13 septembre 1910 : Olivier le Tigre revient

« Les gens heureux n’ont pas d’histoire… » Mon journal a failli s’arrêter. Une bonne place au cabinet d’Aristide Briand, marié à une femme aimée, trois beaux enfants, des amis fidèles… Mais que raconter jour après jour ? Le bonheur d’un fonctionnaire sans histoire ne fait pas rêver, le rythme tranquille du Président du Conseil qui prend en cela le contrepied de son prédécesseur Clemenceau, non plus.

Alors la plume se relâche, je me réfugie dans un cocon privé, douillet et discret. Écouter des disques, assister à des séances de cinématographe, dormir le matin à cinq heures, plutôt qu’écrire.

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Les lectures des chefs d’œuvre de Flaubert et de Tolstoï (La Guerre et la Paix) m’éloignent du Paris de 1910 pour me replonger dans les guerres napoléoniennes ou dans la France de Louis-Philippe. Les automobiles disparaissent de mon horizon et je cesse d’être acteur de mon époque pour me caler dans la place confortable du spectateur des années passées. Face aux auteurs géniaux, je me contente d’être un lecteur admiratif, critiquant mon propre style pas assez fluide, mes phrases qui sentent trop le travail appliqué.

Et puis, des voix naissent. « Mes » anciens lecteurs aussi anonymes que sympathiques, moins exigeants que moi sur ce que doit être un journal, m’envoient des mots, font publier des lettres, forment un petit groupe pressant. Leurs voix me guident en douceur vers le retour. Je découvre que j’ai une petite place dans leur vie de tous les jours. Ils l’aimaient bien la chronique quotidienne publiée par le journal « Le Temps », ils avaient appris à l’apprécier ce drôle d’« Olivier le Tigre ». Je leur changeais les idées et ils m’indiquent qu’un public plus nombreux encore se formerait sans doute dans 100 ans et que ce qui me paraît anodin aujourd’hui, fera le bonheur des Français des années 2000 et au-delà.

Alors, un moment de calme et je reprends le collier, je pousse à nouveau cette charrue qui creuse des sillons dans un monde pas aussi tranquille que cela, une époque pleine de promesses mais qui pourrait mal tourner si nous n’y prenons garde.

Votre journal revient. Il change un peu. Des chroniques plus courtes mais plus fréquentes. Un fil d’Ariane fait d’actualités, d’impressions et de faits bruts, des mots jetés sans calcul sur la feuille qui n’attendent que vos commentaires en retour, chers lecteurs. Pendant ces deux longs mois de silence, vous m’avez beaucoup manqué, vous aussi !

Pour comprendre pourquoi votre journal s’est arrêté pendant plus de deux mois, pour rêver de Belle Epoque, rejoignez le groupe des amis lecteurs…

7 commentaires sur “13 septembre 1910 : Olivier le Tigre revient

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  1. Ces lignes éclairent à la lumière tremblotante d’une lampe à huile, plutôt qu’à celle, agressive, d’un projecteur moderne. Elles laissent l’esprit du lecteur tracer son propre chemin au travers d’un « passé » si proche, plutôt que d’exposer certitudes et statistiques à l’approbation publique.

    Une sérénité bienvenue s’en dégage, et s’oppose à la frénésie provocatrice des quotidiens vendus à la criée.

    Le tigre est de retour, et ses nouvelles, curieusement, apaisent plutôt qu’elles n’effraient.

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