10 janvier 1910 : Quand un fonctionnaire ouvre son parapluie

Un été pourri (on se rappelle les coureurs du dernier Tour de France frigorifiés), un automne pluvieux et froid, un hiver où les averses succèdent aux averses : quel drôle de temps !

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Les imperméables, parapluies et autres chapeaux s’arrachent dans les grands magasins. Nous prenons l’habitude de marcher tête basse, pour mieux nous protéger des éléments. Nous avons oublié le ciel bleu et sommes obligés de vivre avec cette humidité permanente. Les chemins de terre deviennent des cloaques boueux, les pavés sont toujours glissants obligeant les fiacres à ralentir. Les moteurs d’autos peinent à démarrer et il faut tirer les chevaux pour qu’ils acceptent de sortir de l’écurie.

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« Rue de Paris, temps de pluie » vue par Gustave Caillebotte

Les enfants sortent moins et font de longues parties de Jeu de l’oie ou de Nain jaune. En fin d’après-midi, ils s’agitent comme des diables et on les sort sous un grand parapluie pour un tour rapide dans un parc avant sa fermeture.

«Monsieur le préfet; l’eau monte. » Cette phrase à laquelle personne ne s’attend est prononcée par le directeur de l’hydraulique au ministère de l’agriculture. L’ingénieur fait brusquement part de son inquiétude à la fin d’une réunion sur un tout autre sujet avec le préfet Lépine.

Il poursuit son explication :

« Les eaux de la Seine et de ses affluents, notamment la Marne et l’Yonne, ne cessent de monter. Le débit de chacun des fleuves grossit dans des proportions peu communes, les courants se révèlent de plus en plus forts et les péniches rencontrent les plus grandes difficultés pour remonter les fleuves. Les éclusiers ne cessent de me transmettre des informations en ce sens. »

Chacun des participants regarde le fonctionnaire avec incrédulité : « Que voulez-vous qu’il arrive ? » lâche l’un d’entre-eux.

Le directeur explique que le resserrement du lit de la Seine destiné à faciliter la circulation fluviale augmente en contrepartie le risque de crue. Nullement convaincu, un autre collègue fait observer : « Les bords du fleuve sont suffisamment hauts depuis la rénovation des berges. Nous ne craignons rien. Arrêtez d’ouvrir votre parapluie ! »

Le directeur de l’hydraulique range sa sacoche en maugréant et quitte la salle sans saluer personne. Je l’entends dire suffisamment distinctement : « Si Paris est inondé, ce n’est pas moi qui écoperait. »

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Les bords du fleuve sont suffisamment hauts depuis la rénovation des berges. Nous ne craignons rien. Arrêtez d’ouvrir votre parapluie !

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29 décembre 1909 : Polémique sur la sécurité aérienne

« Nous voulons rester libres comme l’air ! » Telle est la réaction de nombreux pilotes d’aéroplanes lorsqu’on évoque avec eux la mise en place de règlements de sécurité aérienne.

Ils ajoutent : « Pour faire progresser les plus lourds que l’air, il faudra des héros martyrs. On ne peut essayer des appareils sur des planches à dessins. Pour tester un moteur, une nouvelle forme d’hélice, d’aile, d’aileron ou de fuselage, la confrontation avec la réalité passe par un vol dans des conditions réelles. L’état des pistes, la force du vent ou la portance de l’air ne peuvent se reproduire dans un hangar. Arracher des centaines de kilogrammes au sol reste un défi, une prise de risques. Le succès grise, l’ascension dans le ciel enivre mais nous n’oublions jamais que la mort rôde. »

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Les premiers aéroplanes (ici un modèle construit par Wright) restent instables, peu solides, souvent sous-motorisés et donc dangereux…

L’Aéro-Club de France accepte quant à lui de parler de code et de règles mais avec un enthousiasme modéré :

« Les courses automobiles sont boudées en raison des changements incessants de règlements. Ne nous obligez pas à faire la même chose dans le monde aéronautique ! »

Et pourtant, les vols tuent : Le pilote prometteur Eugène Lefebvre qui s’est écrasé avec son Wright Model A reste dans toutes les mémoires. Un an avant, le lieutenant américain Selfridge avait perdu la vie dans les mêmes conditions. Et on ne compte plus ceux qui se blessent grièvement lors de décollages ratés ou d’atterrissages acrobatiques.

Que faire ?

Depuis 1908, l’Aéro Club distribue des brevets de pilote : tous les grands noms de ce sport fabuleux ont eu le leur. Le n°1 a été remis à Blériot et une centaine d’autres encore, par ordre alphabétique. Tous les autres candidats doivent se soumettre à des épreuves sélectives pour obtenir le précieux parchemin.

L’armée pense de son côté à créer un brevet militaire, plus rigoureux encore.

Mais cela ne suffit pas. Quelle est la manœuvre obligatoire à effectuer quand un autre appareil fonce sur vous quand vous êtes en vol ? Devez-vous braquer à droite ou à gauche ?

Pour doubler, vous prenez à droite ou à gauche ?

A quelle altitude minimum faut-il voler ? 20 mètres, 30 mètres ou plus ?

Quelle distance minimum sépare-t-elle deux aéroplanes qui se suivent ? 30 mètres, 50 ou 100 ?

Il va falloir se décider.

Les premiers pilotes étaient doués, ils avaient fabriqué eux-mêmes leurs appareils qu’ils connaissaient sur le bout des doigts. Les aviateurs de l’avenir n’auront peut-être pas autant de talents. Il faudra une formation solide, des règles précises et un personnel pour les faire appliquer.

Je discute lors d’une soirée avec la flamboyante Baronne de la Roche, première femme française pilote.

« C’est amusant. Il suffit que les femmes s’intéressent à une nouvelle discipline et y réussissent… pour que les hommes s’empressent d’ériger des barrières réglementaires protectrices et décourageantes ! Messieurs, vous n’êtes pas beaux joueurs… »

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La flamboyante baronne de la Roche, première femme aviatrice brevetée en France

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16 juin 1909 : Bilan du terrible tremblement de terre dans le Midi

 » Nous sommes restés sans secours pendant toute la nuit ! La terre a tremblé durant de longues minutes : bruit assourdissant de murs qui tombent, de vaisselle se cassant, de meubles qui se déplacent et viennent se heurter violemment les uns les autres. Les chiens qui hurlent à la mort pendant que les habitants de la ville se regroupent sur la place, affolés, en signalant que des personnes demeurent coincées sous les décombres. Monsieur le conseiller, c’était la désolation et nous avons dû attendre dix bonnes heures pour que l’on vienne s’occuper de nous. »

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Le témoignage de l’adjoint au maire de Salon-de-Provence reflète bien les propos qui me sont tenus pendant mon déplacement dans le Midi à la suite du terrible tremblement de terre qui a touché le 11 juin dernier au soir, les villes et villages de Lambesc, Pelissanne, Rognes, Le Puy Sainte Réparade, Venelles, Saint-Cannat, Vernègues et bien sûr, Salon, dans l’est des Bouches-du-Rhône.

Le préfet se retourne vers moi et m’indique discrètement, sur un bout de papier, que le nombre de victimes est porté à 46 morts et 250 blessés. Il complète à voix basse, visiblement lui-même ému :

 » Ce sont souvent des femmes et des enfants. Au moment du séisme, les hommes revenaient encore des champs ou s’occupaient des bêtes : c’est ce qui les a sauvés.  »

De mémoire d’homme, on n’a jamais vu une catastrophe de ce type sur le territoire national.

Un journaliste du Petit Provençal me demande un entretien. Je fais le point sur l’évaluation des dégâts (15 millions de francs au minimum) les secours décidés par Paris (prêts pour la reconstruction), le rétablissement des communications, les efforts déployés par les hommes du 7ème régiment du Génie d’Avignon envoyés sur place et l’élan de solidarité nationale qui s’amplifie grâce à l’action coordonnée de la grande presse.

Nécessité d’être précis, importance de montrer la mobilisation du gouvernement, se limiter aux engagements que nous pourrons tenir : je vérifie que le sous secrétaire d’Etat à l’Intérieur Mauzan applique à la lettre les consignes de Clemenceau.

Chacun craint des répliques et peu de personnes osent regagner leur domicile pour se reposer. Les habitants dorment dehors sur des matelas. Dans la journée, ils épaulent les soldats du génie ainsi que les religieuses qui apportent secours et soignent les blessés.

J’hésite à rentrer sur Marseille pour prendre un train vers la capitale. Beaucoup de dossiers m’attendent au ministère. Symboliquement, pratiquement, je sens cependant qu’il faut encore travailler ici, au milieu de ces Français projetés dans le cauchemar et qui font preuve d’une grande générosité entre eux. Ecouter, réconforter, coordonner l’action des services de l’Etat… bref, être là, montrer que nous sommes tous solidaires.

C’est décidé, je reste.

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26 janvier 1909 : 1500 vies sauvées par la TSF

1500 personnes viennent d’être sauvées d’une mort certaine grâce à la télégraphie sans fil.

Que s’est-il passé ?

En cette froide nuit tombante de fin janvier 1909, le paquebot anglais « Republic », de la White Star Line, s’éloigne à vitesse moyenne des côtes américaines, en plein brouillard. Il se dirige vers l’Europe.

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Le Republic, paquebot transatlantique de la compagnie White Star Line, est équipé de la Tsf

En sens inverse, vient le navire italien « Florida » qui achève sa traversée de l’Atlantique nord.

Les deux navires avancent avec une visibilité quasi nulle, l’un des deux (l’enquête devra déterminer lequel) a quitté la route réglementaire séparant les navires allant vers les Usa de ceux qui en reviennent, dispositif permettant d’éviter les collisions.

Vers huit heures du soir, le Florida éperonne le Republic après avoir tenté une manoeuvre aussi vaine que désespérée pour l’éviter. Le choc est particulièrement violent et quatre passagers sont tués sur le coup.

Les voies d’eau du « Republic » se révèlent très importantes et noient rapidement la salle des machines.

Heureusement, le télégraphiste a le temps de remettre en état sa station Tsf endommagée par l’accident et lance un message CQD (Come Quickly Distress) message de détresse encore adopté par tous les opérateurs travaillant sur matériel Marconi, malgré la nouvelle norme internationale qui préconise le signal SOS (trois points, trois traits, trois points en alphabet Morse).

Le message indiquant la latitude et la longitude des navires en perdition, est capté par d’autres vaisseaux de la White Star Line possédant aussi la Tsf et par une frégate garde-côtes évoluant à proximité. Ces derniers se déroutent immédiatement pour porter secours.

Finalement, la totalité des passagers des deux navires entrés en collision sont embarqués à bord du « Baltic », gros vapeur allemand appartenant aussi à la White Star. Au moment où le dernier naufragé rejoint le pont du Baltic, le Republic disparaît définitivement, happé par les flots noirs et glacés de l’Atlantique.

La Tsf vient de préserver 1500 vies.

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Affiche de la White Star Line, compagnie anglo-américaine réputée très sûre qui a signé, le 31 juillet 1908, pour la construction de deux nouveaux paquebots géants

Le lendemain, au siège de la White Star, au 30 St James Street, à Liverpool, le Président directeur général, Joseph Bruce Ismay, jette quelques notes sur un carnet :

 » On voit bien que la sécurité des navires mérite d’être entièrement repensée. Il est important aujourd’hui de bâtir des coques rendant les bâtiments insubmersibles et de doter les équipages de moyens modernes de transmission pour faire venir les secours en cas de difficultés. A l’opposé, les canots de sauvetage,  inefficaces et désuets, qui occupent, de surcroît, une place inutile sur les ponts, doivent être réduits en nombre. Ainsi, un maximum de surfaces pourra être libéré pour une utilisation commerciale. Il convient d’appliquer ces principes aux deux gros navires en chantier de notre compagnie, depuis le contrat signé le 31 juillet 1908, transatlantiques qui promettent d’être les plus beaux du monde : l’Olympic et le Titanic. »

30 décembre 1908 : La « belle » solidarité française en faveur des Italiens

Pendant que les Siciliens souffrent à Messine à la suite de l’horrible tremblement de terre, les réunions interministérielles à Paris s’enchaînent à un rythme soutenu. Que faire pour aider les Italiens ? Comment coordonner l’élan de générosité populaire des Français en faveur des zones sinistrées ?

Il faut, à la fois, annoncer des mesures rapides et ne pas céder à la précipitation qui conduirait à la mobilisation de ressources inutiles.

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Messine, le port dévasté à la suite du terrible tremblement de terre et raz-de-marée du 28 décembre 1908 qui ont fait plus de 120 000 morts

Le polytechnicien Picard, tout nouveau ministre de la Marine, prend les choses bien en mains et sait former un tandem habile avec Caillaux, ministre des Finances.

Picard :

– Il faut être très réaliste. Pour sauver des vies humaines, nous arriverons en grande partie trop tard. Seules quelques personnes très robustes peuvent survivre au-delà de trois jours coincées dans les décombres. Mais, en hiver, sans eau, sans soin, une grande partie des habitants de Messine ensevelis ne pourra être secourue.

Je propose l’envoi de deux cuirassers : le « Vérité » et le « Justice » . Ils seront utilement accompagnés par deux contre-torpilleurs plus rapides et légers : le « Carquois » et le « Cognée ».

Je prends des notes et j’interroge :

– Et que feront-ils sur place ?

Picard :

– Ils affirment solennellement la présence française. Deux cuirassers, cela se voit, cela impressionne !

Et concrètement, au-delà de la « gesticulation » destinée à rassurer la grande presse et l’opinion, ils feront ce qu’ils pourront. Ils auront des vivres frais, de l’eau potable, des couvertures, des médicaments, des médecins militaires… sur place, la désorganisation de toute la vie urbaine rendra leur tâche très difficile. La discipline des marins sera alors un atout.

J’ai pris mes renseignements avant de venir en réunion et prévient le ministre Picard :

– J’ai vu ce matin l’ambassadeur d’Italie, le comte Gallina et nous avons joint ensemble le préfet Orsi, seul représentant du gouvernement italien sur place. Il faut vous attendre à une situation terrible. Les survivants meurent de faim, de froid. Ils sont épuisés. Les pillages sont journaliers. Les premières distributions de vivres se traduisent par des émeutes.

Notre propre ambassadeur à Rome, Camille Barrère, confirme cet état des lieux lamentable.

Picard devient sombre :

– Il ne faut pas attendre de nos marins des miracles. Ils n’auront pas d’engins de levage permettant de dégager les décombres, il faudra faire beaucoup de choses à la main. Leurs vivres, leur eau douce, ne seront pas non plus inépuisables.

Bref, il faut anticiper de grosses déceptions dans notre capacité réelle à aider les Siciliens. J’espère que la censure sur place sera rigoureuse. Je ne veux pas voir mes marins mis en cause dans les journaux alors qu’ils feront leur devoir au mieux.

Je le rassure :

– Pour le filtrage des informations à destination de Paris, cela a été vu aussi. Comme souvent dans ce genre de drame, la censure sera peut-être la seule action pleinement efficace… (je me permets cette ironie désabusée).

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Messine, les premiers secours s’organisent avec peine…

Caillaux prend alors la parole :

– Allons, messieurs, ne cédez pas au découragement ! J’ai organisé avec la Banque de France le système de souscription nationale qui va permettre de coordonner l’élan de générosité publique. Les trésoriers payeurs généraux, les percepteurs transmettront les fonds collectés en province à la Banque de France de chaque département et tout cela remontera à Paris pour partir ensuite à Rome. Nous montrons ainsi avec force la générosité entre peuples latins (il faudra reprendre ce terme pour la presse).

Nous pouvons déjà annoncer les noms des premiers généreux donateurs : les Rothschild Frères 100 000 francs, la Compagnie du Canal de Suez 25 000 francs, le Crédit Lyonnais 25 000 francs, le Président de la République enfin : 25 000 francs…

Et vous messieurs ?

Sourires gênés, toussotements, silence…

Stephen Pichon, ministre des affaires étrangères, qui n’a encore rien dit, propose d’une voix faible :

– Le Conseil des ministres donnera, par exemple, 12 000 francs. Nous verrons ensuite entre nous qui donne quoi.

Proposition habile qui repousse le moment où chacun devra regarder les sommes disponibles sur son compte en banque pour faire un gros chèque.

Au moment de nous séparer, Picard raconte une anecdote sordide :

– Figurez-vous que la Poste italienne s’interroge sur la distribution des colis d’étrennes en début d’année 1909. Beaucoup de familles réparties sur le royaume italien vont recevoir des paquets en provenance de parents de Messine. Et ces envois viendront de personnes décédées depuis. Quelle ambiance terrible quand ils vont ouvrir les colis ! Tout cela est macabre…

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Messine 1908, les premiers travaux de déblaiement

29 décembre 1908 : Messine, 120 000 morts en 37 secondes

Le diable vient d’étendre sa main sur le sud de l’Italie.

A Messine et Reggio en Sicile et à la pointe sud de la Calabre, le 28 décembre, à 5h21, pendant 37 secondes interminables, la terre a violemment tremblé et un raz de marée impressionnant a dévasté les zones urbaines. Les bâtiments publics, les immeubles et maisons se sont effondrés comme des châteaux de cartes en tuant ou emprisonnant les habitants encore endormis. L’explosion d’un gazomètre et les courts circuits du réseau électrique ont provoqué, en outre, un gigantesque incendie qui a achevé de plonger les deux villes dans l’horreur absolue.

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Messine, Sicile, le 29 décembre 1908, partout, ruines et désolation. 120 000 morts ? peut-être plus encore…

Bilan : on parle de plus de 120 000 morts écrasés ou brûlés sans compter un nombre encore plus impressionnant de blessés.

La presse dépêchée sur place décrit -complaisamment – des scènes insoutenables d’enfants broyés sous les décombres à côtés de leurs parents eux-mêmes prisonniers des bâtiments détruits. L’émotion en Italie et dans le reste du monde est considérable.

Les voies de communication sont coupées et les secours sont très difficiles à acheminer.

Il est frappant de constater que la catastrophe a été elle-même connue avec retard. Pendant de longues heures, l’Italie savait que quelque chose de terrible s’était passé à Messine mais sans que l’on puisse avoir des informations plus précises. Dans ce laps de temps, le nombre de blessés (non secourus) a augmenté et des scènes de pillage ont eu lieu.

Le gouvernement italien s’efforce aujourd’hui de rétablir un semblant d’ordre dans un paysage de désolation.

Ordre dans les secours qui commencent à parvenir, trop lentement, du monde entier. Ordre public aussi : de nombreux prisonniers se sont évadés de la prison locale et dévalisent, torturent ou tuent les survivants dans l’espoir de faire main basse sur leurs biens. La loi martiale va sans doute être décrétée afin de pouvoir faire la chasse aux « charognards ».

Je représente aujourd’hui le Président du Conseil dans une réunion au quai d’Orsay, présidée par Stephen Pichon, le ministre des Affaires Etrangères. Nous allons décider ce que la France va proposer d’envoyer sur place. Pour préparer cette rencontre inter-ministérielle (qui associe la Guerre, l’Intérieur, le Quai et même l’Instruction publique…), j’ai un rendez-vous dans deux heures avec l’ambassadeur d’Italie en France.

Je file…

A suivre.

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