2 août 1909 : A comme Allemagne

 Il n’y a rien qui ressemble plus à un Français qu’un Allemand. Il suit une scolarité qui va jusqu’au bout de l’école primaire, il vit dans un pays de plus en plus industrialisé et dans un régime globalement démocratique où le parlement a un vrai pouvoir…

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Un Zeppelin au dessus de Berlin en 1909. Cet article est le premier d’un abécédaire sur notre époque, écrit pour le journal Le Temps pendant le mois d’août.

 

On s’habille correctement et mange à sa faim dans les deux pays et si l’Allemagne compte plus d’usines, cela n’empêche pas la France de développer elle aussi un savoir faire dans l’industrie textile, sidérurgique, automobile ou ferroviaire.

Les deux peuples sont les héritiers d’une haute civilisation, les universités allemandes –Heidelberg, Francfort, Munich ou Berlin – sont prestigieuses et la Sorbonne s’efforce depuis plus de trente ans de les copier.

Qui se ressemble devrait s’assembler.

Rien n’est moins sûr! Nous sommes en paix avec l’Allemagne mais en paix armée. Nos régiments sont massés aux frontières de l’est et ne cessent d’effectuer des manœuvres de prévention d’une nouvelle invasion. En retour, les Allemand craignent l’esprit de revanche des Français et sont persuadés – à juste titre – que la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine n’a pas plus été digérée que le versement de l’indemnité de guerre de 5 milliards de francs or à l’issue de la guerre de 1870.

Un conflit entre les deux puissantes nations serait désastreux. Personne ne croit pourtant à une paix durable entre les deux voisins, certains pensent même qu’une courte guerre pourrait rectifier les conditions de paix désastreuses de 1871. La lutte d’influence en Afrique et plus spécialement au Maroc (les accords d’Algésiras n’ont pas tout réglé), dans l’Empire Ottoman ou dans les Balkans, les foucades du kaiser Guillaume II, demeurent une source permanente de tension entre les deux voisins.

En attendant la guerre que chacun redoute si elle a lieu à court terme (ni l’Allemagne, ni la France n’ont le sentiment d’être prêtes), une paix fragile se construit avec des ambassadeurs habiles (Jules Cambon à Berlin par exemple), des échanges d’idées et une fascination réciproque.

La France envie à sa puissante voisine son organisation militaire et administrative, ses procédés industriels (le « made in Germany » devient légendaire) et ses généreuses lois sociales. En retour, les Allemands admirent la puissance de la place financière parisienne assise sur l’extraordinaire capacité d’épargne de nos compatriotes, l’effervescence culturelle de notre capitale, la douceur de vivre de tout un pays où les classes sociales se confondent volontiers (tradition révolutionnaire ?). En France, nous dit Stefan Zweig, la femme du professeur ne craint pas de fréquenter l’épouse du boucher ou de l’ouvrier et ne s’écarte pas dédaigneusement de la fille de petite vertu croisée en bas de l’immeuble.

Les Français écoutent Wagner, découvrent Mahler, les Berlinois ne boudent pas Debussy ou Ravel. Ces notes de musique qui se jouent des frontières augurent-elles d’un rapprochement entre deux peuples qui pourraient un jour s’aimer autant qu’ils se sont détestés ?

4 commentaires sur “2 août 1909 : A comme Allemagne

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  1. Quelle bonne trouvaille, cet abécédaire! Cepandant, monsieur le journaliste, n’oubliez pas de nous donner des nouvelles de votre famille, de la haute et basse société, des courants artistiques et littéraires, bref, tout qui se passe en dehors de la politique… Amicalement, Coco

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