30 novembre 1909 : Vive les mariages arrangés !

  « Elle pourra toujours divorcer ! » C’est ce que m’a répondu mon collègue Jacques quand je me suis inquiété de savoir si sa fille aimait vraiment le jeune médecin qu’il lui avait choisi pour mari.

Il étale tous les documents relatifs à cette future union sur ma table, comme autant de promesses d’un mariage heureux. La liste récapitulant le trousseau se révèle impressionnante : linge de corps, de table ou de maison, on ne compte plus les nappes, les serviettes, dentelles ou autres fourrures marquées des initiales des deux futurs conjoints. Cela remplira des malles entières portées par les domestiques des deux familles jusqu’au domicile des époux quand ils s’installeront.

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Un mariage au début du XXème siècle…

«  Et la dot ? » Le père, fier de lui, m’écrit le montant -une somme rondelette – sur une feuille de papier. Une partie du patrimoine familial y est visiblement passé. La vieille maison bretonne a du être vendue pour parvenir à réunir ces fonds très éloignés de ce que permet un traitement de fonctionnaire.

« Cette alliance sera une réussite ! » ne cesse de répéter Jacques se frottant les mains. Il souhaite que je relise le contrat de mariage qui sera signé dans une quinzaine de jours. « On fera un grande fête après cette signature qui est l’aboutissement d’années d’efforts pour donner une situation respectable à ma fille adorée. »

J’imagine un instant la jeune femme, acceptant de danser la première ou deuxième valse avec le notaire après que le dernier paraphe ait été porté sur la convention.

Valser avec l’homme de loi, s’abandonner dans les bras de celui qui représente la société bourgeoise qui n’imagine pas autre chose pour une femme respectable qu’un mariage arrangé. Être le jouet d’une alliance patrimoniale complexe entre familles qui souhaitent plus de respectabilité, un rang plus honorable et une reconnaissance plus grande.

« Elle pourra toujours divorcer… » Un mariage sur trente se termine aujourd’hui par un divorce. Les vingt-neuf autres sont donc des mariages heureux ?

9 commentaires sur “30 novembre 1909 : Vive les mariages arrangés !

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  1. Vivant aux Etats-Unis, j’ai plusieurs collegues indiens et c’est de loin la « methode » la plus courante parmi eux. En general, quand un indien proche de la trentaine annonce qu’il va passer des vacances prolongees au pays, je prends le pari qu’il reviendra fiance ou meme marie, et je ne perds pas souvent 🙂
    C’est AMHA inquietant quant a leur integration dans la societe americaine. Le mepris (affiche) qu’ont les parents de ces jeunes indiens pour les occidentaux et la societe occidentale n’aide pas. Les rares couples mixtes que je connais sont en general tres mal vus par les parents/beaux-parents indiens. C’est encore pire quand c’est une indienne qui epouse un americain (ou un francais, j’en connais aussi). Un indien peut a la limite epouser une etrangere s’il est le deuxieme ou troisieme d’une fratrie dont les autres membres ont fait de « bons mariages ».

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  2. CE qui est à méditer, c’est que les mariages actuels, fondés sur l’amour et le libre choix du conjoint sont bien plus fragiles que les mariages d’antan… Ce n’est pas parce qu’il est arrangé par les parents qu’un mariage est forcément un désastre, comme ce n’est pas parce que les conjoints se sont librement choisis qu’ils peuvent vivre heureux ensemble.

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  3. Blog très agréable à lire et très intéressant.

    Le divorce était mal vu au début du siècle – et le restait encore après la 2e guerre mondiale. La réaction « elle pourra toujours divorcer ! » de la part d’un père de famille ne devait pas être fréquente.
    Dans une société où le mariage arrangé est la norme sociale, peu de gens, hommes ou femmes le remettent en question. Ils trouvent normal qu’on leur choisisse leur conjoint et, quand ils deviennent parents, de choisir leur gendre ou leur bru. Par ex., un ami arabe, rencontré à la fac quand j’étais étudiante, me disait qu’il ferait sans doute un mariage arrangé quand il rentrerait dans son pays. Il parlait sans état d’âme particulier, me racontant qu’une de ses sœurs avait choisi son mari et que l’autre avait accepté le choix.

    Au commentateur précédent (dont le texte a bizarrement disparu) :
    J’ai lu plusieurs fois qu’en Inde, où la majorité des unions sont arrangées, on dit que « l’amour vient après le mariage » !

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  4. Il est heureux que les femmes aient aujourd’hui plus de choix, de liberté… la vie privée des gens ne m’intéresse pas… sauf quand cela interfère avec le travail ou touche a l’immoralité :
    – de mauvais souvenirs de jeunes mamans… qui arrivaient systematiquement au travail en retard parce que le mari ne s’occupe pas du gamin et que la maman se fiche des horaires et du respect qu’elle doit aux clients
    – il est immoral qu’aujourd’hui la plupart des familles aient des enfants mais
    1/d’une part se débarassent d’eux par tous les moyens (le soir les aenfants doivent etre couchés quand ils arrivent… sous pretexte d’ecole), le samedi on les inscrit a toutes les activités possible pour s’en débarrasser et meme le dimanche on le fourgue chez la grand-mère « au nom de la famille » ! (et pour partir au ski… hors saison car c’est moins cher, on oublie l’école, on les enlève de l’école pour les fourguer a lécole du ski et s’en débarasser encore)
    2/ leur fassent faire LEUR tache ou les « sales besognes » — fermer le volet de LEUR chambre, eplucher les légumes… mais surtout pas les taches valorisantes comme faire la salade de A a Z… et surtout ne pas dire MERCI au gamin !

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  5. Comme si le phénomène avait été limité à la bourgeoisie… Il y avait des mariages arrangés aussi chez les paysans.

    Comme le dit Plissken, la coutume persiste dans certaines cultures, en particulier asiatiques. Le fait d’associer le mariage et l’amour n’est pas une évidence partout et le fait que l’amour doive précéder le mariage l’est encore moins. Le père d’une de mes collègues, d’origine vietnamienne, lui soutient que les parents sont les mieux placés pour choisir un conjoint pour leurs enfants : ils se fondent sur des éléments plus à même de fonder un couple durable (milieu social homogène, essentiellement) que l’amour (ça va, ça vient). On n’est pas loin des explications de Schopenhauer sur l’amour, « ruse de l’espèce ».

    De manière connexe, je me souviens aussi d’une réflexion amusante sur le puissant moteur d’ascension sociale qu’était le fameux « jeune homme, vous aurez ma fille quand vous aurez une situation », mais je ne me souviens plus de qui c’est.

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  6. Cher ami,

    votre collègue n’est guère prévoyant, une dot se prépare à la naissance de l’enfant (voire même un peu avant !). Je crois me souvenir que vous avez vous-même une petite Pauline, aussi me permettrai-je de vous donner une petite astuce : plantez dès aujourd’hui 4 à 5 hectares de peupliers. Dans un peu plus de 20 ans, vous ferez couper tout çà et en vendrez le bois, ce qui, je peux vous l’assurer si les tarifs actuels se maintiennent, devrait vous permettre d’honorer la dot !
    Pour ma part, je ne peux passer devant de tels alignements sans chanter intérieurement « Une fille à marier » …

    Votre dévoué,

    Octave Dardenne.

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