2 mars 1908 : Octave Maus ;  » j’aurais voulu être un artiste … « 

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Théo van Rysselberghe. Portrait d’Octave Maus (détail)

Un tableau qui résume bien notre époque, mais surtout une toile reflet des sentiments, des préoccupations d’un âge de la vie.

Avocat déjà connu, Octave Maus pose nonchalamment à côté d’un piano à queue. Il joue merveilleusement bien de cet instrument.

Une lampe aux motifs japonisants éclaire la scène. La tenue de soirée du jeune juriste indique que nous sommes dans une  réception parisienne ou bruxelloise.

Que peut-on imaginer d’un homme peint de cette façon (et mon imagination m’éloigne sans doute de la réalité, une prochaine rencontre avec l’intéressé me permettra de rectifier) ?

Grisé par les premiers succès, suffisamment mûr pour ne pas le montrer, il séduit par des talents artistiques faisant de lui -l’espère-t-il – un homme complet. Perdu dans ses pensées ou concentré sur ses prochains bons mots voire attendant le moment clef pour se faire prier de jouer tel ou tel prélude, il se sait observé des dames.

Heureux ou satisfait ? Ni l’un ni l’autre. Il aspire déjà à plus. Plus de rencontres, plus de réussites et de gloire, plus de jolies femmes éprises et désireuses de lui plaire. Il prendra la place de son patron bientôt, fera grossir le cabinet, continuera à soutenir les artistes prometteurs, entrera en politique …

Pourtant, il se sent vieillir. Oh, très peu encore. Les trente ans sont bien franchis et la quarantaine paraît lointaine. Pourtant, il réalise qu’il n’a plus la fraîcheur des étudiants auxquels il dispense quelques cours le soir. Il n’aime plus comme eux (sait-il encore aimer ? ), il ne s’esclaffe plus spontanément depuis longtemps et peine à se rappeler son dernier fou rire.

Ne le lui dites pas. Il perd ses cheveux. Ses boucles blondes qui attendrissaient sa mère, s’envolent, tombent, laissent la place à un crâne nu – qu’il trouve laid – où quelques rides se dessinent déjà.

Alors, il accélère. L’envie de réussir se transforme en soif. Le temps presse. Il se durcit quand on s’oppose à lui : « laissez-moi passer ! Toute ma vie est là ! » semble dire son regard quand il plaide et tente d’écraser la partie adverse.

Il a le sentiment de ne plus écouter ses clients, mais de s’en servir. La phrase  » que m’apportez-vous ?  » prononcée lors des premiers rendez-vous avec ceux qui recourent à ses services, n’a plus le même sens qu’il y a dix ans. Au début de sa carrière, il savait être attentif à la réponse. Il a maintenant tendance à se fermer et imagine en revanche en quoi chaque affaire présentée va pouvoir lui servir de marche pied, de tremplin.

Il soutient des jeunes artistes belges prometteurs. Le fait-il pour eux ou se positionne-t-il ainsi comme tête d’affiche de l’élite intellectuelle montante du Royaume de demain ?

Alors oui, il va jouer du piano ce soir. Du Mozart sans doute; génial et léger. Ou, non… plutôt du Rachmaninov : brillant, exigeant des qualités de virtuose mais un peu vide, vain et finalement, infiniment triste.

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