7 octobre 1908 : Il faut des patrons exemplaires !

Georges Clemenceau a tenu à le recevoir lui-même. Eugène Schneider, ou plus exactement « Eugène II Schneider », héritier d’une dynastie prestigieuse de patrons du Creusot.

L’homme a du charisme, des convictions. Il fait de la politique et a été élu député. Le Creusot reste pour lui un champ d’expérimentation industriel et social.

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Statue d’Eugène Schneider, fondateur de la dynastie du même nom, grand-père d’Eugène II Schneider, dirigeant actuel de la prestigieuse société du Creusot

D’une main, il lance la production de machines électriques, de turbines pour les navires, de locomotives et même de sous-marins.

De l’autre, il se préoccupe du sort de ses employés et fait émerger des caisses et maisons de retraites, des crèches et écoles ménagères, des parcs de loisirs agrémentant des cités ouvrières modèles.

« Les patrons doivent être exemplaires. Nous avons des devoirs plus que des droits. Ne l’oublions pas, l’opinion publique nous regarde.  » lance-t-il d’un ton pénétré de grandeur et de bonté.

Il insiste sur la nécessité de recruter les ingénieurs aux meilleures écoles : Polytechnique, Centrale, le Génie Maritime ou les Mines. Cet apport d’intelligence tire vers le haut ses usines qui deviennent très profitables et exportent (marine américaine …) . Les bénéfices sont intégralement réinvestis dans le développement de nouveaux procédés ou l’amélioration du sort des salariés.

Les associés de la société en commandite (Schneider se méfie des capitaux des banques et ne souhaite pas transformer son entreprise en société par actions) soutiennent sur la durée les lourds investissements nécessaires pour rester à la pointe de la technique.

J’arrête là cette description.

A écouter Eugène Schneider, nous pourrions nous croire dans un monde idéal. Des bons patrons, des ouvriers bien traités, leurs enfants promis à un bel avenir …

La réalité reste plus nuancée. Il y a un peu moins de dix ans, en 1899, des grandes grèves ont éclatées au Creusot. Les salariés réclamaient des syndicats, de meilleurs salaires et une plus grande liberté politique.

La direction a répondu par la mise en place de délégués d’atelier mais n’a pas souhaité voir s’implanter des syndicats nationaux comme la CGT. Au Creusot, les ouvriers sont priés de s’affilier à un syndicat « jaune ».

Dans cet endroit de France, on est élevé Schneider (crèches et écoles patronales), on mange Schneider (la firme soutient les jardins ouvriers), on travaille pour Schneider, on se syndique Schneider, on achète Schneider (dans les coopératives locales soutenues par la Société), on part avec une retraite Schneider.

Un patronat exemplaire, je vous dis.

5 commentaires sur “7 octobre 1908 : Il faut des patrons exemplaires !

  1. J’ai connu la fin des usines Schneider du Creusot!!!!!!!!! Et donc aussi la fin des ecoles et autres agences medicales de l’usine. A cette epoque il y avait 10 000 ouvriers du Creusot et des environs qui travaillaient tous les jours , sauf arret maintenance d’Aout, des dizaines de cheminees fumaient et chaque jour des convois speciaux ou de locomotives sortaient des usines: pour le monde entier!
    Habitant maintenant en Asie centrale je peux toujours voir les locos diesels elctriques du transiberien faites dans les annees 60 au Creusot continuer de tirer de tres longs trains. A cote du Creusot il y a Montceau les mines avec aussi ecoles et hopitaux etc de la mine, corons et jardins mais ici pas de critiques car gestion par le syndicat CGT (meme la salle des fetes s’appelait « le syndicat »? Le concept Schneider a disparu, quelques morceaux de l’usine tournent encore (la main d’oeuvre est toujours tres qualifiee dans la region et ceci depuis les Schneidr). La statue du Schneidr a ete deplacee du centre la principale place publique dans uin coin ombrage, les activites sociales sont maintenant gerees par la CGT et avec une municipalite socialiste qui a son arrivee au pouvoir a construit en premier au milieu de la ville un enorme immeuble de la securite sociale: tout un symbole, non? Vive la lutte des classes. Maintenant le Creusot a bien moins d’ouvriers bien plus de fonctionnaires pas de meilleures ecoles et de soins hospitaliers et beaucoup moins d’activites. Ville somnolente, sans fumee et sans esprit d’entrepreneur. Mais une histoire industrielle extraordinaire.

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  2. J’ai 20 ans et j’ai passé mon enfance au Creusot !
    Les schneiders c’était une autre idéologie du patronnat qui donnait tout de même de bon résultat…! La marginalité, ça peut choquer certain !!

    Quand on voit le système actuel toujours poussé à ses limites, on se demande si c’est le meilleur (ou le moins pire !!)

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  3. Je découvre seulement aujourd’hui votre blog que je trouve passionnant ! Félicitations pour cette bonne idée (qui me rappelle « Histoire parallèle » de Marc Ferro sur une autre époque) et la qualité des articles. Je l’inscris immédiatement dans mes favoris et je vous suivrais désormais quotidiennement.

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  4. Je voudrais répondre à François, qui dit voir Le Creusot depuis l’Asie Centrale ! Il ferait bien de se renseigner ou de revenir nous voir !
    Le Creusot, « la ville de toutes les énergies », connaît un formidable rebond industriel – dans tous les domaines de ses exploits historiques : transports (Alstom), chaudronnerie du nucléaire civil (Aréva), aciers spéciaux de très haute qualité (Arcelor-Mittal), aéronautique (Safran-SNECMA), turbines et compresseurs (Thermodyne-Schneider-Electric), éoliennes (SIAG), constructions mécaniques de toute sorte, tuneliers, élévateurs, matériels pour la pétrochimie … on en peut qu’en oublier !

    Certes il y a moins d’employés que jadis mais la production n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui et toujours dans les domaines innovants. Quatre laboratoires de recherche, au moins sont implantés sur place, et de réputation mondiale ! Un IUT très renommé, une antenne de l’université de Bourgogne, un Lycée généraliste et technique doté de sections d’avenir… Le temps des Schneider est ici respecté mais considéré comme entré dans l’Histoire … et la CGT ne gère p

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  5. Pour répondre à « non classé » (?)

    « L’énorme immeuble » de la Sécurité Sociale au Creusot est aujourd’hui bien petit et il n’a pas été construit par la Municipalité.
    A propos, les élections de mars 2008 ont reconduit une liste de gauche avec 66, 67% des voix – au premier tour! Sans commentaire.

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