10 février 1909 : Détente franco-allemande

L’heure est à la détente. Le cliquetis des sabres s’efface devant le ballet diplomatique. L’Allemagne et la France viennent de signer un accord sur le Maroc.

Rien n’est a priori acquis sur cette question. Les deux pays ambitionnent bien de jouer un rôle dans l’avenir du royaume chérifien. Il n’est donc guère évident de les départager.

Les diplomates Jules Cambon, ambassadeur de France à Berlin, Hugo von Radolin, ambassadeur d’Allemagne à Paris, Stephen Pichon et Wilhelm von Schoen respectivement ministre des affaires étrangères français et allemand ont réussi un tour de force.

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L’ambassadeur d’Allemagne à Paris, le prince von Radolin, est un homme habile qui pousse son ministre et le Chancelier à la détente avec la France

Leurs discussions étaient engagées depuis de longs mois mais avaient été malheureusement interrompues au moment de l’affaire des déserteurs de Casablanca (au mépris du droit international, le consul allemand local avait donné asile à deux déserteurs de la légion étrangère française, deux soldats sous uniforme français mais d’origine allemande). Cet incident diplomatique qui aurait pu dégénérer étant soldé (mon voyage à Berlin y est pour quelque chose), les diplomates ont pu reprendre langue.

« La valeur morale de cet accord en dépasse la portée formelle » s’exclame un ami du Quai. C’est vrai.

Sur le fond, nous nous mettons d’accord avec notre puissant voisin sur des termes limités dans un domaine circonscrit :

– la France n’entravera pas les intérêts économiques allemands au Maroc ;

– l’Allemagne reconnaît nos intérêt politiques particuliers dans l’Empire chérifien ;

– les deux pays cherchent à associer leurs nationaux dans les entreprises économiques marocaines.

En clair, nous échangeons un laisser passer économique pour l’Allemagne contre une liberté d’action militaire en faveur de la France.

Par cet accord qui complète celui d’Algésiras, nous montrons notre suprématie sur l’Afrique du Nord en écartant, a priori, un dangereux conflit sur ce sujet avec l’Empire de Guillaume II. 

L’opinion publique retient à juste titre le symbole : la France et l’Allemagne se tendent la main et la situation internationale s’apaise.

Jaurès, une fois n’est pas coutume, applaudit. Delcassé, le grand rival du Patron, parle « d’acte de sagesse profondément satisfaisant ».

Clemenceau est revenu à pied de la Chambre où il a annoncé la signature de l’accord… en sifflotant.

5 commentaires sur “10 février 1909 : Détente franco-allemande

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  1. Cher Monsieur,

    Employée à l’Ambassade de France à Londres, et ayant donc l’honneur de servir sous la direction de M. l’Ambassadeur Paul Cambon, je me permets de vous corriger; c’est Jules Cambon, frère de Son Excellence, qui nous représente à Berlni!

    Grand merci pour votre passionnante chronique, et mes respects à M. Le Président du Conseil!

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  2. Où ai-je la tête? Bien sûr. J’espère ne pas avoir vexé votre grand patron.
    Je suis impardonnable car, comme vous le savez, j’ai fait un séjour à Berlin avec Jules Cambon… que je n’ai jamais osé appeler par son prénom.
    Bon, la rectification est faite.
    L’auteur

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  3. Excellente nouvelle que la naissance de ce nouvel axe franco-allemand, tellement plus porteur d’avenir que notre alliance bancale avec les fourbes britanniques. Je ne doute pas que nos deux nations sauront se tendre la main au dessus du Rhin pour stabiliser l’Europe et pour civiliser l’Afrique du Nord.

    On a écrit que la route pour pour relier Paris à Londres passe par Saint Petersbourg. Moi j’affirme que la route pour aller de Paris à Berlin transite par les rivages sud de la Méditerrannée. L’histoire me rendra raison.

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  4. A-t-on demandé leur avis aux Indigènes avant ce partage cynique de leur terre et leur richesse. Il n’est pas étonnant que la culture de l’impérialisme sévisse toujours à notre époque. Comme au début du XX siecle, d’un côté nous mettons en avant les valeurs de démocratie et des droits de l’homme Blanc pour mettre la pression sur les pays du Sud et de l’autre nous cherchons insidieusement à les dominer économiquement et culturellement, maintenant qu’il est nous est impossible de les soumettre militairement. Et c’est la raison pour laquelle que le fameux Droit des peuples à disposer d’eux mêmes n’est que foutaise.

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  5. Allons, Desmouslins, comme vous y allez !

    N’oubliez pas que nous apportons aux indigènes les bienfaits de la civilisation : la mise en valeur de leurs territoires, l’industrie, l’alphabétisation et, surtout, la foi chrétienne !

    Vous verrez que dans vingt, trente ou quarante ans, le Maroc sera complètement transformé et les populations locales béniront la présence française ! Le voudrions nous qu’ils ne nous laisseront plus repartir.

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