18 novembre 1910 : Les Français sont-ils sales ?

« Il est une époque où se baigner jusqu’au cou était considéré comme païen ! » s’exclame une amie, Pauline de Broglie.

Moins d’un logement sur cent, à Paris, possède une baignoire. Un nombre très réduit vient de s’équiper de garde-robes hydrauliques, appelé aussi water closets, par des anglo-saxons beaucoup plus en avance. Nous sommes encore trop une capitale d’Ancien Régime où l’hygiène et la propreté corporelle laissent à désirer.

Certains collègues peinent à comprendre (je le sens !) qu’un mois de mon salaire soit passé dans l’achat d’une baignoire en porcelaine, reliée au système d’eau courante dont nous sommes si fiers dans notre immeuble. Chez eux, un bidet suffit, complété par les bains publics. Se laver au bidet ? «… mais ce sont les femmes de petite vertu qui l’utilisent dans les maisons closes ! » s’écriait, il y a peu, ma femme, pour me convaincre d’investir dans une baignoire.

Notre bonne elle-même, à ses débuts, fréquentait assidument les bains « à quat’e sous », vulgaires baraques de planches, à même la rue et accueillant tout ce que Paris compte de pauvres gens ne pouvant sortir un franc ou deux pour les bains publics. Depuis, elle a l’autorisation d’utiliser notre bidet puis, maintenant, notre magnifique baignoire… quand Madame sort, l’après-midi.

Une simple promenade dans les rues de Paris amuse les diplomates anglais ou américains que j’accompagne parfois. Ils se révèlent beaucoup plus stricts que nous. Ils nous font remarquer nos tuyaux de fosses d’aisance bouchés et débordants, nos systèmes d’évacuation d’eaux usées défaillants et se répandant dans la rue sans que cela semble gêner les riverains. Dans un grand éclat de rire, ils se bouchent le nez en disant : « Vous les Français, peuple paysan… aimez encore bien les odeurs ! »

November 18, 1910 : Are the French a Dirty People?

“There was once a time when bathing up to one’s neck was considered pagan!” exclaims a friend of mine, Pauline de Broglie.

Fewer than one in a hundred apartments in Paris possesses a bathtub. A very small number have only recently been equipped with « hydraulic wardrobes »—also known as water closets by the far more advanced Anglo-Saxons. We remain, all too much, a capital of the Ancien Régime, where hygiene and bodily cleanliness leave much to be desired.

Some of my colleagues struggle to understand—I can feel it!—how a full month of my salary could be spent on the purchase of a porcelain bathtub, connected to the running water system of which we are so proud in our building. in their own homes, a bidet suffices, supplemented by trips to the public baths. Washing at a bidet? “…but those are for women of easy virtue in brothels!” my wife cried out not long ago, to convince me to invest in a proper tub.

Our maid herself, when she first started, was a frequent patron of the “four-sou” baths—vulgar wooden shacks right on the street that welcome all the poor souls of Paris who cannot spare a franc or two for the public bathhouses. Since then, she has been granted permission to use our bidet and, now, our magnificent bathtub… whenever Madame goes out for the afternoon.

A simple stroll through the streets of Paris provides much amusement to the English and American diplomats I occasionally accompany. They prove to be far more fastidious than we are. They point out our clogged and overflowing cesspool pipes and our failing sewage systems that spill into the streets without seemingly bothering the local residents. With a great burst of laughter, they pinch their noses and say: “You French, a nation of peasants… you still quite enjoy your smells!”

9 commentaires sur “18 novembre 1910 : Les Français sont-ils sales ?

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  1. et je dirais même plus, cher TG, nos amis les anglais ne peuvent qu’être admiratifs, nous mettons dans tout nos produits d’ « entretiens » et du quotidien un maximum de produits chimiques pour que cela sente bon comme dans un monde stérile: lait en poudre, savon, lessives, margarine, produits d’entretiens, shampoing, biberons, eau du robinet, etc… etc… Partout, la vie est réduite en cendre et les effluves à des senteurs de synthèse. On, trouve même dans le sud de la France des marques allemandes de boutiques discount qui déversent leur produits 100% chimiques pour la maison, le corps, etc… Donc en 100 ans, les francais sont devenus si hygiénistes qu’ils ne supportent plus la nature puisqu’il ne la connaisse plus. Joli progrès, n’est-ce-pas? Mais de courte vue. Qu’en pense Madame Badinter?

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  2. Tout est relatif! Si la situation francaise d’aujourd’hui ne ressemble plus a celle de 1910 et peut sembler paradisiaque comparee, disons pour rester en Europe, a celle de la Bulgarie, la France reste un lieu de salles de bain exigues et incomfortables, de fosses sceptiques et autre epandages sauvages, et surtout: d’installation publiques sales, odoriferantes, peu hygieniques. Toilettes d’autoroutes, ‘administrations, d’ecoles, d’autres lieux publics sont relativement tout aussi folkloriques, sales et odoriferantes aux yeux d’un americain, un anglais, un europeen du nord aujourd’hui qu’il y a cent ans. Sans parler des pauses pipi un peu partout. Comme dans le cas des abattoirs, la France a une tolerance exceptionelle, a niveau de vie comparable, pour les excrements.

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  3. Il ne reste plus qu’a faire disparaitre les WC a la Turque, que les étrangers en visite dans notre pays en 2010 découvrent avec horreur et dégoût dans nos autoroutes, et dans nos bars parisiens (une fois payée la petite pièce pour y avoir accès – quelle deception).

    C’est vraiment une image désolante, similaire à celle que les anglos saxons avaient de nous il y a 100 ans.

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  4. Il faut se l’avouer, c’est pas tres facile a accepter, mais reconnaissons le: les anglosaxons ont quant meme un meilleur sens de la proprete que nous. Le Coq qui chante sa fierte les pattes dans sa propre merde, c’est pas une invention anglosaxonne. Nos TROTTOIRS decores de CROTTES DE CHIENS EN 2010! Qu’en est-il des INTERIEURS? Oui nous nous accommodons bien des odeurs et surtout de celle de la merde! Il est invraisemblable qu’un pays comme la france en soit encore a faire chier ses klebards sur la voie publique dans l’indifference de toute sa cohorte de bien pensants et autres donneurs universels de lecons de savoir vivre! Presque tous les anglosaxons ramassent les crottes de leurs Klebs!

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  5. Certes, sans doute, diable, fichtre, saperlipopette. Il ne fais aucun doute que nos trottoirs soient constellés par ce dont vous parler plus haut… (Vu la taille, parfois de ces OVNI, l’on pourrait penser que ces chères petites bêtes sont encore bien nourri…) Au fond, dans mon premier commentaire, je faisais davantage allusion à nos esprits qu’à nos corps… Vae Victis!

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  6. Ne vous trompez pas de siècle !! Nous sommes en 1910. Si on vante tant l’exemple anglo-saxon en matière d’hygiène ce n’est guère par suivisme imbécile afin d’aseptiser servilement nos manières de vivre ancestrales mais surtout pour raison de santé publique.

    La prégnance de la tuberculose dans les quartiers ouvriers est directement liée à la salubrité des logements. Avoir ou ne pas avoir suffisament de logements ayant le tout à l’égout, des water-closets modernes et une bonne ventilation de l’air se traduit directement par des taux différents de morbidité dans la population des pays concernés et, à cet égard, la France n’est pas le pays le « mieux-faisant ».

    Bye

    Olivier Stable

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  7. Arretons l’auto-flagellation. J’ai vecu dans different pays, ca pas mieux ou pire.
    J’ai vecu au Canada quelques annees, impossible de trouver des toilettes publiques, alors c’est sur des toilettes publiques qui n’existent pas ca peut pas sentir mauvais.
    On adore en France affirmer qu’on est en retard. La verite c’est qu’on est a la pointe de l’hygiene, sante, nourriture, et qu’on a une qualite et une esperance de vie nettement superieure a n’importe quel pays anglo-saxon, les chiffres mentent pas. Sentir bon sous les bras mais mourir du diabete a 55 ans, je suis desole mais je vois pas ou est l’avancee.
    Les americains adorent regarder les francais de haut, les francais adorent se rabaisser, mais il y a vraiment pas de quoi, vraiment.

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