9 février 1921 : Pas de réussite sans risque

L’aéroplane semble presque hors de contrôle. Il vole beaucoup trop bas pour franchir le bois qui se situe juste avant la piste du Bourget. Le pilote fait un effort désespéré pour redresser l’appareil en braquant les volets et en poussant les gaz. Malheureusement cela ne suffit pas. Le jury militaire – dont fait partie mon fils Nicolas – chargé d’évaluer la performance, apparaît saisi d’effroi et s’attend au pire.

Finalement, par une manœuvre audacieuse, la machine arrive à se faufiler entre les premiers arbres et évite tout choc frontal. Il racle violemment le sol et détruit son train d’atterrissage mais ne prend pas feu. Une aile semble gravement endommagée mais le pilote sort de son habitacle sain et sauf. Mon fils qui le connaît bien, l’appelle, fou de joie :  » Jean ! Nous sommes là ! Éloigne-toi vite de ton appareil ! Il peut s’enflammer violemment à tout moment ! « 

Le grand gaillard brun aux yeux clairs qui nous rejoint garde le sourire au lèvres. Il n’a pas eu peur et semble croire en sa bonne étoile. Le colonel présidant le jury s’exclame :  » Il ne va pas nous casser des aéroplanes à chaque fois qu’il monte dedans !  »

Mon fils rétorque :  » Si notre flotte était mieux entretenue, nous aurions moins de dégâts. Et Jean Mermoz a montré qu’il savait garder son sang froid et prendre les bonnes décisions. En cas de combat aérien, c’est exactement le comportement dont nous avons besoin ! « 

Un commandant grincheux maugrée dans sa barbe :  » Oui, mais doit-on prendre un pilote qui n’a manifestement pas de chance ? C’est le deuxième appareil fichu par sa faute depuis qu’il essaie d’entrer dans l’aviation militaire… Pour réussir dans la carrière des armes, il faut être un peu marié avec la providence. C’est injuste mais c’est comme ça. « 

Mon gamin se redresse de sa haute taille et rétorque :  » Avec mes amis, nous sommes en train de lancer une merveilleuse compagnie d’aviation civile assurant le transport postal entre la France et l’Espagne. Vous croyez que la chance nous sourit tout le temps ? Vous croyez qu’il fait toujours beau quand nous devons traverser les Pyrénées ? Les pilotes que nous recherchons doivent surtout avoir du courage, s’entraîner avec persévérance, ténacité. Il faut en priorité qu’ils soient malins pour se tirer de toutes les situations, même les plus périlleuses ! La chance n’est pas un facteur de recrutement chez nous ! « 

Le colonel reprend la parole :  » Le lieutenant M… a raison ! Adaptons notre sélection sur ce qui se fait ailleurs et faisons confiance au courage, qualité militaire légendaire. Mermoz, je le prends ! Il saura toujours se tirer d’affaire, j’en suis sûr ! « 

Jean Mermoz aime le risque. Vu ses multiples mésaventures récentes, cela tombe bien !

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