30 août 1926 : Pauline embarque

Voilà. Arrive le moment de se dire « au revoir ». Pour que ce soit plus doux, on ajoute « ma chérie ». Mais ce n’est pas doux. Ça arrache le cœur ! On n’a pas envie de la voir partir pour New-York, notre fille. On voudrait continuer à être avec elle, toujours, à Versailles, dans notre cocon familial. Ce ne serait pas lui rendre service. Parce que nous sommes fiers d’elle aussi. Elle se débrouille, elle parle anglais, elle est autonome. Autonome et fière. Elle n’a pas besoin de nous. Les parents ont mis le carburant du début et l’automobile continue seule, refait le plein sans prévenir et va beaucoup plus loin qu’on ne pensait.

Sur le quai du port du Havre, au milieu de la foule des adieux, je me mets à penser à des tranches de vie personnelles de ma relation avec ma fille. Cette première nuit de bébé où ma femme épuisée après l’accouchement me demandait de me relever pour la prendre dans les bras alors qu’elle n’arrêtait pas de pleurer, sans raison apparente. Ce petit être tout rouspétant. Et ma femme avait ajouté, comme pour m’encourager : « Vas-y. Tu sais ? Elle te ressemble ». Cette phrase de présentation entre nous. Bienvenue Pauline. Et elle avait continué à pleurer, la mouflette. Désemparé, j’étais resté longtemps avec elle. Une bonne partie de la nuit. À la serrer contre moi pour l’apaiser. Et cette scène remonte maintenant. Allez savoir pourquoi. Inutilement. Si j’ai une larme, cela va me rendre ridicule, au milieu de toutes ces familles des beaux quartiers, où l’on sait se dire au revoir, dignement.

Et puis Pauline n’aime pas les grandes effusions. Elle se voit déjà de l’autre côté de l’Atlantique. Dans les observatoires américains à scruter les astres, dans les facultés de médecine à soigner et chez les Roosevelt à comprendre les grandes familles de la côte Est. Alors, d’avoir un papa tout émotif au moment du départ, ça va bien. On se secoue, hein ? Je vais revenir Papa !

Alors je redeviens Olivier le Tigre. Je calcule comment ma fille serait à même d’aider – le moment venu – à la qualité des relations diplomatiques Washington Paris ; comment Pauline, habile et douée, pourrait tenir grande ouvertes les portes de la haute société américaine, pour que les intérêts de la France soient, enfin, mieux défendus chez les anglo-saxons. Je l’imagine refaire à New-York et Washington un peu ce que j’ai bâti à Paris, en trente ans. Côtoyer les dirigeants, faire avancer les grandes affaires dans l’ombre des petits bureaux, vaincre les résistances au progrès de l’humanité par une connaissance imbattable des dossiers, repérer et entraîner les gens compétents pour défendre la République. Je m’emballe et je rêve éveillé ! À ce stade, ma fille s’en fiche royalement. Elle veut juste croquer la vie à pleines dents. Profiter du temps qu’il fait, rencontrer des gens épatants, avoir des anecdotes à raconter à ses fidèles amis.

Il y a un Olivier le Tigre, il n’y aura pas de « Pauline le Tigre ». Ce serait grotesque. Le moule est cassé. Il faudra inventer autre chose. Ou attendre. Pauline a 21 ans. Quand j’avais son âge, Clemenceau était loin. Alors que ma fille, dans 10 jours, elle sera déjà au contact des Roosevelt.

« Bon, papa, tu me la donnes cette valise ? À quoi tu penses encore ? » Un dernier câlin, une dernière bise. Pauline dit « smach, smach » comme les autres jeunes de son âge. Ça veut dire : « Au revoir affectueux ». Elle monte la passerelle d’un pas décidé, presque militaire, se retourne à peine au moment de rentrer dans le paquebot La France.

« Le train du retour pour Paris est à quelle heure ? » Ma femme me fait atterrir un peu plus. Nous sommes tous les deux, sans Pauline. Un grand vide. L’envie de parler de nos deux autres enfants, notre Nicolas aviateur et Alexis qui finit ses années lycée.

Mais le bonheur aussi d’être à deux, ma femme Nathalie et moi. Enfin un peu seuls, sans enfants dans le train du retour. Ça a son charme, même (et justement) avec une pointe de nostalgie de la vie familiale d’avant…

Olivier le Tigre dit au revoir à sa fille

Le transatlantique La France à l’entrée du port du Havre

Le coin de l’historien : Les départs du Havre et le grand saut transatlantique en 1926

 Le quai du Havre et le rituel des départs : Dans les années 1920, la gare maritime du Havre (sur le quai Joannès-Couvert) est le point de passage obligé vers le Nouveau Monde. Les passagers y parviennent directement depuis Paris grâce aux « trains transatlantiques » partis de la gare Saint-Lazare, qui s’arrêtent au pied même des passerelles d’embarquement. Le rituel d’appareillage est immuable : la foule massée sur les terre-pleins, les trois longs coups de corne de brume qui font vibrer les hangars, les milliers de serpentins en papier qui se brisent au moment où le paquebot s’écarte du quai, et la marée de mouchoirs blancs agités pour un dernier salut.

 À bord du France, un condensé de la société : Si les affiches de la Compagnie Générale Transatlantique mettent en avant le luxe des salons de première classe — fréquentés par les diplomates, les industriels, les stars des Années folles ou les riches touristes américains profitant du franc faible —, le paquebot transporte en réalité une microsociété très hiérarchisée :

 La 2ᵈᵉ classe (celle de Pauline) : C’est la classe montante de l’entre-deux-guerres. Elle accueille des étudiants boursiers, des professeurs, des ingénieurs, des artistes et de jeunes cadres. Moins ostentatoire que la première, elle offre des cabines confortables et un cadre idéal pour une jeunesse intellectuelle en quête de formation internationale.

 La 3ᵉ classe (l’entrepont) : Malgré les lois de quotas votées par le Congrès américain en 1921 et 1924 (Johnson-Reed Act), qui ont considérablement restreint l’immigration, plusieurs centaines de passagers voyagent toujours dans les cales aménagées. On y trouve des artisans, des ouvriers, ainsi que des réfugiés et migrants venus d’Europe centrale ou méditerranéenne en route pour tenter leur chance en Amérique.

 La gravité des adieux avant l’ère des liaisons instantanées : En 1926, franchir l’océan n’a rien d’un banal voyage d’agrément. Même si les turbines à vapeur ont réduit la traversée à moins de six jours, partir pour les États-Unis constitue une véritable rupture dans la vie d’une famille :

 Le silence des communications : La téléphonie commerciale transatlantique n’existe pas encore pour le grand public (les premières liaisons régulières par ondes radioélectriques entre Londres et New York s’ouvriront début 1927). Le câble sous-marin télégraphique est quant à lui réservé aux affaires urgentes, facturé au mot et hors de prix.

 Le temps du courrier : Pour les proches restés à terre, une lettre envoyée à New York met au moins six jours à traverser, et autant pour rapporter une réponse. Recevoir des nouvelles prend deux à trois semaines au mieux.

 La retenue bourgeoise : Dans la bourgeoisie française des années 1920, l’émotion s’exprime avec une stricte pudeur. Devant la foule sur le quai, on évite les larmes et les effusions théâtrales ; on soigne sa tenue et l’on dissimule l’angoisse de la séparation derrière des recommandations pratiques et des sourires de façade.

22 août 1926 : Pauline prépare ses malles pour New-York

Pour qui prendrait notre histoire en marche, résumons la tempête : ma fille Pauline, 21 ans, a décidé de claquer la porte du mandarinat médical français pour conquérir New York, ses facultés et ses observatoires d’astronomie. Mon vieux patron Georges Clemenceau, conquis par le toupet de la demoiselle, lui a déjà signé un sauf-conduit de choix : une lettre personnelle pour Eleanor Roosevelt. De mon côté, alors que Raymond Poincaré vient de me charger de négocier en sous-main avec Margaret L. Hayes — brillante diplomate de l’ambassade américaine et petite-fille de président — pour stabiliser le franc auprès de Wall Street, il me restait à transformer ce coup de tête en débarquement parfaitement orchestré.

Ce matin, la chambre de Pauline ressemble à un camp de départ d’une armée en expédition. Au milieu de la pièce trônent deux volumineuses malles bombées en toile enduite et – heureusement – renforcées de laiton. Pas de futilités de modiste ici : ma fille prépare son expédition comme un officier de marine marchande. Je la regarde empiler avec méthode l’épais Traité d’anatomie de Testut, ses cahiers d’observations stellaires noircis d’équations, son stéthoscope et une petite lunette emmaillotée dans trois couches de chandails de laine.

— Pas une seule robe de soirée pour New York ? m’étonné-je en soulevant un paquet de blouses blanches.

— On n’observe pas la nébuleuse d’Andromède en crinoline, papa, me rétorque-t-elle sans lever les yeux. Et à Columbia, je doute que les microscopes s’émeuvent de la dentelle.

À quatorze heures, je quitte ce joyeux désordre pour retrouver Margaret L. Hayes dans le salon feutré d’un grand hôtel de la place de la Concorde. La Deuxième Secrétaire m’accueille avec son carnet relié de cuir et un café noir. J’expédie l’essentiel sur le front politique : la détermination d’airain de Poincaré, la création imminente de la Caisse autonome pour garantir les bons du Trésor et l’ouverture de notre canal confidentiel pour rassurer Washington.

Margaret prend des notes rapides, esquisse un hochement de tête approbateur, puis referme son carnet d’un coup sec :

— Parfait. Les marchés apprécieront la fermeté de Monsieur Poincaré. Mais si je lis bien entre vos lignes, Olivier, vous n’avez pas demandé cet entretien uniquement pour disserter sur la dette de guerre.

— En effet. Maintenant que le franc est en voie de sauvetage, réglons une affaire bien plus délicate : ma fille débarque chez vous à la fin du mois.

L’espace d’une seconde, le masque d’impassibilité diplomatique de Miss Hayes se fissure pour laisser place à un sourire complice. Elle sort d’une chemise cartonnée deux documents officiels dactylographiés :

— J’ai devancé votre requête. Pauline voyagera en seconde classe sur le paquebot Paris de la Compagnie Générale Transatlantique. Cela lui évitera les tracasseries d’Ellis Island : les formalités de douane se feront directement à bord avant d’accoster au quai de Manhattan. Pour le logement, je lui ai réservé une chambre à l’International House, sur Riverside Drive, à deux pas du campus de Columbia. C’est moderne, surveillé et cosmopolite. Enfin, voici sa lettre d’introduction consulaire.

Je contemple les papiers tamponnés de l’aigle américain. Entre le mot manuscrit du « Tigre » pour Mrs Roosevelt et les appuis de l’ambassade, Pauline s’apprête à traverser l’Atlantique avec une escorte invisible mais redoutable.

— Eh bien, Miss Hayes… vous ne faites pas les choses à moitié.

Margaret réajuste sa veste de tailleur, le regard pétillant :

— Rassurez-vous, Olivier : avec de tels parrains, votre fille ne va pas simplement poser le pied à New York… elle va en prendre possession.

Le paquebot France dans le port du Havre en 1926. (Reconstitution à partir d’archives)

Le paquebot France (Compagnie Générale Transatlantique, mis en service en 1912) — Longueur : 217,6 m | Jauge : 23 769 tonneaux. Vitesse de croisière : 24 nœuds (environ 44,5 km/h), reliant Le Havre à New York en moins de six jours. Capacité : 1 920 passagers (534 en 1ʳᵉ classe, 442 en 2ᵈᵉ classe, 944 en 3ᵉ classe) et 540 membres d’équipage.

Le coin de l’historien : l’Amérique et la France à l’été 1926

  • L’art des malles et la logistique des traversées transatlantiques : Faire ses bagages pour une traversée de six jours relevait d’une mécanique de précision, codifiée par les compagnies maritimes :
    • La malle-cabine (steamer trunk) : Portant l’étiquette réglementaire « Wanted on voyage », elle était limitée en hauteur (environ 35 cm) pour se glisser sous la couchette, ou prenait la forme d’une malle-armoire verticale (wardrobe) munie de cintres et de tiroirs verrouillables. Elle renfermait le linge de corps, les tenues de jour, les affaires de toilette et les lectures nécessaires à la vie de bord.
    • La malle de cale (« Not wanted on voyage ») : Beaucoup plus lourde et volumineuse, renforcée de lattes de hêtre et de cornières en laiton, elle accueillait les réserves de vêtements, le linge de maison, les instruments et les livres pesants comme le Testut. Une fois chargée à bord, elle demeurait inaccessible jusqu’au débarquement.
    • La protection contre l’air marin : L’humidité saline de l’Atlantique Nord et la condensation dans les cales exigeaient des précautions strictes : malles étanches doublées de zinc ou de toile vulcanisée, interposition de papier de soie pour préserver les étoffes et usage de boules de camphre pour protéger la laine et les reliures en cuir des moisissures.
    • L’acheminement ferroviaire : Dès Paris, le voyageur enregistrait ses bagages à la gare Saint-Lazare avec les étiquettes de couleur de la Compagnie Générale Transatlantique (indiquant le paquebot, la classe et le numéro de cabine). Les malles étaient acheminées par fourgon spécial directement sur le quai d’embarquement au Havre et hissées à bord par les grues portuaires.
  • L’évitement d’Ellis Island pour les passagers de cabine : Dans les années 1920, les passagers de première et deuxième classe échappaient au centre d’immigration d’Ellis Island. Les formalités administratives, le contrôle des visas et l’inspection sanitaire sommaire étaient réalisés directement à bord par les officiers américains avant l’accostage aux terminaux de l’Hudson River à Manhattan. Seuls les passagers de troisième classe (l’entrepont) étaient transbordés par ferry vers l’îlot pour subir les examens médicaux complets et les interrogatoires.
  • L’International House de New York : Ouverte en septembre 1924 au 500 Riverside Drive, face à Riverside Church et à proximité immédiate de l’Université Columbia, cette grande résidence universitaire a été fondée grâce aux mécénats de John D. Rockefeller Jr. et de la famille Dodge. Conçue pour favoriser les échanges intellectuels entre étudiants du monde entier, elle offrait aux jeunes chercheurs étrangers un cadre moderne, sécurisé et cosmopolite.
  • Le Traité d’anatomie humaine de Léo Testut : Ouvrage monumental en quatre volumes abondamment illustrés par Gaston Devy (puis révisé avec André Latarjet), le « Testut » formait le socle absolu de l’enseignement médical français. Pour une étudiante comme Pauline, transporter son exemplaire à New York constituait à la fois un investissement matériel lourd et la marque d’excellence de la méthode clinique parisienne.
  • Le plan financier de Poincaré et la Caisse autonome : Face à la crise monétaire aiguë de juillet 1926, Raymond Poincaré cumule la présidence du Conseil et le portefeuille des Finances. Pour enrayer la spéculation contre le franc sans céder aux exigences brutales des créanciers anglo-saxons, il fait voter 11 milliards de francs d’impôts nouveaux et crée la Caisse autonome de gestion des bons de la Défense nationale, pérennisée dans la Constitution par le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 10 août 1926.

15 août 1926 : Le jour où ma fille a cloué le bec à Clemenceau

Puisque le départ de Pauline pour New York est désormais inéluctable, je refuse de la laisser traverser l’Atlantique sans de solides points d’ancrage ! Pour lui ouvrir les portes du monde universitaire américain et lui garantir la bienveillance d’alliés influents sur place, une évidence s’impose : solliciter l’homme qui connaît l’Amérique mieux que quiconque dans la République, mon ancien patron, Georges Clemenceau. Je l’emmène donc ce matin au 8, rue Benjamin-Franklin.

Le vieux chef nous reçoit dans son cabinet, calotte sur la tête, le regard toujours aussi perçant sous ses épais sourcils blancs. Après les salutations d’usage, il fixe Pauline d’un air faussement sévère :

« Alors, mademoiselle, il paraît que vous voulez courir le Nouveau Monde pour disséquer des cadavres et compter les comètes chez les marchands de pétrole ? La France ne produit plus assez d’étoiles pour vous retenir ? »

Loin d’être intimidée par le « Père la Victoire », Pauline soutient son regard avec un demi-sourire narquois :

« Elle en produit d’admirables, Monsieur le Président, mais nos mandarins de faculté préfèrent visiblement les observer de très haut… surtout lorsqu’elles portent une jupe ! Et si j’en crois vos propres mémoires, vous n’aviez guère demandé la permission à grand monde lorsque vous êtes parti pour l’Amérique à vingt-quatre ans. »

Un silence suspendu s’installe. Je retiens mon souffle. Puis, une franche détonation de rire soulève l’épaisse moustache du vieil homme. Il frappe la table du plat de la main :

« Parbleu ! Olivier, votre fille a encore plus de griffes que vous ! Voilà au moins quelqu’un qui ne s’embarrasse pas de salamalecs. »

Ravi par ce tempérament combatif, Clemenceau saisit aussitôt sa plume. Plutôt que de s’en tenir à une lettre protocolaire pour Franklin Roosevelt, il choisit d’écrire directement à son épouse, Eleanor Roosevelt, sachant combien celle-ci est engagée pour l’émancipation des femmes à New York.

En quelques lignes nerveuses et chaleureuses, il présente Pauline comme une compatriote « tenace, intrépide et digne du plus grand intérêt ». Pauline repart de la rue Franklin avec le précieux sésame en poche et un sourire victorieux. Quant à moi, je respire un peu mieux.

Photo (imaginaire) de la rencontre entre Le Tigre et Pauline, le 15 août 1926, au domicile parisien de Clemenceau, rue Benjamin-Franklin (Clemenceau est de passage, entre deux longs séjours dans sa maison en Vendée)

Le coin de l’historien

1. Le 8, rue Benjamin-Franklin : l’antre du Tigre

Retiré de la vie politique active depuis son échec à l’élection présidentielle de 1920, Georges Clemenceau partage son temps entre sa bicoque vendéenne de Saint-Vincent-sur-Jard et son appartement parisien du 8, rue Benjamin-Franklin (dans le XVIᵉ arrondissement, aujourd’hui transformé en musée).

Dans ce rez-de-chaussée donnant sur un jardin, le « Père la Victoire » reçoit ses proches, d’anciens collaborateurs et des personnalités internationales au milieu de milliers d’ouvrages et de ses collections d’art asiatique. Malgré ses 84 ans en 1926, il conserve un rythme de travail acharné, coiffé de sa célèbre calotte et portant ses mitaines en soie pour protéger sa peau fragilisée par l’eczéma.


2. Clemenceau médecin : une jeunesse scientifique

Avant de devenir journaliste et homme d’État, Clemenceau a d’abord été médecin. Il soutient sa thèse en mai 1865 à Paris (De la génération des éléments anatomiques), sous l’influence du positivisme et du matérialisme scientifique d’Auguste Comte et de Charles Robin. Bien qu’il n’ait exercé que brièvement dans le quartier de Montmartre, il a toujours conservé une affection particulière pour les praticiens et une fascination pour les sciences naturelles et médicales.


3. L’exil formateur aux États-Unis (1865-1869)

À peine diplômé, fuyant le régime autoritaire de Napoléon III, le jeune Clemenceau s’embarque pour les États-Unis à l’âge de 24 ans. Il y passe près de quatre années décisives :

  • Journaliste : Il devient le correspondant régulier du journal parisien Le Temps, couvrant la reconstruction américaine au lendemain de la guerre de Sécession et analysant avec acuité les institutions démocratiques naissantes.
  • Enseignant : Il enseigne le français et l’équitation dans une institution pour jeunes filles de Stamford (Connecticut), la Catharine Aiken School.
  • Vie personnelle : Il y rencontre l’une de ses élèves, Mary Plummer, qu’il épouse en 1869 avant de rentrer en France.

Cette immersion lui a permis de maîtriser parfaitement la langue anglaise et d’entretenir tout au long de sa vie un réseau dense d’amitiés outre-Atlantique.


4. Pourquoi Eleanor Roosevelt en 1926 ?

Le choix d’adresser une lettre de recommandation à Eleanor Roosevelt plutôt qu’à son mari Franklin est particulièrement pertinent en 1926 :

  • Un FDR en retrait relatif : Après avoir contracté la poliomyélite en 1921, Franklin D. Roosevelt passe une grande partie de l’année 1926 en Géorgie (à Warm Springs) pour suivre sa rééducation. Il n’est pas encore gouverneur de New York (il le deviendra en 1928).
  • Une femme d’influence à Manhattan : Durant cette période, Eleanor Roosevelt devient le véritable bras politique et social de la famille à New York. Militante infatigable, elle est très active au sein de la Women’s Trade Union League (WTUL), de la League of Women Voters et s’apprête à acquérir des parts dans la Todhunter School, une école pour jeunes filles où elle enseigne.
  • Un réseau d’entraide féminin : Très engagée en faveur de l’émancipation intellectuelle et professionnelle des femmes, Eleanor Roosevelt représente le point de contact parfait pour aider une jeune Française à s’orienter dans la métropole américaine.

5. Les liens Clemenceau – Roosevelt

Clemenceau entretenait une estime réciproque avec la branche Roosevelt, notamment avec le président républicain Theodore Roosevelt (l’oncle d’Eleanor), qu’il avait rencontré lors de ses voyages et avec lequel il partageait un tempérament pugnace et un franc-parler légendaire. Lors de son ultime tournée triomphale aux États-Unis à la fin de l’année 1922, Clemenceau avait réactivé tous ses contacts politiques et mondains sur la côte Est, ce qui rend son intercession auprès du cercle Roosevelt tout à fait naturelle et efficace.

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