3 juillet 1909 : Suicide devant le Maire

Un coup de feu claque. Les habitants de Plessis-Patte-d’Oie s’écartent, paniqués, du dénommé Georges Doucet, complètement ivre. Le pauvre Georges, manouvrier de son état, tient dans sa main droite un revolver et le vide en tirant en l’air ou devant lui. Il parcourt les rues en hurlant des grossièretés et des phrases souvent incompréhensibles.

Soudain, le manouvrier aperçoit le maire de la commune, M. Brohon. Il vient se planter devant lui et crie :

 » C’est en présence de Monsieur le Maire que je veux mourir. Adieu !  » Il se fait alors sauter la cervelle.

Nous sommes quelques jours après cet événement dramatique. Je reçois quelques élus qui souhaitent échanger avec le Président du Conseil, ministre de l’Intérieur, sur les difficultés d’être maire, sur la lourdeur de la charge d’élu local.

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Le Maire de Bussy Saint-Georges est reçu avec celui de Meaux ou de Plessis-Patte-d’Oie, par le Président du Conseil

La délégation d’une dizaine de personnes qui va être reçue est hétéroclite : M. Brohon, premier magistrat du petit Bourg de Plessis-Patte-d’Oie,  non loin de Compiègne, côtoit par exemple le puissant maire de Meaux, M. Lugol.

Ils ont tous de multiples anecdotes à raconter pour illustrer le fait que leur condition n’est guère enviable. Ils revendiquent une plus juste indemnisation de leur activité, un soutien sans faille des préfets et, le cas échéant, des forces de l’ordre.

Face à Clemenceau, Lugol s’exclame :

 » Quand la concierge qui gère notre cimetière décide de brusquement de démissionner à la suite d’un différent sur son salaire et qu’elle entraîne avec elle les autres employés de la nécropole, je fais quoi ? Quand cette dame entre dans mon bureau sans frapper et qu’elle dépose les clefs de ce lieu sacré sur une table en me demandant de me débrouiller pour les cercueils qui attendent une inhumation, que dois-je répondre ?  »

Devant notre silence gêné, le maire seine-et-marnais reprend :

 » Et bien, je ne reste pas les  bras ballants comme vous ! Je fais appel à la bonne volonté des ouvriers de l’atelier communal et je vais moi-même les encourager pour exercer le métier de fossoyeur dont ils ignorent tout !  »

Clemenceau écoute, fatigué. On sent le Tigre lassé d’être l’éponge de tous les malheurs du monde, lassé d’être celui qui doit écouter, encourager, rassurer, remotiver chacun.

Il prend des notes brèves, hoche la tête sans trop y croire, pousse quelques soupirs et attend la fin de l’entrevue.

Lorsque nous sommes à nouveau seuls, Clemenceau se retourne vers moi et me confie :

 » Olivier, je savais que gouverner consistait à tendre, jusqu’à casser, tous les ressorts du pouvoir. Je ne me doutais pas que j’étais l’un de ces ressorts… « 

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