3 septembre 1908 : Postes : le mécontentement gronde

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Le gouvernement sous estime la popularité des facteurs  (facteur en pays de Buch)

Contact discret avec un meneur des mouvements au sein des Postes : Paul Amalric.

En cette rentrée sociale, je suis chargé de faire le point sur les différents secteurs d’activité du pays et d’indiquer au gouvernement les branches qui risquent d’être touchées par une grève. La police des chemins de fer -police politique qui ne dit pas son nom – m’aide dans cette tâche mais je me réserve quelques entretiens personnels avec les figures les plus connues du monde ouvrier et syndical.

Paul Amalric ne mâche pas ses mots :

 »  – Le gouvernement aurait tort de sous-estimer la souffrance des postiers. Les salaires versés sont parmi les plus bas de toutes les administrations. Les conditions de travail restent souvent déplorables. Pour ma part, je travaille dans un wagon poste reliant Paris au Sud-Ouest. Il y fait souvent trop chaud ou trop froid ; nous respirons de la poussière en permanence et nous sommes fréquemment éloignés de nos familles.

– Oui, mais on me dit que l’ambiance dans vos équipes est excellente. Quand votre travail vous oblige à découcher, vous faites souvent la fête entre collègues ou vous allez à la pêche. Et les relations hiérarchiques dans les wagons apparaissent plus souples qu’ailleurs.

– Monsieur le conseiller, n’essayez pas de noyer le poisson. Votre gouvernement m’a révoqué l’an dernier parce que j’avais osé, avec d’autres fonctionnaires, écrire à Georges Clemenceau pour lui demander d’autoriser le droit syndical au sein des Postes et de nos administrations.

– Mais vous avez été réintégré dès cette année ! J’ai transmis à Louis Barthou, votre ministre, les consignes de Georges Clemenceau en ce sens.

– Depuis ma réintégration, je suis considéré comme un pestiféré. La CGT me rapporte que le sous secrétaire d’Etat Julien Symian n’attend qu’une occasion pour m’exclure à nouveau et cette fois-ci définitivement.

– Ecoutez, il n’y a pas de raison que cela se produise. Si votre service continue à « être au pair » régulièrement (NDLR : avoir traité tout le courrier), si vous obéissez à votre chef de brigade et que votre cadence de tri est bonne… et si vous acceptez d’être dans le camp des modérés, je m’assurerai qu’il ne vous arrive rien.

– Cela fait beaucoup de « si », monsieur le conseiller (Paul Amalric ricane). Personnellement, je ne crois qu’au rapport de force… et celui-ci tourne actuellement en notre faveur. Les télégraphistes continuent à  mal vivre leur intégration au sein des Postes. Mieux payés et considérés que nous, ils sont persuadés que leur métier se dévalorise et sont prêts à cesser le travail à tout moment. Les « ambulants » comme moi demeurent aussi à la pointe de tous les mouvements. Dans les wagons poste, nous sommes tous très solidaires et n’aimons guère les gens des ministères qui ne quittent jamais leur bureau. Quant aux facteurs et autres agents de tri, ils pleurent sur leur feuille de paie et leur charge de travail qui augmente sans que les effectifs suivent. Bref, le mécontentement gronde partout.

– N’oubliez pas que vous acheminez plus de 2000 millions d’objets chaque année et que pour tous nos villages de province, votre service reste indispensable.

– La population nous suivra. Les villageois aiment leur facteur. Ils boivent souvent un coup avec lui lors de sa tournée. Vous appréciez mal notre réelle popularité.

– Très bien. Merci de votre franchise. Je rendrai compte à mon Patron de votre détermination. »

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Une poste en région parisienne en 1908 : celle de Roissy-en-France, en Seine-et-Oise

« Rapport de force ». Le maître mot de nos relations sociales à la française. Effectivement, depuis 1906, le gouvernement n’a jamais cessé de montrer ses muscles par rapport aux mouvements naissant au sein des services publics. Encore récemment, les électriciens en grève à Paris ont été mis à pied voire révoqués et remplacés par des soldats du Génie. Pour la Poste, cela risque aussi de tourner à l’affrontement si une grève commence. G. Clemenceau m’a demandé d’étudier comment la gendarmerie pourrait prendre le relais des facteurs si ceux-ci cessent le travail.

 » Rester ferme, ne rien céder et montrer la détermination du gouvernement » : Telle est la consigne.

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