17 mars 1909 : J’apprends le baisemain à mon fils

Mon fils qui m’a accompagné, hier soir, pour la première fois, dans le monde, a été très impressionné par le baisemain pratiqué, à plusieurs reprises, par son père, à chaque rencontre de dames mariées.

 » Papa, je veux que tu me montres  !  »

Je lui explique qu’il s’agit d’un usage qui était tombé complètement en désuétude au cours du XIXème siècle et qui revient depuis cinq ou six ans à la mode, en même temps que la révérence pour les dames.

– Mais, papa, tout le monde parle de relâchement des moeurs ?

– Justement, cela doit-être en réaction. Dans certains milieux que je ne fréquente heureusement pas tous les jours (ce serait assommant), on souhaite afficher un certain retour à des traditions aristocratiques et aux vieux usages. Il semble que ce sont les Allemands qui ont commencé à lancer cette « mode ».

Je lui décris ensuite le geste : la main de la dame que l’on saisit délicatement entre le pouce et l’index, le corps qui se penche lentement, les lèvres qui ne doivent en aucun cas toucher la peau de la personne saluée, le baiser juste esquissé, comme un souffle.

Mon fils essaie, maladroitement. Je corrige sa prestation :

 » La dame retire au préalable son gant, vous vous penchez plus lentement et vous soulevez aussi la main de la dame. Chacun doit faire la moitié du chemin !  »

Nicolas essaie à nouveau, manque de tomber et part d’un fou rire en me regardant (pour les besoins de l’expérience, je joue le rôle de la dame avec affectation).

Ma fille s’approche alors, attirée par l’ambiance joyeuse :

 » Et la révérence, je peux apprendre moi aussi ?  »

Encore un -petit- effort, et mes enfants seront bientôt prêts pour une entrée remarquée dans les réceptions parisiennes.

March 17, 1909: I Teach My Son the Hand-Kiss Gesture

My son, who accompanied me into society for the first time last night, was deeply impressed by the hand-kissing he saw his father perform on several occasions whenever meeting married ladies.

« Father, I want you to show me how! »

I explained to him that this was a custom that had fallen completely into disuse during the 19th century, but has been coming back into fashion over the last five or six years, alongside the curtsy for ladies.

« But Father, isn’t everyone talking about the loosening of morals? »

« Precisely; it must be a reaction. In certain circles that I fortunately do not frequent every day (it would be dreadfully dull), there is a desire to display a certain return to aristocratic traditions and old-fashioned customs. It seems the Germans were the ones who first launched this ‘trend’. »

I then described the gesture to him: the lady’s hand taken delicately between the thumb and forefinger, the body bowing slowly, the lips which must under no circumstances touch the skin of the person being greeted—the kiss merely sketched, like a breath.

My son tried, awkwardly. I corrected his performance:

« The lady first removes her glove; you must bow more slowly and lift the lady’s hand as well. Each must meet the other halfway! »

Nicolas tried again, nearly toppled over, and burst into a fit of laughter while looking at me (for the sake of the experiment, I was playing the lady with great affectation).

My daughter then approached, drawn by the joyful atmosphere:

« And the curtsy? Can I learn too? »

Just a little more effort, and my children will soon be ready for a grand entrance into Parisian receptions.

4 commentaires sur “17 mars 1909 : J’apprends le baisemain à mon fils

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  1. Eh oui, est-il si difficile et est ce une si mauvaise idée d’apprendre aux jeunes gens l’esprit de politesse qui est « une certaine attention à faire que, par nos paroles et nos manières, les autres soient contents de nous et d’eux-mêmes »(La Bruyère) ? Je suis né en 1961 et je suis président d’un cercle d’escrime depuis plus de vingt ans, dans une ville socialement peu favorisée, j’insiste. Beaucoup de cercles d’escrime, et ceci dans tous les pays du monde (en particulier aux Etats-unis) sont des refuges de bonnes manières lesquelles y sont entretenues aisément car naturellement assorties à un sport très ancien. On y pratique encore parfois le baise main. Aucune ségrégation de quelque nature n’existe dans mon cercle d’escrime, comme dans la plupart d’entre eux. Pas question ici d’argent, de fringue ou de frime. Les salles d’armes attirent des jeunes gens assoiffés de cette tradition que l’escrime véhicule. Mais encore faut-il qu’ils sachent que de tels lieux (dont nous n’avons évidemment pas l’exclusivité) existent. Il ne serait pas si difficile de faire comprendre à ceux qui se croient exclus de l' »Empire des bonnes manières » que celles ci ne sont pas l’apanage d’une classe sociale ou d’un milieu particulier mais que chacun peut y accéder par l’excellence de son comportement. Il suffit de montrer à la jeunesse de bon exemples plutôt que de l’abîmer par le spectacle permanent de la vulgarité.

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  2. Voilà bien une « petite chronique » quasi printanière, qui nous sort de l’atmosphère étouffée des maisons closes, que vous nous avez fait visiter ces derniers temps, et dans un but purement ethnologique… Ainsi, notre ami Olivier LeTigre a donc un fils, Nicolas. Et une fille. Mais dont nous ne connaissons pas le prénom. Voyons… Tentons notre chance… Un homme comme vous, fonctionnaire assidu, avec votre charge de travail, un patron exigeant, doit bien de temps à autre se détendre, en lisant de la poésie, du théâtre, des romans. On pourrait imaginer que vous fûtes inspiré par une héroïne célèbre… Voyons voir… Bérénice, de Racine, ou Hélène, de Ronsard… ou plus proche de nous, Pauline, d’Alexandre Dumas ?

    Mais qu’importe, je m’égare. Laissons à notre ami LeTigre le droit à la vie privée.

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  3. A l’occasion de receptions, diners, soirees et reunions diverses (pas specifiquement « mondaines » ni « parisiennes »), j’observe que le baisemain est devenu assez courant, au point d’etre gene de devoir m’en absetenir, quitte a paraitre mal eduque, car ne sachant pas le pratiquer correctement. J’aimerais trouver un « guide » m’expliquant « dans quelles circonstances, quand, ou, a qui, comment », afin, apres un peu d’exercice, de me sentir plus a l’aise et dans le ton.
    Je trouve que c’est une elegante marque de courtoisie envers les dames, et que le savoir-vivre cree un climat agreable.

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