8 mai 1908 : Les socialistes, un parti divisé sans idées neuves ?

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Deux figures socialistes controversées: Jules Guesde et Alexandre Millerand

Une grande figure protectrice, un chêne servant de repère, une voix qui apaise et galvanise … Jaurès est l’homme phare du parti socialiste.

Mais derrière le grand Jaurès, le parti lui-même qui s’appelle depuis trois ans SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) a-t-il une force propre, une dynamique indépendante de son leader ?

En première analyse, les socialistes apparaissent facilement divisés.

Au moment de l’Affaire Dreyfus, on distinguait ceux qui prenaient parti pour le malheureux capitaine et demandaient la révision de son procès et une majorité qui considérait que tout cela n’était qu’un « drame bourgeois » qui ne devait pas préoccuper la classe ouvrière.

Autre exemple : le socialiste Millerand a accepté de devenir Ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et Télégraphes dans le gouvernement radical de Pierre Waldeck-Rousseau du 22 juin 1899 au 7 juin 1902. Ces trois années ont profondément écartelé la grande famille de gauche. Peut-on, doit-on accepter de siéger dans un « gouvernement bourgeois » ? Peut-on espérer faire avancer la cause du monde ouvrier de l’intérieur, en participant à l’exécutif, en acceptant d’inévitables compromis ? Ou doit-on rester à l’écart, dans la pureté des combats extérieurs au pouvoir en place ?

Et, enfin, que penser de cette situation : Certains estiment, derrière Jules Guesde, que le parti doit avoir un lien direct  -un rôle de direction ? – vis à vis des syndicats et transformer leurs revendications en expression politique. D’autres, majoritaires et confortés par la Charte d’Amiens de 1906, soulignent l’indépendance absolue par rapport à la politique dans laquelle doit s’inscrire la vie syndicale.

Au-delà des divisions, jetons aussi un regard sur les idées.

On est frappé par la faiblesse de l’armature idéologique du nouveau parti. A mi-chemin entre un marxisme (trop) vulgarisé, souvent mal compris et les idées pragmatiques du radicalisme au pouvoir, les idées des parlementaires socialistes peinent à convaincre.

Le parti se réfugie trop facilement derrière les discours intellectuellement brillants de son leader et maître à penser Jaurès. Il pratique volontiers un rejet confortable et sans concession du monde bourgeois, sans bâtir un corps de doctrine propre permettant d’interpréter plus justement notre époque.

Et pourtant !

Le nombre de militants progresse. Nous sommes loin, avec 50 000 encartés environs, des grands partis de gauche germaniques ou anglo-saxons. Pour autant, une force naît qui commence à peser dans certaines régions comme le Midi.

Les électeurs sont de plus en plus nombreux. Indifférents aux références marxistes obligées du parti, ils recherchent une alternative aux partis conservateurs et au radicalisme. Ils veulent, et de plus en plus, un parti profondément engagé dans le progrès social, un parti qui prenne en compte réellement la misère matérielle et morale des masses ouvrières. Les socialistes apparaissent « neufs », « combatifs » .

Il n’est toujours pas bien vu pour un fonctionnaire ou pour un chef de service dans une banque d’être militant socialiste. La mise à l’index reste inévitable pour les « rouges ».

Pour autant, le socialisme pourrait devenir la force de demain, prenant le relais d’un parti radical usé par des années de gouvernement difficile, lessivé par des combinaisons et tractations parlementaires multiples et sans gloire.

Zola s’écriait déjà à la fin de Germinal :  » Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait bientôt faire éclater la terre.  »

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