10 décembre 1908 : Le « bazar » des soins médicaux gratuits

  » Une bonne loi mais une loi mal appliquée. En 1895, le parlement a voté un texte qui dispose que chaque indigent pourra bénéficier d’une aide médicale gratuite prise en charge par les départements…  »

Ainsi commence la courte note que je rédige pour G. Clemenceau m’appuyant pour cela sur le rapport remis par le docteur Cambornac que nous avons envoyé sillonner le pays pour faire le point.

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Sacoche de médecin en 1908

Mauvaises statistiques, nombre de bénéficiaires mal contrôlés, soins dispensés parfois de mauvaise qualité, absence de maîtrise financière du dispositif, disparité d’application sur le territoire national. Bref, un vrai bazar.

Les exemples que je cite sont édifiants :

– Pour soigner un malade indigent, cela coûte en moyenne 32 francs dans la Manche et un peu moins de cinq francs dans les Hautes-Pyrénées. Le bon air de la montagne serait-il meilleur pour la santé que celui de la mer ? Pas vraiment puisque dans ce dernier département les frais médicaux moyens étaient de 55 francs… jusqu’au jour où des contrôles ont été effectués sur les notes d’apothicaire !

– Dans l’Aube, de nombreuses familles s’éclairent avec l’huile de foie de morue qu’elles se sont fait délivrer pour leurs enfants soit disant malade.

– Dans une ordonnance pour un homme atteint d’une affection cardiaque, on trouve pour 176 francs de caféine, 60 francs de cocaïne et 45 francs de morphine. Je n’imagine pas dans quel état doit-être le pauvre bénéficiaire de ces « soins » !

Et les dépenses s’envolent : 4 millions en 1896, 6 millions en 1899, 7 millions en 1902… date à laquelle les statistiques s’arrêtent, à mon grand désespoir.

Ces coûts sont d’autant plus surprenants que le nombre d’indigents est resté stable en France. Les listes établies par les bureaux de bienfaisance ou d’assistance et révisées par les conseils municipaux ne s’allongent pas.

En fait, le recours à « l’inscription d’urgence » qui, normalement, devrait être exceptionnel, a été pratiqué 10 000 fois en 1896 … et 50 000 fois en 1902. Cette inscription se fait parfois pour de bonnes raisons mais trop souvent, des appuis politiques locaux dispensent… d’une vérification sérieuse de ces « bonnes raisons ».

Pour compléter ma note, je discute ce soir avec un jeune ami magistrat, un certain Gustave Laroque, dans son bel appartement du XVIème.

Nous imaginons ensemble une grande réforme de cette loi sur l’aide médicale. Il faudrait couvrir non seulement les pauvres mais tous les autres Français qui peuvent avoir besoin de soins et ne disposent pas nécessairement de mutuelles solides pour les aider.

Une grande et efficace administration de « sécurité sociale »  (nous sommes très fiers de ce terme que nous venons d’inventer) garantirait une médecine de qualité pour tous.

Gustave Laroque tient dans ses bras son jeune fils Pierre qui vient d’avoir un an. Il n’est guère optimiste sur les chances de faire aboutir une telle réforme avant longtemps. Il désigne alors, avec une pointe d’humour, son garçon :

 » Je doute que notre génération soit capable de produire un loi d’aussi grande ampleur. Mon fils Pierre qui sera juriste comme moi, j’en suis sûr, pourra, lui, être bâtisseur de ce nouveau système révolutionnaire.  »

Je regarde, amusé, le petit Pierre Laroque qui essaie fièrement de se mettre sur ses jambes et retombe maladroitement à quatre pattes. Notre future « sécurité sociale » est entre de bonnes mains.

9 décembre 1908 : Crise d’épilepsie au Reichstag

Un esprit de synthèse développé, un souci permanent de pédagogie, des connaissances techniques irremplaçables : le colonel général von der Goltz est très apprécié du ministre de la guerre allemand. Nous sommes au Reichstag, en pleine séance d’examen du budget. Mécanique intellectuelle bien huilée, Goltz fait passer à son ministre des petits mots ou glisse à l’oreille de celui-ci des informations précieuses qui lui évitent d’être mis en difficulté.

600 millions de marks. La somme est considérable; c’est ce qui manque à l’Empire de Guillaume II pour boucler son budget pour l’année 1909.

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La séance d’examen du budget au Reichstag

L’opposition socialiste ne décolère pas : trop de dépenses militaires, pas assez d’investissements en matière sociale. Les orateurs de gauche dénoncent une diplomatie aventureuse qui finit par coûter fort cher dans la mesure où elle isole l’Allemagne de ses voisins européens et l’oblige donc à entretenir une armée équipée d’un matériel très moderne, très onéreux, pour se protéger d’ennemis trop nombreux.

Le colonel général a chaud. Habitué des sessions parlementaires, il a l’impression de toujours entendre les mêmes arguments et de produire en retour les mêmes notes pour défendre les options prises par le gouvernement. Il regrette presque que les parlementaires d’opposition connaissent trop mal la liasse budgétaire et ne le mettent pas plus en difficulté. Il voudrait corser la difficulté de son travail pour pouvoir mieux montrer sa maîtrise totale des dossiers.

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Le baron prussien et generaloberst Colmar Freiherr von der Goltz, spécialiste budgétaire du ministère des armées à Berlin

Goltz se passe la main sur son front devenu humide. Progressivement, il peine à se concentrer sur la tirade du député socialiste Scheidemann. Les compliments que celui-ci adresse à la France, « patrie de l’épargne et de la bonne gestion des fonds publics » et, selon lui, « véritable amie de l’Allemagne », ne le font pas sourire. Il ressent une impression grandissante mais encore diffuse de mal-être. Les propos de l’orateur, les invectives venant des travées, parviennent à son oreille mais forment des sons de moins en moins compréhensibles. Tout résonne et se perd dans une atmosphère bizarrement ouatée.

L’officier met sa main sur son coeur. Celui-ci bat rapidement. Il passe sa main sur ses jambes qui se raidissent de plus en plus. Un fonctionnaire du ministère des finances qui le connaît bien, le dévisage avec amitié :  » Goltz, vous-allez bien ? Vous êtes pâle à faire peur !  »

Soudain, un grand cri. Le pauvre Goltz vient de s’effondrer, tremblant, raide comme le bois, à terre. Deux députés médecins se précipitent et tentent de porter les premiers soins à l’officier dont le regard est perdu dans le vague. C’est le « grand mal » , la crise d’épilepsie.

Les journalistes étrangers qui commençaient à somnoler au bout de cinq heures de séance ininterrompue, reprennent leur plume, ravis de l’incident qui leur donne -enfin  – quelque chose à raconter.

Le chancelier von Bulöw profite du tumulte pour s’éclipser et poursuivre dans un cabinet à part l’analyse de son volumineux courrier.

La séance est interrompue par le président du Reichstag.

Ce n’est pas aujourd’hui que l’Allemagne trouvera les 600 millions de marks or qui lui manquent.

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Le Reichstag en 1908

8 décembre 1908 : Le Chancelier de l’Echiquier chassé à coups de fouet

Londres, la salle de l’Albert Hall est pleine à craquer. L’atmosphère est électrique. 10 000 femmes attendent en trépignant, des dizaines de journalistes fébriles ont le stylo à la main : le chancelier de L’Echiquier Lloyd George va parler du droit de vote des femmes. Va-t-il l’annoncer pour demain ou faudra-t-il modifier en profondeur les lois britanniques ?

Pour les suffragettes présentes emmenées par la mince et nerveuse Charlotte Despard, 64 ans, la question importe peu. Il faut agir de façon spectaculaire, frapper l’opinion publique, profiter de cette foule acquise à la cause et de ces journalistes venus de tous les pays.

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L’énergique Charlotte Despard, irlandaise d’origine, mariée à un Français décédé en 1890, est l’une des meneuses des suffragettes britanniques. Elle consacre aussi son temps à lutter en faveur des travailleurs pauvres.

Lloyd George monte à la tribune. Il déplie les feuilles de papier d’un discours qu’on imagine long.

Il prononce à peine quelques mots.

Charlotte Despard dressée dans sa loge donne alors le signal du tumulte en levant vigoureusement les bras au ciel. Le Chancelier tente de continuer son allocution mais les cris, les insultes et les sifflements stridents l’en empêchent.

Les huissiers se ruent vers la loge de Mme Despard pour tenter de l’expulser. Au moment où ils parviennent à l’encercler, celle-ci, le teint pâle comme la mort et les yeux brillants de colère sort un long fouet et le fait claquer tout autour d’elle. Effrayés, les hommes, pourtant nombreux et solidement bâtis, battent en retraite prudemment et se protègent les yeux avec leurs bras à chaque passage de la longue lanière.

Le chahut augmente, les coups de parapluie pleuvent sur les policiers trop peu nombreux qui essaient d’éloigner la foule de la tribune. Le joueur d’orgue tente de jouer, en catastrophe, un morceau à sa façon, pour couvrir le vacarme. Mais le personnel de l’Albert Hall est rapidement débordé.

Le directeur de la salle, conscient de son impuissance, commande à ses hommes de s’éloigner de Charlotte Despard.

La meneuse range alors son fouet et d’un geste souverain fait signe à ses militantes de reprendre leur place et faire silence.

En quelques instants, comme par enchantement, le calme revient.

Lloyd George regarde, anxieux, en direction de Charlotte Despard. Du haut de sa loge, elle le fixe de façon fière et dominatrice.

Ironiquement, elle s’écrie :  » Sir, vous aviez quelque chose à nous dire ? Des bonnes nouvelles à nous annoncer ? Votre gouvernement continue à nous confisquer nos voix mais nous allons vous laisser vous exprimer. Soyez bref, les décisions que vous avez à prendre ne sont pas longues à décrire : le droit de vote pour toutes les femmes, à toutes les élections, dès demain ! Sir, vous avez la parole.  »

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Le séduisant David Lloyd George est, en 1908, un jeune chancelier de l’Echiquier (NDLR : ministre des Finances britannique) promis, manifestement, à un bel avenir.

David Lloyd George, d’une voix mal assurée, reprend alors le fil de son intervention. Il explique, maladroitement, qu’il est bien évidemment favorable au vote de la gent féminine, que celle-ci doit avoir les mêmes droits politiques que les hommes, que la majorité du gouvernement pense comme lui.

Les 10 000 femmes l’écoutent dans un silence glaçant, leur meneuse continue à le dévisager avec un air de défi permanent.

Le chancelier complète alors :

 » Je ferai donc ajouter dans la loi électorale, une clause prévoyant le vote des femmes. Mais, voyez-vous, l’ajout de cette disposition, ne peut naturellement se faire qu’après des élections générales favorables à un tel projet…  »

Les cris reprennent : « Hou, hou, menteur, lâche, nous avons assez attendu comme cela, dehors !  »

Charlotte Despard a sorti à nouveau son fouet et provoque, à chaque claquement, une augmentation des hurlements. La scène commence à tourner à l’émeute. Le chef des policiers supplie le chancelier de ranger son discours et de le suivre vers une porte dérobée. Celui-ci ne se fait pas prier. Il quitte précipitamment et piteusement la tribune.

Les 10 000 femmes sont alors maîtresses de la salle. Elles ont chassé l’hypocrisie, les faux semblants, les discours dilatoires.

Demain, la presse du monde entier parlera à nouveau des suffragettes britanniques intrépides. Et peut-être un jour, les hommes laisseront à leurs compagnes la place politique qui leur revient de droit.

Peut-être un jour…

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Charlotte Despard qui n’est plus toute jeune, mobilise les foules avec une énergie inépuisable

5 et 6 décembre 1908 : Comment on débarque un amiral

 » Vous me le cassez de son commandement ! Si cet amiral a quelque chose à dire sur l’état de la Marine, il s’adresse à sa hiérarchie, pas à la presse !  »

Le ton monte entre Georges Clemenceau furieux et le ministre de la guerre Picquart qui tente de couvrir son subordonné.

Le valeureux amiral Germinet, commandant l’escadre de la Méditerranée a franchi une ligne rouge : il a fait part à divers journaux de l’état lamentable de nos arsenaux et du mauvais équipement de nos navires de guerre. A l’en croire, les croiseurs, les cuirassers manquent de poudre, d’obus, de pièces et matériels de rechange. Si je comprends bien ses propos, nous pourrions imaginer que lors d’une bataille, ils soient obligés de cesser le combat faute de munitions. Fâcheux.

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Le vice-amiral Paul Louis Germinet

Cet officier de haut rang a rédigé de nombreux rapports qui n’ont pas été suffisamment suivis d’effets. Il se tourne maintenant vers des journalistes avides de révélations.

Georges Clemenceau ne décolère pas et se tourne vers moi :  » vous me le faites venir de Toulon, ce lascar et au prochain Conseil des ministres, c’est la porte !  »

Avec Picquard, nous nous efforçons de raisonner le Patron :

 » Paul Louis Germinet est un patriote. Il ne cherchait pas à vous mettre en difficulté mais voulait tirer la sonnette d’alarme.  »

La réponse est cinglante :  » J’ai déjà assez de la Chambre remplie de donneurs de leçon pour que je n’aille pas m’embarrasser des états d’âme des militaires ou autres fonctionnaires ! A cet amiral, il va falloir apprendre… le silence dans les rangs !  »

Calmement, je m’efforce d’argumenter sur le seul terrain où je pense avoir une prise sur le Président du conseil :

 » Germinet est un haut gradé très apprécié dans la Marine et reconnu au-delà. Ce qu’il dit n’est pas totalement faux même s’il a un peu exagéré sans doute. Si nous le sanctionnons trop fort, nous en faisons une victime voire un martyr. Maintenant qu’il a porté le débat sur la place publique, chacun de nos gestes sera observé. L’opinion s’attend à une sanction de l’amiral -pas trop forte – mais aussi et surtout à des réformes dans notre marine. La Chambre prendra aussi facilement la défense du faible (l’amiral) contre le fort (vous). Le réalisme comme le rapport de force nous invitent à une certaine clémence.  »

Deux jours plus tard après avoir été convoqué par Picquard, Germinet est reçu, à sa demande, par Clemenceau.

ll expose avec compétence et conviction la situation de notre flotte. Il insiste sur ces matériels entreposés dans de grands entrepôts et qui ne servent plus à rien dans une marine moderne : voiles, pièces de réparation en bois, goudron pour calfater… Il rappelle les recherches qui sont effectuées actuellement pour fabriquer la meilleure poudre possible et indique que pendant ce temps, les achats et les livraisons ont été interrompues dans ce domaine. Les stocks s’épuisent donc.

Clemenceau l’écoute d’abord avec attention puis l’interrompt sèchement :

 » Tout cela est sans doute bel et bien exact mais un officier doit savoir contenir ses ardeurs en matière de communication.

– Monsieur le Président, les projets budgétaires du gouvernement vont dans le bon sens et une ligne est prévue dans la loi de finances pour redonner de nouveaux moyens à la marine. J’ai voulu sensibiliser l’opinion et donc les contribuables de l’utilité des efforts financiers à consentir dans ce domaine.

– Monsieur l’amiral, chacun son métier. Vous, c’est de conduire des bateaux, moi, de conduire la Chambre et l’opinion publique. Si chacun faisait ce pour quoi il est payé dans votre marine, il y aurait peut-être moins de navires échoués (NDLR : allusion au drame du Condé) ou d’explosions mortelles.  »

L’amiral ne dit plus rien. Il a les larmes aux yeux. Clemenceau s’adoucit :

 » Germinet, vous êtes un cadre de valeur. Je souhaite que vous puissiez continuer à servir au mieux la marine avec vos talents qui sont grands. J’y veillerai. »

Quand l’amiral nous a quitté, Clemenceau me prend à part :

 » Vous verrez, demain ou après demain, cet entretien soit disant secret, sera dans toutes les gazettes et on le citera à la tribune de la Chambre. Mes propos seront amplifiés et déformés. Quant aux larmes de Germinet, elles arroseront les plantes venimeuses et carnivores qui ont juré ma perte. »

Il tourne alors les talons et s’enferme dans son bureau après avoir claqué la porte.

Demain, Germinet sera relevé de son commandement.

3 décembre 1908 : Quand le crime est signé par une femme

 » Il faut absolument que je vous raconte l’abominable histoire de la veuve Gras.  »

Le journaliste attentif prend des notes ; le commissaire Lepetit du 36 quai des Orfèvres, est ravi d’avoir trouvé un auditoire. Le thème de l’entretien ? Le crime au féminin. Quand les femmes commettent des crimes, quand la gent féminine tue.

 » La veuve Gras sentait que son amant, M. de la Roche lui échappait. Follement amoureuse, cet éloignement lui était insupportable. Elle décida donc de séduire un ouvrier, ami d’enfance, et après l’avoir totalement conquis, elle réussit à le convaincre de vitrioler M. de la Roche.

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Eugène Grasset : La Vitrioleuse

Le pauvre sire après cette agression devint un sujet de pitié et d’horreur. Mme Gras put alors se présenter comme la seule personne acceptant de s’occuper de lui et il était éternellement reconnaissant de ce dévouement. La femme était satisfaite, son amant, même défiguré, était de nouveau totalement à elle.

– Comment cette veuve s’est-elle trahie ?

– Eprise à la folie, elle maintenait M. de la Roche dans une dépendance totale. Les voisins, les amis ont commencé à se rendre compte qu’elle refusait qu’il sorte. Les médecins ont eu des doutes grandissants sur le respect des traitements destinés à soigner la victime. Plusieurs mois après l’agression à l’acide, le pauvre monsieur aurait dû recouvrer la vue et tel n’était pas le cas. Manifestement, quelqu’un empêchait la guérison de se produire. Petit à petit les soupçons se sont dirigés sur l’horrible veuve qui a fini par avouer toute la machination. Le pauvre M. de la Roche a été le dernier à admettre l’horrible vérité.

Cette affaire permet de retrouver deux aspects d’un crime féminin typique : la machination complexe et l’acharnement de la coupable qui finit par éveiller les soupçons.

Dans l’affaire Goglet que je vais vous narrer maintenant, nous voyons d’autres aspects de la criminalité féminine. Les femmes sont capables de refuser l’évidence et d’inventer des fables spectaculaires pour échapper au sentiment de culpabilité.

Mme Goglet était marié à un vieil homme riche physiquement diminué dont elle souhaitait se débarrasser. Elle décida un soir de mettre le feu à leur maison et tira cinq coups de feu sur son mari pendant son sommeil.

Ce dernier eut une chance incroyable. Les balles de revolver ne l’avaient que très légèrement touché et il réussit à quitter la maison avant que les flammes ne l’envahissent totalement.

Tout accusait Mme Goglet et pourtant celle-ci nia toute l’affaire farouchement, contre toute évidence avec des arguments incroyables.

Sa première ligne de défense fut d’accuser un « inconnu » qui avait mis le feu au domicile conjugal et qui ensuite avait tiré sur le vieil homme sans l’atteindre. Puis, devant l’abondance de preuves recueillies par mes collègues, elle se tut pendant trois jours. Enfin, pressée de questions par le juge, elle inventa une histoire à dormir debout.

Oui, Mme Goglet avait toute les raisons de souhaiter la mort de son mari ; oui, elle avait bien commis l’horrible forfait. Mais elle, dans le box des accusés, n’était que la soeur – physiquement très ressemblante – de la coupable. Elle clamait donc son innocence et jurait qu’elle se dévouait pour sa famille. Pendant tout le procès et après, pendant son incarcération, elle continua à se poser en martyre en se persuadant elle-même, de la vraisemblance de ce qu’elle racontait.  »

Le rédacteur du Petit Parisien frétille. Du sang, des tentatives de meurtres, des victimes qui essaient d’échapper à des femmes calculatrices et perverses… il imagine déjà son futur article à la une, un exposé sur les « femmes tueuses » qui fera vendre. Il se moque éperdument de la solidité scientifique des théories qu’il va exposer dans sa copie. Qui pourra le contester ? Quelques criminologues avertis ? Quelques féministes scandalisées par son accumulation d’idées reçues et d’affirmations péremptoires ? Peu importe, l’audience sera en rendez-vous et son directeur sera content 

Le commissaire Petit lui donne même sa phrase de conclusion :

 » Croyez ma vieille expérience de policier. C’est une femme qui règne en enfer ! « 

1er décembre 1908 : La balance à peser les émotions

L’homme rentre dans le cabinet du professeur Mosso, il est intimidé. Le médecin lui demande de se mettre en sous vêtements et de s’allonger sur le dos en désignant un appareil d’un type très particulier.

Le sujet, avec l’aide d’une assistante, s’étend alors bien à plat sur une longue planche horizontale. En tournant la tête, il a le temps de voir qu’elle est montée de façon à pouvoir osciller librement mais dans un angle limité, autour des couteaux qui la soutienne en son milieu comme le fléau d’une balance. Une longue tige en acier se déplace sur un tableau gradué et indique en les amplifiant la valeur des oscillations de l’appareil. 

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Année 1908 : les Français se passionnent pour les expériences du professeur de l’université de Turin Angelo Mosso. Beaucoup pensent que grâce à lui, la physique pourra bientôt expliquer totalement le fonctionnement du cerveau et que les maladies mentales pourront être soignées dans un avenir proche.

Le professeur parle avec un fort accent italien. Ses ordres sont brefs, il prend des notes au fur et à mesure de l’expérience.

– Monsieur, je vous demande de vous détendre totalement et de ne penser à rien. Voilà, vous y êtes ?

– Oui, professeur.

– Très bien, l’aiguille de mesure est au centre du tableau gradué. Je constate avec satisfaction que vous m’obéissez parfaitement.

Une longue minute s’écoule. Le médecin reprend :

– Ecoutez-moi bien… A la fin de l’expérience, Monsieur, sachez que je vous donnerai une pièce de cent sous.

Au bout d’une seconde à peine, l’aiguille oscille vers la gauche.

– Cher Monsieur, je vois que ma promesse vous fait plaisir… Elle provoque un afflux de sang vers votre tête, déplacement mesurable par ma balance ultra sensible… Bon… Détendez-vous à nouveau et ne pensez plus à cette pièce. 

L’aiguille revient au centre.

– Ecoutez Monsieur, finalement votre tête ne me revient pas du tout. Vous n’aurez pas votre pièce, vous ne la méritez pas…

Ah, parfait, cela vous met en colère… Vous avez l’air bête, Monsieur, dans vos sous vêtements ! Parfait, parfait ! Votre énervement augmente et vos muscles se tendent. Un afflux de sang se dirige vers la partie inférieure de votre corps. L’aiguille de la balance se déplace donc vers la droite. Tout cela est normal et prévisible.

Votre émotivité convient parfaitement pour l’expérience. Allez, rhabillez-vous, vous aurez votre pièce, rassurez-vous.

Le patient remet sa blouse et son pantalon. Il ne comprend pas très bien toutes les explications du professeur :

– Grâce à vous, cher patient, la Science progresse à grands pas. On peut mesurer les émotions et commencer à deviner ce qui se passe dans le cerveau. Le « grand sympathique » agit sur tel ou tel organe suivant ce que vous ressentez. Votre imagination commande à votre corps et ma balance peut quantifier tout cela. Je vais pouvoir compléter mon article de psycho-physique. Un jour, avec toutes ces connaissances accumulées, nous pourrons soigner les névroses modernes qui restent pour l’instant très mystérieuses.

L’assistante passe un coup de chiffon sur la planche vide de l’appareil. Elle attrape un livre tombé au pied de la « balance à peser les émotions ». L’ouvrage est écrit en allemand et signé de Sigmund Freud.

– Où dois-je ranger ce livre, professeur ?

– Freud ? Vous pouvez le déchirer et le jeter à la poubelle. Ses recherches où il ne prouve rien sont dépassées. La psycho-physique remplacera ses calembredaines. Pour moi, Freud est mort. Ma balance géniale l’a remplacé.

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Le professeur de physiologie à l’université de Turin Angelo Mosso

26 novembre 1908 : Qui a inventé le « cubisme » ?

 » Le Bourse est un métier bête comme chou, je préfère exposer des tableaux.  » Le jeune Daniel-Henry Kahnweiler rejette le monde de la corbeille où sa famille de banquiers aurait aimé le voir évoluer pour une carrière en contact avec la peinture.

Ses modèles ? Paul Durand-Ruel et Ambroise Vollard. Sa ligne de conduite ? Donner une certaine noblesse au métier de marchand d’art.

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Daniel-Henry Kahnweiler

Ce mois de novembre, il a décidé de prendre des risques, de sortir du lot.  » Je veux frayer la voie à Georges Braque, ce peintre inconnu doit trouver un public.  »

Ce dernier, peintre sportif, passionné de lutte, qui tape de longues minutes dans un punching-ball avant de saisir ses pinceaux, a vu ses toiles refusées au Salon d’Automne. Le jury dont faisaient parti Matisse et Guérin avait accepté, in extremis, un compromis en « repêchant » et proposant l’exposition de deux toiles seulement.

Pour Braque, c’était tout ou rien. Il était reparti avec ses oeuvres sous le bras, fâché.

Kahnweiler a donc décidé d’exposer Braque dans sa galerie de quatre mètres sur quatre au 28 rue Vignon, dans le quartier de la Madeleine. Des toiles pleines de lumière, aux tons chauds, composées sous le soleil du midi, près de Marseille, cet été. Un style nouveau aussi.

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Braque, Le Grand Nu 1908: Les Demoiselles d’Avignon de Picasso nées en 1907 ne sont pas loin

Louis Vauxcelles, le redoutable critique à la plume acérée, décrit ces oeuvres dans la revue Gil Blas :  » M Braque construit des bonshommes métalliques et déformés qui sont d’une simplification terrible. Il méprise la forme et réduit tout, sites figures maisons, à des schémas géométriques, à des cubes. Ne le raillons point puisqu’il est de bonne foi et attendons… »

En discutant ce soir autour d’un pot de vin chaud avec Kahnweiler, nous plaisantons sur ces fameux « cubes ». Vauxcelles est un récidiviste. Il avait déjà essayé de défendre une sculpture qui lui plaisait dans un précédent Salon alors que le buste était isolé au milieu de tableaux aux tons très vifs :  » la candeur de cette oeuvre d’inspiration italienne surprend au milieu de l’orgie des tons purs ; c’est Donatello au milieu des fauves !  » s’était-il écrié. Depuis, fauve a donné le mot « fauvisme ».

Je lâche, content de moi :  » Impression de Monet a donné Impressionnisme, fauve s’est transformé en Fauvisme… je te propose, Daniel, de passer des cubes au cubisme ! « .

Kahnweiler fait la moue et se moque :  » cubisme, cubisme… le mot est bon, il prendra sans doute…mais s’il est imaginé ou repris par un vrai critique d’art. Tu n’es pas du sérail mon vieux : ni critique, ni marchand, ni collectionneur. L’Histoire ne retiendra donc pas que c’est toi qui as inventé le cubisme, tu verras ! « 

25 novembre 1908 : Stefan Zweig en Inde

Mort. Son cadavre gît à même le sol, la foule passe indifférente à côté de ce corps émacié, vêtu d’un simple pagne. Des intouchables surgiront en fin de journée pour l’emmener vers une gigantesque fosse commune au sortir de Madras. Il n’y aura pas de rite funéraire, pas de crémation à côté d’un fleuve sacré. Le vieillard, trop pauvre pour être inhumé dignement, est mort dans l’indifférence totale sous le seul regard horrifié de Stefan Zweig.

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Stefan Zweig et l’Inde, en 1908

L’écrivain autrichien continue de descendre l’une des rues principales de Madras, joyau de l’Inde, elle-même perle de l’Empire britannique. La chaleur moite, les odeurs de pourriture, les mendiants par centaines sur sa droite, de magnifiques hôtels, gares ou sièges de compagnies privées sur sa gauche. Un continent qui plonge avec les capitaux britanniques dans la modernité du XXème siècle naissant en restant attaché à des traditions très anciennes, incompréhensibles pour un Européen qui ne peut s’attarder.

Stefan Zweig n’aime pas l’Inde. Depuis son arrivée, il n’arrive pas à écrire une ligne correcte sur ce qu’il voit. Faire part de son indignation ? A  quoi bon, ce serait dérisoire. Décrire ce qu’il observe ? Il voudrait plutôt oublier, oublier cette séparation rigide des classes et des races, oublier cette misère de tous les instants, oublier ces Anglais arrogants.

Hier, il a été impressionné par ces funérailles d’Indiens des hautes castes, par ces grands bûchers où se consument des corps avant que l’on disperse les cendres dans le fleuve sacré. Linge blanc recouvrant les cadavres, flammes dansantes, crépitements, fumées blanches.

Il a joint, lui aussi, les mains en signe de recueillement quand les chants ont commencé. Mais son esprit est parti ailleurs. Il a pensé à sa lettre en préparation pour son nouvel ami et maître à penser Sigmund Freud. Il a aussi réfléchi au plan de sa future nouvelle qui devrait se dérouler sur un paquebot transatlantique : un drame entre Européens, une histoire où il voudrait utiliser les enseignements de Freud sur les rêves. Dès qu’il ferme les yeux, l’Inde est loin et son esprit toujours vif, son imagination fertile reprennent leurs droits.

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Madras, 1908

Stefan Zweig n’aime pas l’Inde et pourtant, il a prévu de la parcourir en tous sens. Son ami Walther Rathenau lui a conseillé Madras, Bénarès, Calcutta, puis Ceylan. Aura-t-il le temps d’aller jusqu’en Indochine, s’arrêtera-t-il à Rangoon ?

L’écrivain qui aura vingt-sept ans à la fin du mois, se forme par les voyages. Il ne voudrait pas mourir « avant d’avoir connu toute la terre.  » Dans les chambres d’hôtel, dans les halls de gare, il apprend, lit, exerce sa plume, relit les classiques ou les romans de Schnitzler. Il veut composer une oeuvre faite des milles sensations neuves de ses périples. En quelques pages, entraîner le lecteur des particularités d’un lieu… à l’universel d’une histoire. Tenter de percer les secrets de l’âme humaine en laissant l’intrigue se dérouler au gré d’une passion mystérieuse entre deux êtres.

Emerveillé parfois, fatigué souvent par ces milliers de kilomètres parcourus, il s’interroge sur ce qu’il va retirer réellement de ses multiples séjours.

Il prend alors son carnet à couverture de cuir et jette sur une page blanche cette phrase qu’il ne veut pas oublier :  » On apprend plus tard que la véritable orientation d’une vie… est inscrite au plus profond de soi. »

24 novembre 1908 : le roman russe pour éviter la guerre

 » Evitons les poncifs habituels ! L’immensité des steppes, les milliers de pages de chaque roman, la soi-disant âme russe…  » Le marquis de Vogüé, auteur, il y a une vingtaine d’années, d’un essai passionnant  – « Le roman russe  » – a fait découvrir aux Français Tolstoï et Dostoïevski. Il a su être le passeur pour des générations d’étudiants, de curieux ou de russophiles vers une littérature méconnue, parfois déroutante mais qui marque profondément les lecteurs.

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Léon Tolstoï, 1ère photographie couleur (« autochrome ») de l’écrivain russe en mai 1908

Nous prenons le thé ensemble, avec Emile Chartier, dit Alain, autre passionné de « La guerre et la paix  » ou « Anna Karénine  » . N’étant pas sûr de proférer autre chose que des banalités, je reste silencieux et écoute attentivement ces deux cerveaux lumineux, échanger leurs impressions et points de vue.

 » Ce qui me frappe, c’est la méconnaissance des Français vis à vis de la Russie alors que tout noble moscovite qui se respecte séjourne souvent à Paris.  » Le marquis cite alors ces quelques lignes de Tolstoï :  » Le prince Basile s’exprimait en ce français raffiné que parlait nos grands-parents dans lequel même ils pensaient, en y mettant cet accent protecteur, ces intonations molles qui sont habituelles à quiconque a vieilli dans le monde et tient son rang à la cour.  » Les Russes arrivent même à se distinguer entre eux à leur façon de parler la langue de Molière !

Emile Chartier écoute, le regard pétillant, il attend de pouvoir citer lui aussi un passage qui lui tient à coeur dans  » La guerre et la paix ». Il repousse la tasse devant lui et s’empare de l’exemplaire reposé sur la table basse par le Marquis de Vogüé. Il tourne rapidement les pages jusqu’à la quatrième partie du livre deuxième, chausse ses lunettes, attend que nous soyons attentifs et lit à haute voix des lignes qui, manifestement, l’amusent beaucoup :

 » La tradition biblique prétend que la félicité du premier homme avant sa chute consistait en l’absence de travail ; c’est à dire dans l’oisiveté. L’homme déchu a conservé le goût de l’oisiveté, mais la malédiction divine pèse toujours sur lui, non seulement parce qu’il doit gagner  son pain à la sueur de son front, mais parce que sa nature morale lui interdit de se complaire dans l’inaction. Une voix secrète nous dit que nous serions coupables en nous abandonnant à la paresse. Si l’homme pouvait rencontrer un état où, tout en restant oisif, il sentait qu’il était utile et accomplissait son devoir, il trouverait dans cet état l’une des conditions du bonheur primitif. Or toute une classe sociale, celle des militaires, jouit précisément de cet état d’oisiveté imposée et non blâmable. Cette inaction forcée, légale, a toujours fait et fera toujours le principal attrait du service des armes.  »

Content de lui, Alain se retourne vers moi, hilare :  » Il faudrait que vous fassiez lire ces quelques lignes à notre bon ministre de la Guerre Picquart !   » Et nous partons tous trois dans un grand éclat de rire.

Le Marquis reprend son sérieux plus vite :  » Quel style… un peu provocant mais pas si mal vu que cela. Il n’empêche que Tolstoï a une vision inquiétante de la guerre et des grands événements. Selon lui, nous ne sommes que les jouets d’un destin sur lequel nous n’avons pas prise. Nous sommes broyés par une Histoire en marche qui se joue de nos volontés et libre arbitre. Avec des réflexions comme celle-là, la guerre contre l’Allemagne que nos diplomates, nos politiciens ou nos généraux ne cessent de repousser et d’éviter, est peut-être déjà programmée, écrite d’avance. Il ne sert à rien de nous démener pour la paix.  »

 » Je ne suis pas d’accord. Tolstoï lui même se contredit.  » Alain est heureux d’avoir retrouvé le terrain de la philosophie :  » L’écrivain russe parle des milliers de petites causes qui façonnent les grands événements : le sergent qui se réengage dans les armées de Napoléon, la susceptibilité du tsar, la politique anglaise tortueuse… Et bien, justement, l’absence de l’une des causes peut tout faire basculer dans un sens ou dans l’autre. Cela dépend de vous et de moi pour une part et notamment de nos opinions là-dessus. Si nous croyons que la guerre est inéluctable, elle le sera. Le fatalisme se prouve de lui-même dès qu’on y croit. Dès que l’on prie, il y a des dieux !  »

Alain repose le lourd roman devant nous en l’empilant sur « Anna Karénine  » et « L’idiot » . Je réalise que cette pile de livres contient une bonne part de la réflexion de l’humanité sur les sujets essentiels : la vie, l’amour, la guerre, le pouvoir, l’amitié, le devoir ou la passion… Un condensé d’intelligence, un résumé du savoir humain et des histoires, universelles, qui nous entraînent et nous touchent.

Un homme qui lit… ne devrait pas faire la guerre.

19 novembre 1908 : Seconde mission Charcot en Antarctique

Toute la France est derrière lui. Il fait rêver petits et grands. Des dessins et des photographies de son navire le « Pourquoi pas ?  » illustrent une presse à grand tirage, avide de raconter sa seconde expédition antarctique.

Jean-Baptiste Charcot, médecin, ancien rugbyman finaliste du championnat de France, tient fièrement la barre d’un bateau qu’il souhaite amener au plus près du pôle sud. Il a quitté le Havre en août et se dirige vers l’extrême sud du Chili en prévoyant une longue escale à Punta Arenas. Là-bas, c’est, pour l’instant, la « belle saison » .

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Jean-Baptiste Charcot a 41 ans en 1908, il effectue sa seconde expédition en Antarctique

Voyage de prestige, subventionné largement par le gouvernement, c’est aussi et surtout une expédition scientifique. Les savants de l’académie des sciences et du muséum d’histoire naturelle ont établi un programme de travail chargé : reconnaissance et cartographie des côtes, étude des marées polaires, relevés de salinité, études de la faune et de la flore, analyse du magnétisme… Le long hiver austral sera studieux.

Entreprise difficile aussi. Il faut rejoindre une terre qui est au bout de la planète. L’approvisionnement en charbon étant incertain, il n’est pas question d’utiliser fréquemment les moteurs du bateau. Ce sont donc les vents qui pousseront le navire vers ces terres inhospitalières. L’électricité sera aussi rationnée et l’éclairage se fera au pétrole ou à l’huile, sauf le jeudi, le dimanche et les jours de fête.

Le contact et l’étreinte des glaces s’annoncent violents. La coque du bateau est double, renforcée de cercles et de lames de fer sur les flancs. Cela suffira-t-il à protéger le trois mâts construit sur les plans de l’ingénieur Laubeuf – spécialiste des sous-marins – à Saint Malo ?

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Jean-Baptiste Charcot au milieu des manchots… que la presse française de 1908 appelle « pingouins » 

Arrivée à Punta Arenas, madame Charcot qui accompagne pour l’instant son mari, embrassera une dernière fois son solide époux et rejoindra l’Europe.

Elle laissera le célèbre médecin avec trois années de vivres en conserves, des centaines d’instruments scientifiques et cinq traîneaux automobiles Dion-Bouton.

L’équipage se retrouvera « entre hommes » et avec des  dizaines de chats destinés à lutter contre les rats de la cale.

Jean-Baptiste Charcot se concentrera alors sur ses rêves, fixera l’horizon où apparaîtront les premiers icebergs. Et il répètera inlassablement ces deux mots qui mélangent insouciance et sens du défi : « Pourquoi pas ?  »

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