2 janvier 1919 : Ma femme embrasse la cause féministe

 » Je n’ai nulle intention de ne m’occuper que de la famille et de tourner en rond dans notre appartement à Versailles  » : Maintenant que je suis beaucoup plus à la maison grâce à la fin de la guerre et que je peux donc être un peu présent auprès des miens, maintenant aussi que les enfants ont grandi, ma femme Nathalie s’interroge sur les activités qu’elle souhaite mener. Elle désire, tout à la fois, gagner sa vie, être indépendante et exercer un métier qui lui plaît.

Elle continue : « … Oui, le journalisme me plaît bien. Quand nous nous sommes connus, j’écrivais déjà pour Le Figaro et le Petit Parisien. J’adorerais reprendre la plume et retrouver l’ambiance des salles de rédaction, les reportages loin de Paris, les rencontres avec des gens si différents, la joie d’avoir écrit un joli papier !  » Son regard s’illumine, elle ajoute malicieuse :  » Et tu ne t’imagines pas que je vais pratiquer le journalisme plan-plan avec un p’tit article sur la mode de temps en temps, juste avant de prendre le thé et les petits gâteaux avec des amies versaillaises. Tout cela m’insupporterait ! Je vais reprendre contact avec la féministe Marguerite Durand et elle me conseillera sur ce que je dois faire dans la presse… »

Je lève un sourcil un peu interrogateur :  » Ah ? Tu veux revoir Marguerite ? La journaliste que Clemenceau avait défendu, il y a plus d’une vingtaine d’années, quand elle avait eu des problèmes graves avec son patron, au Figaro : ce type qui voulait lui enlever leur enfant commun ? La créatrice de La Fronde, le journal « Le Temps au féminin » ?  »

Nathalie me répond, songeuse mais décidée :  » Oui, cela servira à quelque chose. Entre 1914 et 1918, pendant que vous, les hommes, vous versiez votre sang, nous, les femmes, nous avons donné toute notre sueur dans les usines et les champs. Nous avons répendu des tonnes de larmes à l’annonce tragique des blessures et des morts. Et surtout, nous avons fait tourner la totalité du pays à l’arrière. Telle que je connais notre bonne vieille France, cela risque d’être vite oublié et nous allons rester des « incapables majeures » , sans aucun droit civil, sans droit de vote. Il faut se battre !  »

J’aime voir ma femme comme ça. Fière, forte, déterminée. Et sur le fond, elle a raison.

La journaliste et féministe Marguerite Durand. Ancienne actrice, elle est devenue une plume redoutée et une vraie patronne de presse.