14 novembre 1907: L’amour fou chez Redon

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Petite pause autour d’une très belle oeuvre datant d’une quinzaine d’années. Regardons la bien, elle repartira bientôt chez un riche collectionneur américain.

Odilon Redon a réalisé ce pastel en hommage à l’héroïne d’un conte indien, Sita. Enlevée par le démoniaque Lanka, elle laisse des traces de son lieu d’enlèvement à son époux Rama. Prisonnière dans le ciel, elle se dépouille de ses vêtements et bijoux pour laisser des indices du lieu où elle est retenue prisonnière.

On retrouve dans cette toile des thèmes que le public affectionne de plus en plus: Le rêve, la beauté mystérieuse, l’allusion à une mythologie exotique.

Le bleu lumineux et chatoyant enveloppe et met en valeur, comme un écrin, la belle Sita. La pluie d’or qui se verse vers le sol guidera son amoureux qu’elle ne peut encore apercevoir.

Son regard est voilé d’une tristesse indéfinissable ou marque une douleur muette. Son visage, très régulier mais finalement assez ferme, lui donne un caractère androgyne.

Aussi, cette tête n’est-elle pas aussi celle de son époux? Les deux visages seraient ainsi symboliquement et inextricablement mêlés, signe d’un amour fou que l’ignoble Lanka ne peut défaire.

Par le rêve, les deux époux se rejoignent, se fondent l’un dans l’autre et laissent le « mal » disparaître dans les montagnes, au loin, gagnées par la brume humide, silencieuse et froide.

Odilon Redon, l’un des peintres fétiches des marchands de tableaux Vollard et Durand Ruel, a réalisé une oeuvre dont la cote n’a pas fini de grimper.

11 novembre 1907: Gustave Moreau, rêve sensuel ou mystique?

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Après avoir reposé l’ouvrage de Freud, en gardant à portée de main ceux de Bergson, un retour à la peinture… pour mieux rester dans le monde du rêve.

Gustave Moreau qui nous a quitté il y a quelques années, continue à marquer notre époque de son empreinte.

Il les influence tous; les peintres « Fauves » notamment, ne jurent que par lui.

Et pour cause. Cette toile  « L’Apparition. Salomé et la Tête de Saint Jean Baptiste » nous plonge dans les fantasmes, les songes, les peurs de notre temps.

Cette tête tranchée d’un Saint peut évoquer le recul sans précédent de la pratique religieuse et la perte d’influence de l’Eglise. Ou plutôt, suggérer les combats menés par certains, souvent puissants, contre toute spiritualité pour construire un homme sans Dieu.

Salomé, belle danseuse éveillant les sens des spectateurs, se pose en femme cruelle et dominatrice. Elle voulait la tête du Saint, le Pouvoir la lui offre sur un plateau d’argent.

Une victoire du mal sur le bien? Victoire de la chair sur l’esprit?

Pas sûr. En fait, la tête de Jean Baptiste vit toujours. Elle regarde, contemple, juge celle qui l’a condamné, comme un remord éternel. Tête nimbée, rayons d’une lumière surnaturelle qui aveugle et brûle la pêcheresse.

Alors, victoire des forces mystiques sur le mal?

Non, plutôt cohabitation endiablée de trois mondes: Celui du plaisir, de la sensualité, de la « Danse aux Sept Voiles »; celui du Pouvoir et de toutes ses dérives…et celui d’une attirance pour ce qui dépasse l’homme, un « au delà » irrationnel et purificateur.

C’est notre époque.

Le tout dans une vision de rêve sombre et beau, délicieusement maléfique. On ne contemple pas ce tableau, on s’y perd.

8 novembre 1907: Renoir; en finir avec les nus hypocrites et fades

Nous vivons une drôle d’époque en matière artistique. Depuis que ce ne sont plus les rois et les princes qui soutiennent les peintres mais les lois du marché de l’art, tout devient possible. Tous les styles se côtoient, tous les talents se mélangent. Les génies se cachent derrière un nombre important d’élèves appliqués.

L’art académique continue à plaire à beaucoup. Dans les différents salons, les bourgeois viennent se rincer l’oeil et regarder des toiles leur offrant les fantasmes qu’ils ne peuvent trouver chez eux… et qu’ils n’osent même pas s’avouer.

On reste fasciné par des civilisations lointaines (le monde ottoman par exemple) que le grand public connaît mal (tout le monde ne peut lire comme moi les notes venant des ambassades) et où l’on peut donc travestir la réalité au profit de légendes.

Cette toile de Jean-Léon Gérôme (Le Marché aux Esclaves) qui date d’il y a vingt cinq ans continue à plaire:

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 Pour la représentation des nus féminins, il est attristant de voir que peu de choses ont changées entre cette toile d’Alexandre Cabanel qui date de 1880:

…et cette oeuvre de Carolus Duran, peinte il y a juste cinq ou six ans:

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Pour ces deux tableaux, la chair reste, il faut le dire, bien triste. On remarque juste que pour continuer à épater le bourgeois, la pose du second tableau se révèle beaucoup plus audacieuse. On passe ainsi d’une femme nue « au mal de tête de lendemain de beuverie » à l’abandon d’une seconde nymphe en une pose improbable voire franchement inconfortable…à moins que tout cela se fasse sous l’empire de l’opium.

Dans les deux tableaux, à la technique pourtant irréprochable, la peau reste blanche, le sang (la vie?) semble avoir abandonné nos deux dormeuses. Aucun amant vigoureux, souriant au bonheur, n’aura envie de toucher ces peaux que l’on imagine glacées.

Heureusement, Pierre-Auguste Renoir, amoureux des femmes, fasciné par toute la gamme chromatique et fin observateur de la réalité, nous propose des nus plus appétissants, tellement plus sensuels et pourtant pas si éloignés d’une réalité que l’on souhaite à tous.

La baigneuse endormie, (1897)

Ah, cette « Baigneuse Endormie »! Sa peau fruitée, ses formes naturelles que Renoir n’enjolive pas mais met en valeur avec grâce…A qui sourit-elle? Quel discours enflammé d’un canotier la tire petit à petit du sommeil pour un  abandon grandissant au désir ? Ce linge blanc pudique, pur et un peu dérisoire, petit à petit recouvert par un rouge aphrodisiaque des lèvres, de la chevelure et du corps…

Le génie je vous dis, le génie…

7 novembre 1907: Les bijoux de l’Art Nouveau

Le coq 

Mon épouse me le répète souvent: Il n’y a pas que la peinture dans l’Art. J’ai suivi ses pas aujourd’hui. Direction Place Vendôme. Tout est cher, trop cher pour nous. Mais quel plaisir des yeux.

René Lalique a définitivement pris son envol depuis le succès qu’il a remporté à l’Exposition Universelle de 1900. On vient voir ses oeuvres sans passer par la boutique du regretté Samuel Bing  » La Maison de l’Art Nouveau ».

Il expose et vend ses oeuvres taillées dans des matières peu courantes en matière de joaillerie comme le verre ou le cuir.

Le résultat est un modèle d’équilibre et de pureté des lignes. Nous sommes dans des ornements infinis reproduisant les beautés de la faune et de la flore.

Les coqs et les paons merveilleux s’inclinent devant les bijoux que porteront les belles de Paris.

Les flacons de parfums richement décorés laissent s’installer une ambiance féminine et délicieusement frivole.

Je suis sous le charme.

4 novembre 1907: Ces femmes que nous aimons…

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Je suis frappé par toutes les conventions qui pèsent sur les femmes.

Elles ne peuvent aimer hors mariage sans subir la réprobation générale (contrairement aux hommes). Elles ne peuvent s’habiller sans porter un corset. Les plus belles carrières administratives, industrielles, diplomatiques ou politiques leur restent de facto fermées.

Et pourtant…elles n’ont jamais été aussi cultivées et prêtes à prendre leur envol.

Miss Ella Carmichael,1906, Musée du petit Palais Paris

Plus de liberté pour les femmes pourrait venir paradoxalement… de certains hommes.

– Léon Blum, jeune et audacieux maître des requêtes au Conseil d’Etat vient de me transmettre un essai « Du Mariage » où il défend une forme de polygamie « naturelle jusqu’à un certain âge ». Il regrette qu’une jeune femme, avant le mariage, « soit réduite à choisir entre le déshonneur et la chasteté forcée ». Le Figaro le soutient dans cette recherche de moeurs plus libres.

– Le couturier Paul Poiret qui s’est rendu célèbre en habillant l’actrice Réjane -inoubliable « Madame Sans Gêne » -pousse nos chères compagnes à abandonner le corset. Il remet au goût du jour les robes longues, pleines de coloris chatoyants. La ligne est effilée. Il se dégage une impression de légèreté et de grâce.

La séduction reste au rendez-vous. Les formes et la démarche sont plus naturelles mais tout aussi sensuelles.

Des fois, je me pose cette question bizarre: Comment réagirais-je si mon chef, voire mon ministre était une femme?

Bon, d’ici à ce que cela arrive…il se passera sans doute beaucoup de temps!

3 novembre 1907: Rodin, une force!

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Il est rare de voir un artiste de vrai talent, adulé de son vivant, comme l’est Monsieur Rodin.

Notre sculpteur national est reconnu dans le monde entier. Il est exposé tour à tour à Genève, Bruxelles, Rotterdam, Amsterdam, La Haye, Düsseldorf, Buenos-aires, Montréal, Tokyo, Berlin…

Tout le monde se presse pour venir le voir dans ses ateliers à Meudon, Villa des Brillants, rue Paul-Bert.

On découvre là une vie de labeur acharné: Des nus, des bustes, des morceaux de sculptures par centaines…Rodin a capturé ces corps, ces visages connus ou non, pour produire une humanité unique, une humanité retravaillée, façonnée par un génie moderne re-créateur.

L’artiste au caractère ombrageux dicte à chacun la bonne façon de voir ses oeuvres. Il faut pouvoir les contourner, passer au dessus, en dessous. Rien ne doit échapper au regard. Rodin demande à ce que certains de ses bustes soient perchés sur des colonnes de plus de deux mètres pour accroître leur visibilité. On reste surpris et sans voix devant ces inventions infinies.

Rodin façonne la glaise, façonne la pierre et façonne enfin nos regards.

Balzac, dont la statue commence à être reconnue à sa juste valeur, devient ainsi… son enfant.

Les photographes – l’artiste à tout de suite compris leur utilité dans notre monde moderne – sont invités à diffuser dans chaque métropole internationale les reflets de ses plâtres et de ses marbres.

Les yeux des cinq continents s’émerveillent de cette démesure, de cette partie de France qui croit encore qu’elle peut faire le Monde à sa main.

Auguste Rodin, Helene von Nostitz.jpg

28 octobre 1907: Charles Pathé, le cinéma en grand!

Ignorant que j’étais! J’avais comme a priori que le cinéma était un phénomène de foire. L’arrivée d’un train « en grand » sur l’écran affolant les spectateurs…ou autres petites scènes amusantes ou farces grossières.
Je restais très éloigné de la réalité que j’ai découverte aujourd’hui.
Journée merveilleuse, enchanteresse chez la Comtesse M…
Dans un même grand salon richement décoré, nous pouvions écouter un industriel du cinéma, Charles Pathé, invité d’honneur; les frères Lafitte, entourés de jolies jeunes actrices comme cette demoiselle du « Français », aux beaux yeux pétillants de malice. Elle jetait des regards amusés sur le fonctionnaire discret mais admiratif que j’étais:

artistes_07.1193598007.jpg  carte fantaisiesbergeret.free.fr

Charles Pathé qui possède des usines à Vincennes mais aussi à New York et tire plus de 100 kilomètres de films par jour, s’est exclamé qu’il ne souhaite plus que les oeuvres qu’il finance soient projetées par des forains dans des conditions lamentables, avec des copies usées qui déshonorent le travail des réalisateurs.

Il reste maintenant propriétaire des films qu’il loue à des concessionnaires sur lesquels il exerce un contrôle. Les forains se plaignent amèrement de cette mesure qui fragilise les plus petits d’entre eux et favorise les salles fixes qui se montent de plus en plus dans Paris et les autres très grandes villes. 

Toute la journée chez la Comtesse M…, les sociétaires de la Comédie française présents, ont poussé les frères Lafitte à créer un société de films d’art. Ils sont tous persuadés que de grandes fresques historiques pourraient voir le jour et donner ses lettres de noblesse au cinéma, actuellement boudé par les élites.

Nous nous sommes pris à rêver d’un film que retracerait… l’assassinat du Duc de Guise. Avec humour ou gravité, chacun racontait comment il verrait le film, s’il avait à le réaliser. Plusieurs d’entre nous ont évoqué l’idée d’une musique composée spécialement pour cette production. Pourquoi ne pas faire appel à Camille Saint Saëns?

La comédienne Gabrielle Robinne, qui vient de rentrer au Français a su faire entendre sa voix en montrant que puisque la grande actrice Sarah Bernhardt continuait sa carrière au cinéma à plus de 63 ans (!), on devait aussi laisser une place aux jeunes talents de 21 ans…comme elle.

Sa beauté, son talent peuvent lever bien des obstacles et j’ai senti que les frères Lafitte étaient d’ores et déjà conquis.

 

Charles Pathé après nous avoir écouté un long moment nous a indiqué qu’il croyait plus à l’émergence de grands films dans lesquels le peuple pouvait se reconnaître. Il nous a invité à aller voir ou revoir « La Lutte pour la Vie », sorti cette année  et contant l’histoire d’un cheminot qui réussit brillamment sa vie.

Henri Lavedan, lui aussi présent, a répondu que l’idée de films historiques n’entrait pas en contradiction avec les productions pour le peuple. Après tout, chacun pouvait aller voir ce qui lui plaisait. Il n’exclut pas, pour sa part, de monter une pièce au théâtre sur l’assassinat de Duc de Guise et il est prêt à étudier comment cette création pourrait être transposée au cinéma.

J’étais déjà un passionné de peinture; je sens que je vais apprécier encore plus cette autre « toile » fascinante qu’est le cinématographe.

21 octobre 1907: Ecouter « Iberia » d’Isaac Albeniz et mourir!

 Deux jeunes filles au piano (peinture de Pierre-Auguste Renoir)

Cela a du bon de travailler non loin du Président du Conseil et sous les ordres d’une hiérarchie principalement issue de la grande bourgeoisie parisienne. Cela me donne accès à des milieux que je ne pourrais côtoyer autrement.

Ainsi la princesse de Polignac qui soutient des musiciens merveilleux (Gabriel Fauré, Maurice Ravel, Erik Satie…), n’aurait normalement aucune chance de faire partie de mes relations habituelles… ce qui n’est pas le cas de mon chef, M. de B…, souvent invité dans sa maison rue Cortambert, dans le 16ème arrondissement. Moins amateur d’art et de musique que moi, il me cède souvent et volontiers son invitation et m’introduit à chaque fois qu’un concert (ou une répétition publique) est organisé par un petit mot que je présente lorsque je me rends à sa place sur les lieux.

Je suis actuellement séduit par la création -en cours – d' »Iberia » de M. Albeniz.

Musicien espagnol, dédaigné -nous dit-il – par son propre pays et de retour à Paris, il se lance actuellement dans l’écriture de cette oeuvre très originale.

Des rythmes endiablés et inventifs, des ruptures de mélodies, un tourbillon d’impressions…je peine à trouver mes mots pour qualifier cette musique chatoyante.

Par la magie de notes audacieuses, nous ne sommes plus dans notre Paris souvent gris et pluvieux mais dans cette Espagne que je ne connais pas mais que j’imagine chaude et colorée.

Nous suivons une procession religieuse puis nous arrêtons à un petit port de pêche, après avoir eu le temps de nous plonger dans une rêverie romantique; interrompue par une valse syncopée.

Blanche Selva La pianiste d’origine catalane Blanche Selva

Les musiciens qui nous font vibrer et répètent pour l’instant les premier et second livres d' »Iberia », sont des virtuoses hors pairs, notamment la pianiste Blanche Selva. La partition a la réputation d’être très difficile voire presque « injouable », pour reprendre l’expression d’Isaac Albeniz lui-même.

Mais au bout de ces efforts, quelle ivresse pour les auditeurs!

21 octobre 1907 : Libérez-nous du Paris de M. HAUSSMANN!

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Le célèbre Préfet Haussmann a certes permis l’éclosion d’un Paris plus aéré, avec des rues et des avenues dégagées. Les vieilles maisons insalubres ont été détruites au profit d’immeubles robustes avec des appartements plus habitables.

Mais le résultat esthétique n’est pas toujours à la hauteur. Les façades se ressemblent toutes, l’ennui guette l’observateur de ces nouveaux ensembles sans âmes, faits pour la spéculation immobilière mais éloignant les architectes originaux.

Au début de ce nouveau vingtième siècle, la tendance commence heureusement à s’inverser.

La Ville de Paris, imitant en cela la capitale belge, a lancé le « concours des façades » depuis 1898. Elle incite à plus de recherche, plus d’originalité de la part des promoteurs et architectes.

Le progrès technique favorise aussi l’émergence de nouveaux bâtiments étonnants. Par exemple, l’ascenceur se généralise et les étages du haut ne sont plus réservés au plus pauvres.

En outre, un décret de 1902 libère les inventions pour les parties hautes des immeubles.

Les résultats de ces efforts convergents ne se font pas attendre et j’ai pu observer de forts belles constructions dans le 16ème arrondissement.

Je vous livre un exemple observé avenue Victor Hugo. L’architecte Charles Plumet nous propose un Art nouveau inspiré – très librement – du Gothique.

Nous allons rechercher un nouvel appartement dans un immeuble de ce style…peut-être celui-là? J’ai commencé ce jour à discuter avec le concierge pour savoir ce qui pouvait se libérer.

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13 octobre 1907: Rencontre avec Ambroise Vollard

Portrait d'Ambroise Vollard, Paul Cézanne, 1899.

Lors de ses promenades, mon épouse a repéré, rue Laffite, la galerie d’Ambroise Vollard, marchand d’art.

Nous y sommes retournés ensemble. Le mélange des artistes exposés est habile. Des artistes en vogue comme Maurin ou Bernard côtoient des inconnus comme Picasso, Matisse ou Vlaminck.

Mis à part les Cézanne que j’ai encore un peu de mal à apprécier (je progresse cependant), je découvre avec joie ces nouveaux talents.

En fait, au delà de la galerie proprement dit, c’est tout un univers qui s’ouvre à nous: Les artistes les plus anciens conseillent Ambroise Vollard qui a un vrai flair pour repérer des peintres de talent.

M. Vollard a des relations commerciales avec les galeries et marchands des autres grands pays européens: Angleterre (international Gallery de Knightbridge de Londres) mais aussi Allemagne (Munich, Berlin) et Autriche.

J’espère que nous serons bientôt invités lors des dîners qu’organise M. Vollard, dans une cave -et oui! – rue Laffite. S’y côtoient ceux qui percent dans l’art de notre époque…et la cuisine -coloniale – y est bonne. Si nous avons de la chance, nous pourrons y croiser Renoir!

12 octobre 1907: Le cinématographe

 Affiche de publicité pour le Cinématographe Lumière

Pendant mes heures de travail, mon épouse rencontre nos amis et relations. Elle le fait chez nous, un jour par semaine et le reste du temps, c’est elle qui se déplace chez nos différentes connaissances. Ces rencontres peuvent être ennuyeuses…mais tant que je travaille aussi près du ministre, nous ne pouvons nous permettre de nous couper de membres éminents de la bonne société parisienne.

Heureusement pour elle, ma femme peut aussi se détendre en découvrant cette attraction très nouvelle qu’est le cinématographe.

Dans les sous sols de cafés parisiens à la mode, elle assiste dès qu’elle le peut, à des séances impressionnantes où une « lampe magique » projette sur un drap blanc des images très réalistes de trains arrivant en gare (« on a l’impression que la locomotive fonce sur les spectateurs » m’a t’elle dit effrayée et… ravie) ou amusantes d’arroseurs se faisant eux-même arroser.

J’ai hâte de me rendre moi-aussi à ces séances avant que cette attraction, sans doute sans lendemain, disparaisse.

7 octobre 1907: Le Salon d’Automne

La Montagne Sainte-Victoire vue de Bellevue (1882-1885).Je suis allé hier au Salon d’automne: les tableaux de Cézanne surprennent. Les formes sont très géométriques. Ce sont des jeux de lumière et d’ombre qui re-crééent une Provence… bien éloignée de mes propres souvenirs.

Un tableau m’a aussi marqué: La Charmeuse de Serpent; l’auteur serait fonctionnaire comme moi. Quelle audace! Nous sommes dans la jungle au bord d’un fleuve immense. Une sorcière joue de la flûte dans la pénombre alors que les serpents s’approchent. Le tableau nous envahit, nous sommes plongés dans cette univers mystérieux, fascinant. On ne sait si nous vivons un (mauvais) rêve ou si nous sommes éveillés au milieu d’herbes hautes, de moustiques et d’eau sale.

A voir…pour aimer, pour rire ou pour critiquer dans les dîners…

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