3 juin 1908 : La grève de Draveil et Vigneux tourne au drame

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Le café restaurant Ranque, siège du comité des grèves de Draveil, Vigneux et Villeneuve-Saint-Georges.

Deux morts. Nouvelle terrible et grave politiquement. Depuis un mois, la grève des carriers des Villeneuve-Saint-Georges, Draveil et Vigneux n’a pas faibli. Les forces de l’ordre avaient des consignes claires de modération. Pour autant, la cohabitation entre les ouvriers progressivement excédés par l’échec de leurs revendications et des gendarmes fatigués par la durée de leur présence sur le terrain, augmentait le risque de dérapage. C’est ce qui s’est malheureusement produit.

Ce matin, deux gendarmes escortant un convoi de non-grévistes ont été violemment pris à partie et bousculés par ceux qui avaient cessé le travail.

L’après-midi, ces mêmes gendarmes ont cru reconnaître leurs agresseurs et, accompagnés d’une dizaine de leurs collègues, se sont lancés à leur poursuite jusque dans un café, siège du comité de grève.

Au café Ranque – c’est son nom – une bagarre s’est engagée et les forces de l’ordre, submergées, ont été obligées de battre en retraite. En tentant de se dégager, quelques fonctionnaires ont sorti leur pistolet et ont fait feu. En l’air ? En direction des émeutiers déchaînés ? Peu de temps après, on relève avec horreur dix blessés et deux morts. Un jeune gars de 17 ans et un père de famille de trois enfants.

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Le face à face terrible entre les carriers grévistes et les gendarmes après le drame de ce jour de juin 1908

Nous autres, conseillers de G.Clemenceau, sommes atterrés. Le directeur de cabinet Winter ne perd pas son sang froid et fait immédiatement le point avec le préfet de Seine-et-Oise convoqué d’urgence.

Une réunion de crise a lieu sous la présidence de Clemenceau avec Briand et les principaux conseillers du ministère de l’intérieur et de la justice.

Le plan prévu par le gouvernement s’articule autour de trois axes :

– calmer le jeu sur le terrain ; nier en bloc la responsabilité des gendarmes pour gagner du temps et imposer à ces derniers de rester calmement l’arme au pied ;

– surveiller de façon rapprochée les meneurs syndicaux. La police des chemins de fer sera mobilisée et devra rendre compte de tous leurs faits et gestes. Il n’est pas exclu, le moment venu, si les troubles continuent, de procéder à des arrestations ;

– anticiper la crise politique. Des contacts sont déjà pris avec les parlementaires les plus influents -pas seulement les radicaux – pour démontrer que le gouvernement n’est pour rien dans ce grave incident et qu’il fait tout pour ramener le calme. Pour cela, tous les moyens sont bons, y compris la diffusion d’informations non vérifiées. Une petite partie de la maréchaussée prétend que les émeutiers du café étaient armés. Personne n’en est sûr. Cela ne nous empêche pas de l’affirmer avec force. L’enquête judiciaire ouverte ce jour mettra de longs mois avant d’établir la vérité. Et quand celle-ci sera connue, l’opinion publique aura d’autres préoccupations et personne ne repensera à nos thèses probablement inexactes d’aujourd’hui.

Le gouvernement va donc marteler ses arguments, présenter la thèse qui l’arrange. Nous savons que les socialistes et la droite ne feront pas de cadeaux à mon Patron. Celui-ci ne tendra pas de verges pour se faire battre et se prépare à rendre coup pour coup.

Les prochains jours vont être rudes. A suivre…

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