1er novembre 1910 : La Croix Rouge en deuil

Elle est de toutes les guerres mais personne ne lui tire dessus. Elle côtoie la souffrance mais n’en est jamais à l’origine. La Croix Rouge existe depuis 1863 et n’a cessé de s’étendre. Tous les grands pays ont signé aujourd’hui la fameuse convention de Genève de 1864. En principe, les armes se taisent quand passent les médecins ou les infirmiers et les blessés doivent quitter le champ de bataille sans être considérés comme des ennemis. Seul le soulagement de leurs souffrances compte.

La guerre que l’on ne peut malheureusement faire disparaître s’arrête maintenant à une frontière, celle posée par les textes internationaux et matérialisée par l’action dévouée de la Croix Rouge ( en France, la Société de Secours aux Blessés Militaires, SSBM).

A l’origine de tout cela, un homme: Henry Dunant.

dunant.1288541066.jpg

Le fondateur de la Croix Rouge Henry Dunant

Une imagination débordante, une énergie à revendre à ses débuts, un talent d’écriture aidant à convaincre (« Un Souvenir de Solferino » le rend définitivement célèbre et emporte l’adhésion des foules à la cause des blessés de guerre) puis l’usure dans les rivalités, les enjeux de pouvoir et l’oubli de tous. Dunant connaît la misère et l’isolement pendant un long moment.

Heureusement, le prix Nobel de la Paix ainsi qu’une pension de l’Impératrice de Russie sont venus réparer une partie des injustices à partir de 1901.

Au fin fond de la Suisse allemande, à 82 ans, Henry Dunant vient de mourir.

Les blessés de la guerre doivent beaucoup… à ce blessé de la vie.

27 mai 1910 : Les Parisiens sont plus grands que les autres

Les Parisiens sont-ils plus grands que les autres ? Arrivent sur mon bureau quelques statistiques du ministère de la Guerre. Les conscrits sont mesurés par l’armée à leur incorporation et il est ensuite possible de comparer les origines géographiques et la taille des populations.

Suivant les régiments venant principalement de la capitale, nous sommes à 1m 65 voire 1m 68. C’est une stature plutôt élevée comparée à ce que donne celle des régiments venant de Provence, du Massif central ou des Alpes qui plafonnent à 1 m 60 ou 61 en moyenne.

garance-pantalon.1274935463.jpg

Détail : les incorporés des beaux quartiers (VIIème ou VIIIème arrondissements ou les quartiers neufs du XVIème par exemple) paraissent encore plus grands et ajoutent un ou deux centimètres à cette stature moyenne. Plus on est riche, plus on est grand ?

Curieux d’observer l’évolution dans le temps, j’ai repris des chiffres beaucoup plus anciens et notamment certains remontant à la Révolution. Conclusion : les Parisiens ont toujours été grands et ont gardé cette taille élevée de 1m 65. Un ami professeur à la Sorbonne me fait remarquer que les mesures des années 1790, 1800 ne sont pas toujours fiables. Les appelés se déchaussaient-ils avant de passer sous la toise ? C’est vrai, si on garde ses souliers, ce n’est pas du jeu.

Pourquoi les Parisiens sont-ils donc plus grands ? Une meilleure alimentation ? Un accès aux soins des médecins plus facile au cours de l’enfance ? Des métiers en moyenne moins pénibles (port de charges lourdes) ? Leurs origines familiales se situant plus souvent en Normandie, dans le Nord ou en Picardie – où l’on constate aussi des tailles élevées – pourraient aussi expliquer cette situation.

Je sens que si la presse parisienne s’empare du phénomène et écrit : « les Parisiens sont plus grands que les autres Français » , cela va gonfler d’orgueil des habitants qui ont déjà, dans tout le pays, une solide réputation d’arrogance. Cela agacera inutilement nos amis des régions méridionales et provoquera leurs moqueries. Notre pays souffre de ces dissensions entre provinces et nous autres fonctionnaires, devons agir pour ne pas les provoquer.

Compte tenu du caractère non financier des informations que je manie, je décide donc, sans en parler à personne, de modifier les chiffres avant transmission au Petit Parisien. Avec ma plus belle plume, j’ajoute trois centimètres à la taille des Marseillais, deux aux Bretons, quatre aux Auvergnats…

Au bout de deux heures de ce travail de faussaire et très heureux de ma petite manipulation, je communique les données aux journalistes.

Le lendemain, je peux lire avec satisfaction le gros titre suivant qui répond à mon souci de cohésion républicaine : « Au moins, les Français sont tous égaux devant la toise. »

Participez au groupe des amis du journal  » Il y a un siècle « 

http://www.facebook.com/home.php?#!/group.php?gid=123007317730268

14 mai 1910 : Sauvé par un arbre

Le paysan de Chailly-en-Bière se glisse en cachette pendant que la nuit tombe. Jean Champenois, efflanqué, le teint cireux, grelotte de fièvre et marche à grand peine. Chaque pas lui coûte mais le rapproche de son but : un grand hêtre derrière le lieu dit « Gros bois ».

hetre.1273782303.jpg

Jean vérifie que personne ne l’a suivi, c’est une condition de la réussite de l’opération. L’arbre se dresse enfin face à lui, majestueux en ce printemps bien pluvieux, couvert de feuilles vert tendre. Le père Champenois attache alors son bras avec un fil de soie au tronc et récite, très concentré et en se signant, trois pater et trois ave. Puis, laisse passer un long silence, souffle un bon coup et rentre chez lui, toujours en se gardant de croiser d’autres villageois.

Le lendemain, Jean Champenois a repris des forces. Pour la première fois depuis des semaines, sa fièvre est tombée. Il trempe une belle tartine dans un verre de vin : l’appétit revient. Le père Crechou et sa femme passent le voir avec monsieur le curé. Chacun s’étonne de voir notre Jean en pleine forme, souriant comme avant sa terrible maladie.

Pendant ce temps, derrière le gros bois, un hêtre magnifique se meurt. Ses feuilles tombent d’un coup, trois branches principales se cassent net pendant qu’une odeur de pourriture commence à sortir du tronc qui semble se creuser. Le garde champêtre passe à côté et s’étonne de cette brusque dégradation du végétal. Il s’approche et met le doigt sur le mince fil de soie qui entoure tout le tronc. Il s’exclame alors : « Crénom de sort, de mauvais sort. Il faudra le couper cet arbre ! »

Au même instant, Jean Champenois, ragaillardi, raconte des blagues salaces à monsieur le curé qui se laisse aller à rire, heureux de voir l’un de ses paroissiens sauvé… par le bon Dieu.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑