9 février 1909 : Poincaré, l’homme qui attend son heure

Il ne fait aucune erreur et reste tapi dans l’ombre. Même s’il a été ministre à trente-deux ans, on ne peut affirmer qu’il est dévoré par l’ambition. Il semble avoir le temps d’attendre. Raymond Poincaré a quarante-huit ans et reste l’un des sénateurs les plus en vue.

Tout l’oppose au Président du Conseil actuel : il a été un dreyfusard très tiède et faisait parti de ceux qui voulaient, au début, étouffer le scandale pour préserver l’armée… quitte à punir un innocent. Il ne s’est rallié à la cause qu’avec des arguments juridiques et ne s’est guère mis en avant sur le sujet.

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Raymond Poincaré, ministre de l’instruction publique dès l’âge de 32 ans, en 1893, puis titulaire du portefeuille des finances l’année d’après, est actuellement sénateur de la Meuse.

Il refuse une école anticléricale et ne peut donc admettre les mesures prises par les radicaux ces dernières années. Pour lui, les enfants doivent recevoir un enseignement « neutre » ; devenir des patriotes et non des « bouffeurs de curés ».

Enfin, il rejette, poliment mais fermement, le projet d’impôt sur le revenu présenté par Caillaux.

Bref, Poincaré, c’est la droite modérée. Celle qui ne fait pas de coup d’éclat mais peut un jour rafler la mise aux élections si les électeurs se lassent des radicaux.

Ce que veut Poincaré ?

Il ambitionne pour l’heure de rentrer à l’académie française. Ceux qui ne veulent pas le voir dans le fauteuil d’un immortel ont déjà fait élire son cousin Henri, le mathématicien spécialiste de la relativité générale et des « ondes gravifiques », en espérant que l’on ne pourrait désigner deux membres de la même famille dans cette vénérable assemblée.  On pense cependant qu’il a toutes ses chances dans les prochains mois ou en 1910.

Mais surtout, Poincaré incarne l’homme de la revanche. Elu de la Meuse, originaire de Bar-le-Duc, il a vu, enfant, sa ville envahie par les Prussiens. Cela a laissé une trace indélébile dans sa mémoire. Il rêve ainsi d’une France unie qui retrouverait ses chères provinces perdues, il rêve d’une frontière qui se déplacerait à nouveau vers l’est.

La politique actuelle du gouvernement ne va pas vraiment dans cette direction… alors il attend. Tranquillement.

Il sait qu’un jour, son heure viendra.

4 commentaires sur “9 février 1909 : Poincaré, l’homme qui attend son heure

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  1. Ce monsieur Poincaré n’est qu’un passéiste d’un autre temps et je doute qu’il assume à l’avenir la moindre responsabilité d’importance à l’échelle nationale !

    L’Alsace et la Lorraine ne redeviendront jamais françaises, c’est une évidence à laquelle il faut se faire. Les populations locales se sont attachées à l’empire allemand, elles ne parlent même plus notre langue ! Et pensez vous qu’elles accepteraient la séparation de l’église et de l’Etat ?

    De plus, pour « frontière qui se déplacerait à nouveau vers l’est », il faudrait non seulement faire une guerre avec l’Allemagne, ce qui est possible, mais il faudrait surtout la gagner et ça c’est inenvisageable : l’Allemagne a une industrie plus puissante que la nôtre, une population plus nombreuse et, surtout, des alliances solides avec l’empire d’Autriche Hongrie et l’empire ottoman. Quels alliés avons nous, nous, la France ? Des anglais toujours prompts à trahir ? Des russes qui achètent leurs canons à crédit ?

    Ca ne veut pas dire que les frontières de la France ne peuvent avancer. Mais elles avanceront vers le sud, en Algérie. Quand nous aurons définitivement civilisé cette contrée, quand nous aurons éduqué sa population et lui aurons inculqué les valeurs républicaines, alors elle fera partie de la France au même titre que la Corse.

    Et, qui sait, peut être nous donnera t elle un Napoléon capable de nous obtenir cette revanche tant attendue par monsieur Poincaré. Mais d’ici là, par pitié, ne nous imposez pas de nouvelles défaites contre l’Allemagne !

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  2. Attention, Henri Poincaré n’a travaillé que de façon très marginale sur la relativité générale (qui n’est véritablement publiée par Einstein qu’en 1915). Il me paraît très peu probable que notre fonctionnaire ait entendu parlé des ondes gravitationnelles en 1909.
    En revanche, H.Poincaré a beaucoup travaillé sur la relativité restreinte (certains le mettent même au niveau d’Einstein), qui ne concerne que l’électromagnétisme.
    Il est également connu pour sa contribution aux problème des trois corps.

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  3. Le terme de relativité générale n’apparaît dans le titre d’une publication scientifique que fin 1914 (cette dernière est signée A.Einstein).
    Source: Web of science (Thomson)

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  4. L’expression « relavité générale » est diffusée, dans le monde scientifique, pas dans les ministères mêmes les mieux informés, à partir de la pubication officielle sur ce sujet, par un certain professeur en poste à Berlin, en 1916, en pleine guerre. L’attribution du prix Nobel en 1919 popularise, de façon caricaturale, la théorie. A Paris, c’est surtout la rencontre au collège de France entre un savant décrit comme fumeux avec la gloire française Bergson qui soulève l’intérêt du public.
    L’idée des ondes grafiviques, qui découle de la théorie, a été travaillé par Einstein dans les années suivantes, et discutée alors par les spécialistes, discussions qui sont aujourd’hui loin d’être closes.

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