Les fromages en contiennent beaucoup, sans risque pour l’organisme » m’a-t’il affirmé. Ces bactéries, selon lui, prolongeraient même la vie.

Il m’a cité l’exemple des vieux du Caucase qui atteignent des âges remarquables grâce à un consommation effrénée d’une sorte de … lait caillé, préparation appelée en Bulgarie, « yaourt ».

Ah ! J’étais soulagé; tout pouvait donc se régler avec les petits pots en verre plein de bon lait caillé de notre enfance. Foin de médicaments, de traitements compliqués, d’examens médicaux douloureux … Juste un peu de liquide blanc laiteux et nous pouvions envisager une longue vie avec des digestions faciles, un sentiment de bien-être et un sans aucun doute, un sommeil de bébé !

Ce bon docteur Metchnikov, voilà un scientifique comme je les aime.

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Le docteur Metchnikov, par Nadar

16 et 17 août 1908 : L’ Alsace et la Lorraine heureuses sans nous ?

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Un poste frontière entre l’Allemagne et la France

Une vision un peu simpliste des choses voudrait que l’on s’attriste de la situation de l’Alsace et de la Lorraine.

Tristesse française, certes. La perte de ces magnifiques régions à la suite du sinistre traité de Francfort du 10 mai 1871, alimente un puissant esprit de revanche au sein de notre pays.

Les diplomates allemands que je côtoie, ne cessent de répéter que Bismarck était personnellement contre cette annexion qui allait humilier la France. Soucieux d’équilibre européen, le Chancelier ne voulait pas que la France ait la volonté de se battre un jour à nouveau contre son empire. Pour cela, il fallait, selon lui, s’en tenir à une indemnité de guerre (qui serait assez vite oubliée) et ne pas créer un différent territorial susceptible de s’envenimer à moyen terme. Malheureusement, le sage Chancelier n’a pas été suivi. Le parti belliqueux prussien l’a emporté. Et notre Alsace Lorraine bien aimée a été annexée au Reich.

Je me pose souvent la question de savoir si les Alsaciens souhaitent un rattachement futur à la France.

A la fin de la guerre de 1870 et 1871, 100 000 d’entre eux ont choisi de rejoindre Belfort, Nancy et les environs. Et les autres ? Plus d’un million et demi sont restés dans leur région. Doit-on leur en vouloir ?

Ils participent à un régime qui a sans doute des défauts mais qui devient un Etat de droit. Ils élisent des représentants (une quinzaine) au Reichstag. Ils bénéficient d’un code civil rénové.

Les lois sociales allemandes qui aboutissent plus vite que chez nous (caisses maladie, caisses de retraites …) vont aussi s’appliquer en Alsace Lorraine.

L’empereur Guillaume II se soucie du patrimoine architectural de notre province regrettée. Il fait actuellement rénover, à grands frais, le château du Haut-Koenigsbourg.

Vue du château Le château du Haut-Koenigsbourg

Ceux qui se rendent régulièrement en Alsace notent que les sentiments anti-allemands diminuent. On est loin des années 1880 où les députés alsaciens se qualifiaient de « protestataires » et déposaient une motion au Reichstag pour s’élever vigoureusement contre l’annexion de leur région.

On me dit qu’en Alsace Lorraine, le français reste la langue  » distinguée « , celle des industriels et commerçants aisés, celle aussi des lettrés qui n’ont pas rejoint Nancy. Pour combien de temps ?

Pendant combien de temps cette petite province pourra résister à l’intégration dans le vaste Empire allemand, riche économiquement, puissant militairement et épris de culture et de sciences ?

16 août 1908 : Cette musique qui nous vient du froid

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Fjord norvégien

Très beaux chants au théâtre du Châtelet avec les « Concerts Colonne ». Des chants qui nous viennent du froid, du grand Nord, de Norvège.

J’avais déjà eu l’occasion d’écouter Edvard Grieg lors de son passage à Paris en 1903. Pour la première fois, depuis l’Affaire Dreyfus, le compositeur scandinave avait accepté cette année-là de se produire sur une scène française.

N’avait-il pas écrit en 1899 à M. Colonne pour l’informer « qu’après l’issue du procès Dreyfus il ne pouvait se décider à venir en France maintenant… Comme tous les étrangers, ajoutait-il, je suis indigné de voir le mépris avec lequel on traite la justice dans votre pays, de sorte que je me trouve dans l’impossibilité d’entrer en relations avec un public français… »

Le concert de 1903 avait commencé par quelques huées du public parisien, exigeant des excuses pour les propos de Grieg. Puis, la chaleur des rythmes lents norvégiens, la profondeur et la pureté des chants, la douce langueur qui se dégage de cette musique à forte identité, avait conquis l’auditoire qui avait fini par applaudir à tout rompre.

La représentation à laquelle je viens d’assister était plus courte mais aussi plus nostalgique. Elle rendait hommage au maître norvégien décédé en septembre 1907.

Ce n’était pas une oeuvre majeure qui était jouée, comme l’est « Peer Gynt » (d’après Ibsen) , mais de la musique chorale.

Chansons d’amour et psaumes côtoyaient des petites cantates qui ravissaient les quelques centaines d’inconditionnels de Grieg, présents dans une salle qui n’avait fait aucune publicité compte tenu du nombre restreint de places. Le Choeur était français mais comprenait quelques norvégiens.

On ne pouvait s’empêcher de penser, en entendant ces notes fluides, aux paysages époustouflants des fjords, des montagnes abruptes plongeant dans la mer, aux innombrables rivières d’eaux glaciales et pures s’écoulant entre d’immenses forêts désertes de toute présence humaine.

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Chute d’eau dans le Geirangerfjord

Ceux qui ont eu la chance de connaître personnellement Grieg, racontent que le compositeur, devenu une gloire nationale dans son pays indépendant depuis seulement deux ans, était en fait un solitaire.

Lassé des nombreux voyages où toute l’Europe l’acclamait, il se réfugiait de longues heures dans un chalet d’une seule pièce au fond d’un parc, près de Bergen, à Troldhaugen. Dans ce lieu tranquille, aménagé de façon simple mais chaleureuse, il réalisait à chaque nouvelle partition, la synthèse entre la musique romantique allemande, le folklore scandinave qu’il remet à l’honneur et une recherche plus personnelle de mélodies d’un premier abord un peu dissonantes mais finalement assez flatteuses.

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La maison de Grieg à Troldhaugen à côté de Bergen ; pour composer, le maître s’isole une centaine de mètres plus loin dans un chalet en bois.

Il y a des peuples qui ont conquis leur indépendance dans le sang. Les Norvégiens ont la chance – et le goût – de commencer leur histoire en musique. Ils s’écartent d’un Danemarck qu’ils appréciaient mais aussi d’une Suède à laquelle ils avaient été cédés en 1814.

Ils recherchent maintenant une identité culturelle. Grieg est arrivé à point nommé pour leur donner une âme , une richesse et pour tout dire : une légitime fierté.

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Entre « Mo i Rana » et « Trondheim-Laksforsen »

15 août 1908 : Pas de guerre en Indochine

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Luang Prabang

Conquête des coeurs, visions de contrées humides, chaudes, inondées de soleil, paysages fabuleux de monts arrondis à perte de vue, bruits assourdissants des eaux furieuses des rapides du Mékong, odeurs des forêts vierges inexplorées puis retour au calme dans une maison en bambous et paillottes … je pose sur ma table de nuit, rêveur, les premières pages du journal d’Auguste Pavie.

Fonctionnaire retraité installé en Bretagne, il est connu au ministère pour avoir délimité les frontières du Laos avec la Chine (c’était la fameuse « mission Pavie » ) après avoir placé ce royaume sous la protection de la France.

Il a fait cela sans tirer un coup de feu. Ses seules victimes demeurent les merveilleux papillons et autres insectes qu’il a collectionnés là-bas.

Il a su convaincre, souvent seul, les milliers d’habitants du nord de l’Indochine de se rallier à la République Française. Ses seules armes : l’écoute, la simplicité des attitudes, une parfaite connaissance des moeurs locales et des langues pratiquées, un vrai sens du rapport de force qui lui permet d’exploiter au mieux la peur suscitée par les ambitions du puissant Siam voisin.

Pavie m’a confié, quand il est parti à la retraite ( je représentais mon chef à la réception donnée en son honneur au Quai ), qu’il lui faudrait de nombreuses années pour relier, compléter, annoter, tous les documents réunis lors de ses missions en Indochine.

augustepavie.1203625897.jpg A. Pavie

Ce que j’ai déjà pu voir, ce soir, de son oeuvre laisse admiratif.

Il nous fait revivre son aventure avec un vrai sens des effets et du suspens. Nous le suivons haletants, lorsqu’il sauve d’une mort certaine le vieux roi de Laos à Luang Prabang. Nous tremblons avec lui quand il arrive à échapper in extremis aux redoutables pirates chinois « Pavillons-Noirs » .

Patiemment, avec beaucoup de poésie et de souci du détail, c’est aussi toute une civilisation qu’il fait revivre pour nous. Sur des centaines de pages, s’étalent des relevés topographiques, des dessins de flore et de faune exotiques et des analyses passionnantes d’ethnologie ou d’histoire locale.

Il faut que je parle d’Auguste Pavie à G. Clemenceau. A minima, je calmerai peut-être les ardeurs anti-coloniales de mon Patron. Au mieux, il acceptera de rédiger une dédicace pour ce journal, séduit par la personnalité passionnée et idéaliste de son auteur.

14 août 1908 : Triste Tahiti

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Paul Gauguin, « Deux filles portant un plat de fruits »

Une histoire complexe, un auteur inconnu qui écrit à compte d’auteur, un titre incompréhensible !

 » Les Immémoriaux  » de Victor Segalen restent une oeuvre qui a toutes les chances de sombrer dans l’indifférence totale du grand public. Georges Clemenceau qui reçoit tant et tant d’ouvrages dédicacés par des fonctionnaires – aux talents pour le moins variés – m’a pourtant demandé de jeter un oeil sur ce livre qui l’intrigue.

 » Lisez ce bouquin quand vous aurez un moment. J’ai entendu parler de Victor Segalen. Comme médecin dans la Marine, je ne sais pas ce qu’il vaut, mais comme admirateur et redécouvreur des oeuvres de ce peintre mort injustement dans la misère qu’était Gauguin, il faut lui reconnaître un talent certain.  »

Et il a ajouté :  » … Si j’en crois les quelques dizaines de pages que j’ai déjà parcourues, il aborde la disparition progressive de la civilisation des indigènes de Tahiti, détruite par les missionnaires de tous poils et les colons à courte vue … Lisez, je vous dis ! Il me faut des exemples concrets permettant de contrer le parti des colonisateurs quand ils sont trop gourmands d’un point de vue budgétaire, lors des débats à la Chambre . »

Collaborateur obéissant, j’ai répondu que le marchand d’art Ambroise Vollard m’avait déjà fait découvrir Gauguin et que j’étais donc ravi de me plonger dans l’oeuvre d’un écrivain évoquant l’univers de ce peintre.

En fait, Segalen nous immerge dans un monde où nous perdons beaucoup de nos repères. Nous sommes placés, une fois n’est pas coutume, du point de vue du colonisé et non du colonisateur.

Et ce que nous découvrons, au fil de pages denses mais très bien écrites, c’est toute une civilisation qui disparaît. L’arrivée du navire des Blancs, protestants, à Tahiti, à la fin du XVIII ème siècle, sonne le glas d’une langue et d’habitudes de vie étranges mais fascinantes.

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Hodges, « Resolution and Adventure in Matavai Bay », l’arrivée des premiers navires européens à Tahiti.

Avant la conquête occidentale, Les Tahitiens aiment les femmes, les honorent souvent et pas toujours au sein de couples bien établis. Dans des luttes viriles ou des courses de pirogues, ils établissent leur hiérarchie sociale et règlent leurs différents. Sous un soleil permanent et au sein d’une nature paradisiaque, ils affectionnent les fêtes bien arrosées où chacun exprime une vitalité de tous les instants.

Leurs chants, leurs danses joyeuses, leurs légendes très imaginatives, leurs rites sauvages et parfois cruels, les opposent en tous points à l’austère morale protestante de leurs colonisateurs.

Comme on s’en doute, la Sainte Ecriture et la langue des Blancs vont l’emporter sur le « parlé » des Tahitiens, des Maohis, qui n’a pas su prendre un forme écrite.

Térii, le héros maohi, chargé par son vieux maître Paofaï, de mémoriser les légendes et la langue de tout son peuple , devient le traître. Il efface de son esprit les mythes et la généalogie des rois et se vend moralement aux hommes blancs en espérant occuper une place dans leur hiérarchie.

Par ses gestes irréparables, il contribue à la transformation de ses compatriotes en « Immémoriaux », en individus déracinés et sans mémoire. Il aide au triomphe destructeur de la civilisation européenne.

Ce livre attachant d’un homme jeune – Victor Segalen a 29 ans – permet de poursuivre le combat désespéré que menait Gauguin à la fin de sa vie, alors malade et affaibli, pour la dignité des indigènes des Iles, soumis aux caprices et aux abus des Autorités occidentales.

En reposant sur ma table de chevet « Les Immémoriaux », je réalise combien cette lutte pour préserver les indigènes et leur culture se révèle pour l’instant sans espoir.

Personne ne lira Victor Segalen. Peut-être pourra-t-on faire découvrir avec Ambroise Vollard, les oeuvres de Gauguin. Mais beaucoup n’y verront que de belles couleurs, des jolies « sauvages » à la peau hâlée. Les Parisiens rêveront un peu et passeront leur chemin.

Et des langues, des rites millénaires, des légendes merveilleuses, continueront à se perdre dans un oubli révoltant.

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Gauguin,  » Vairumati « 

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Gauguin,  » D’où venons nous? Que sommes-nous? Où allons-nous? « 

13 et 14 août 1908 : Vatican : Retour aux traditions

Popepiusx.jpg Le pape Pie X

Comme beaucoup de fonctionnaires votant « radical », je ne vais pas à la messe. Aimant penser en toute liberté, je ne fais pas parti a priori de ceux qui soutiennent notre nouveau pape Pie X.

Les attaques dont fait l’objet le prêtre français Alfred Loisy, de la part du Vatican, m’inquiètent. Dans l’encyclique  » Pascendi Dominici « , le pape met en cause avec vigueur ceux qui défendent les thèses modernistes, comme le père Loisy. Le souverain pontife réfute la distinction entre le Christ de la Foi et le Christ historique. Il condamne ceux qui pensent que Jésus n’a pas voulu fonder une Eglise ou instituer des sacrements.

Il est dommage que les analyses ne puissent pas s’exprimer plus librement au sein de l’église catholique romaine. Idéalement, il faudrait que puissent cohabiter ceux qui pensent comme le Pape et ceux rejoignent les options d’Alfred Loisy, sans que les uns obligent les autres à se soumettre.

Notre monde qui bouge très vite a besoin de ceux qui réfléchissent très librement et s’affranchissent des dogmes. Il a aussi besoin de repères immobiles et de quelques certitudes rassurantes. Pourquoi devoir faire un choix entre une messe en latin dont l’impeccable ordonnancement ne bouge pas depuis des dizaines d’années et des écrits « révolutionnaires  » qui proposent de changer le monde ?

On dit que le pape, sans véritable expérience internationale, suit son très jeune secrétaire d’état, brillant et polyglotte, Rafael Merry del Val. Ce dernier se révèle comme un homme très conservateur. Certains milieux radicaux prétendent qu’il déteste la France et les Français ; ce qui est sans doute exagéré et simpliste.

Les deux hommes se rejoignent pourtant dans un même profond refus de la loi française de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ils font tout pour qu’elle ne puisse porter ses fruits, notamment en refusant la formation d’associations cultuelles.

Je regrette beaucoup Léon XIII, disparu il y a quatre ans maintenant. Il avait su porter un regard critique sur notre capitalisme et défendre la classe ouvrière dans son encyclique « Rerum Novarum « .

S’il était toujours notre pape, je serais peut-être retourné à la messe !

12 aout 1908 : Enfin un cambrioleur sympathique !

Maurice Leblanc

Un vrai délassement ces nouvelles du gentleman cambrioleur Arsène Lupin, parues dans la revue « Je Sais Tout » l’an dernier puis publiées cette année en petits livres pas chers.

L’auteur, Maurice Leblanc, nous emmène dans un monde gentiment « canaille » mais aussi élégant. On fréquente les riches et gens bien élevés, les châteaux et hôtels particuliers mais aussi, on vole, on pille, on trompe et on escroque.

Les voyous aux grands coeurs, menés par Lupin, côtoient et volent des bourgeois et aristocrates huppés mais pas toujours droits. Arsène Lupin redistribue les richesses vers les pauvres (en gardant les oeuvres d’art pour lui!), comme un Robin des Bois des temps modernes.

L’ambiance est à l’humour: La police se couvre souvent de ridicule, les puissants sont trompés et les petites gens sont protégées et vengées.

Le héros reste invincible. Supérieurement intelligent, rapide et souple comme un félin, il contourne ou franchit tous les obstacles, se tire des mauvais pas les plus invraisemblables. Insaisissable, mystérieux, parfois méconnaissable, il excite la curiosité du lecteur. Enveloppé de mystère, il donne envie de tourner les pages pour en savoir plus.

Passionné et séduit par les jolies femmes qui se pressent sur son passage, il s’affirme comme un personnage bien français. Sa force rassure, son humour détend, son élégance naturelle réduit son recours à la violence brute.

La fascination qu’il exerce sur le public, sur les lecteurs, montre que notre société a besoin de ce héros au final rassurant. Il dispense une justice plus équitable que celle des hommes, sans bouleversements sociaux, sans remise en cause trop forte de l’ordre établi.

Arsène Lupin, héros « radical socialiste » en quelque sorte?

11 aout 1908 : C’est le moment d’investir en Chine

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La Chine, un « gâteau » à se partager entre puissances européennes

Un fonctionnaire plein d’idées, un diplomate de talent, un nom célèbre et maintenant un prénom : Philippe Berthelot.

J’ai reçu, ce jour, le jeune sous directeur d’Asie au Quai d’Orsay, fils du scientifique et homme d’Etat Marcellin Berthelot, décédé l’an dernier.

Philippe Berthelot ne tient pas en place dans mon bureau. S’asseyant ou se levant brusquement, le regard fiévreux, son débit verbal accélère au fur et à mesure qu’il expose son (beau) projet. Passionné par la Chine, il souhaite que les pouvoirs publics français s’y organisent comme le font les Anglais.

Ceux-ci entretiennent là-bas trois entités liées entre elles : une banque d’affaire, un organisme de recherche de projets industriels et un groupement d’importation de matériel britannique.

Mon interlocuteur propose donc la création d’une banque franco-chinoise implantée à Pékin ou Shangaï, montée avec les capitaux de la Banque de l’Indochine.

 » Ce serait une banque idéale !  » ne cesse-t-il de marteler, le doigt levé comme un prêcheur.

Pour son projet destiné à favoriser le rayonnement français, il a besoin du soutien du Président du Conseil. Et pour cela, je suis chargé d’étudier sa demande et de proposer une décision à G. Clemenceau.

A priori, je n’aurais pas de raisons de m’opposer à la démarche si la Banque de l’Indochine acceptait d’apporter les capitaux voulus. Or, c’est là que le bas blesse. Cet établissement de financement de l’expansion coloniale, dominé par les grandes banques parisiennes, ne souhaite pas mettre un sou dans « l’aventure franco-chinoise ».

Depuis la révolte des boxers, matée en 1900 par une coalition armée européenne, le pays reste considéré par nos financiers comme peu sûr. Ces derniers investissent donc là bas à court terme, de façon spéculative -sur des projets allemands ou anglais – mais se méfient d’implantations industrielles françaises plus durables.

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Une compagnie de Boxers à Pékin. Cette société secrète chinoise est à l’origine d’une grande révolte contre les occidentaux en 1899 et 1900.

Philippe Berthelot ne comprend pas cette frilosité.

« Rendez-vous compte ! Toute l’Europe prend sa part de gâteau dans cet Empire chinois. Il y a là-bas plein de ressources minières, des voies de chemin de fer et même quelques premières usines. Le pays commence à se rénover sous l’impulsion de sa vieille impératrice Cixi. A la suite de la guerre russo-japonaise d’il y a deux ans qui s’est déroulée – humiliation suprême – sur leur territoire, les Chinois ont pris conscience qu’ils devaient faire des réformes. La cour mandchoue a aboli les concours traditionnels de recrutement des fonctionnaires au profit d’examens modernes. Le système d’éducation est repensé en profondeur. Les finances sont rééquilibrées et le système monétaire sera refondu.

Croyez-moi, c’est le bon moment pour investir en Chine. Ne laissons-pas les Allemands ou les Anglais, voire les Américains, y aller seuls. « 

C’est malheureusement ce qui risque de se passer.

Après que le jeune sous directeur du Quai ait quitté mon bureau, non sans avoir laissé un volumineux dossier sur son projet, j’ai abordé le sujet avec le President du conseil.

Celui-ci veut bien recevoir personnellement Philippe Berthelot (« s’il est aussi doué que son père, il a de l’avenir ce garçon ! ») pour parler… d’art chinois. Mais donner la caution de l’Etat pour des investissements d’ampleur dans ce pays, il n’en est pas question.

G. Clemenceau : « La France s’épuise dans ces aventures à l’autre bout du monde. Nous n’avons pas assez d’argent, de personnels, de compétences pour arroser toute la planète. L’énergie et le sang gaulois sont trop rares, gardons les pour l’Hexagone et les défis européens que nous avons à relever ».

Ainsi, la Chine s’éveille … mais sans nous.

10 et 11 aout 1908 : Comment éduquer nos enfants ?

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W-A Bouguereau « Enfant tressant une couronne »

Comment éduquer nos enfants ?

Chacun a une réponse et si nous voulons nous fâcher avec nos meilleurs amis, il suffit de dire que nous n’approuvons pas leurs méthodes.

Si la liberté est de mise dans le cercle familial, il faut bien en revanche arriver à une norme pour l’école de la République.

Lire, écrire, compter, aimer sa patrie. Il est bon que tous les petits Français apprennent ces savoirs essentiels. Depuis trente ans, les petits campagnards comme les enfants d’ouvriers sont tirés de l’ignorance grâce à l’Ecole Publique, héritière de Jules Ferry.

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W-A Bouguereau « La Leçon Difficile »

Il est intéressant d’observer les nouvelles méthodes qui se mettent en place dans d’autres pays que le nôtre.

Un journaliste, correspondant à Rome, rencontré dans une soirée hier soir, me fait part des expériences lancées par Maria Montessori, dans un quartier populaire de la ville des Papes.

La  » Casa dei Bambini  » , accueille, depuis cette année, les rejetons des habitants du quartier pauvre San Lorenzo.

Dans cet endroit qui doit être pour les enfants un lieu de rêve, les petits êtres sont écoutés, observés et développent leurs connaissances à leur rythme.

Les parents sont les bienvenus. Ils aident l’institutrice à garantir une bonne hygiène des enfants.

Maria Montessori.jpg Maria Montessori

Je suis frappé par les différences entre cette méthode originale et ce que nous pratiquons dans nos écoles de la III ème république.

Les petits  » bambini  » ne sont ni punis ni battus quand ils ne comprennent pas. On ne les force pas à apprendre et les enseignants les entourent d’un grand respect.

Maria Montessori part du principe que l’enfant est  » fait pour apprendre « . Il suffit d’attendre le bon moment, celui où il est le plus réceptif.

Sa sensibilité propre ne le porte pas vers tous les types de savoirs au même moment. Il faut savoir patienter pour que chaque enfant puisse se tourner vers eux au moment où sa personnalité l’invite naturellement à le faire.

Arrivés à l’âge adulte, nous, Français, sommes nombreux à nous plaindre de la trop grande sévérité de certains maîtres pendant notre scolarité. Les coups de règle sur les doigts, les séances au coin avec un bonnet d’âne, en ont marqué plus d’un.

Pour autant, doit-on adopter les méthodes très (trop ?) souples de Maria Montessori ? N’est-ce pas passer d’un extrême à l’autre ?

En attendant de répondre à cette question, il est plaisant de savoir que Maria Montessori est … fille de militaire.

William-Adolphe Bouguereau (1825-1905) - A Calling (1896).jpg W-A Bouguereau « La Vocation »

8 et 9 aout 1908 : Apocalypse Congo

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Je viens de lire un texte terrible sur ce qui semble se passer dans le Congo dirigé par nos voisins belges :  » King Leopold’s Rule in Africa  » de E.D. Morel.

Ce que je lis me fait honte pour les hommes blancs colonisateurs que nous sommes.

Il est évoqué, dans ce pays sous gouvernement direct du Roi, un système très organisé de travail forcé permettant la production de l’ivoire et du caoutchouc.

Pour permettre le transfert de population vers les zones de production, sont pratiqués des déplacements massifs de familles entières entre provinces.

Des villages se vident de leurs habitants et d’autres connaissent le surpeuplement et la famine.

Victimes de mauvais traitements de la part de l’administration coloniale ( » la Force Publique » ), on ne compte plus les blessés ou les décès par épuisement.

L’opinion publique européenne commence à être sensibilisée sur cette situation. Des écrits de Mark Twain, de Arthur Conan Doyle viennent compléter le document de E.D. Morel.

Le Roi des Belges Léopold II oscille entre une reconnaissance sincère de la situation générant des mesures correctrices et la dénégation farouche.

Contrairement à certains officiels belges, je ne crois pas que tout ce qui s’écrit sur le Congo vient d’un complot britannique contre le Royaume de Belgique.

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Nous autres Français, devons rester modérés dans nos critiques. Les échos qui me parviennent sur les conditions de notre domination sur Brazzaville et le Congo français montrent que Paris ne semble guère plus humain que Bruxelles dans le traitement réservé aux ethnies locales.

Tout cela me fait penser à ce long récit, « Au Coeur Des Ténèbres », de Joseph Conrad. L’écrivain évoque ce jeune officier qui remonte un fleuve africain à la recherche d’un collecteur d’ivoire fascinant mais sombre, dont on est sans nouvelle : Kurtz.

Au fur et à mesure de son périple, l’officier, embauché par une compagnie commerciale belge, s’éloigne de toute civilisation et rencontre une humanité de plus en plus sauvage et primitive. Il s’enfonce au coeur de l’Afrique mystérieuse et découvre cette part obscure et cachée de l’homme.

Je me demande si la colonisation n’est pas un long voyage de tout l’Occident  » au coeur des ténèbres ». Expédition sans retour où nous risquons de perdre notre âme.

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