9 janvier 1908 : Vuillard, le silence du monde intérieur

Édouard Vuillard 001.jpg Edouard Vuillard

Pour le rencontrer, il ne sert à rien de courir les salons mondains. Les marchands d’art le voient peu, ses amis soulignent sa discrétion. Edouard Vuillard fuit le coup d’éclat, se méfie d’une notoriété qui lui enlèverait sa liberté.

G. Clemenceau qui m’a demandé d’intensifier mes rencontres dans le monde des artistes (« ces gens là voient mieux la réalité que nous ») et de lui faire des comptes rendus des grandes tendances du moment, m’a parlé de Vuillard comme d’un animal mystérieux et méconnu que je devrai poursuivre jusqu’au fond de son terrier.

Je suis donc allé chez ce peintre.

Ambiance bourgeoise, intérieur où le temps s’est arrêté. Vuillard vit avec sa mère. Il la peint quand elle coud, quand elle se lève pour servir le thé, quand elle lit. Il ne quitte plus cette relation qui rend inutile tout envol vers d’autres femmes.

Chaque objet du salon ou de la salle à manger prend de l’importance. Une table, des rideaux, une nappe. Le monde d’un Vuillard fétichiste se restreint à un intérieur chaud et rassurant. L’espace et le temps se fondent sur la toile de ses oeuvres dans des tâches de couleur suggérant les formes et imposant le bien-être comme une évidence.

J’ai pris le thé en silence. Il m’a semblé que toute question serait malvenue, comme un bruit inutile, rompant une harmonie secrète qu’il m’appartenait de deviner.

Quand le soir est venu, j’ai pris congé de mes hôtes. La mère m’a raccompagné, souriante, humble. Quelques craquements de parquet, des froissements d’étoffes de sa robe traînant sur le sol, une porte qui s’ouvre et le retour au monde.

Quand on quitte ce grand artiste, on renaît dans une réalité qui nous paraît brusquement étrange et brutale. La nostalgie s’empare de nous et nous fait regretter ce moment de grâce que seul le tableau, cadeau du peintre, peut nous rendre.

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Vuillard, « L’intérieur Vert »

8 janvier 1908 : C’est le moment d’investir en Chine

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La Chine, un « gâteau » à se partager entre puissances européennes

Un fonctionnaire plein d’idées, un diplomate de talent, un nom célèbre et maintenant un prénom : Philippe Berthelot.

J’ai reçu, ce jour, le jeune sous directeur d’Asie au Quai d’Orsay, fils du scientifique et homme d’Etat Marcellin Berthelot, décédé l’an dernier.

Philippe Berthelot ne tient pas en place dans mon bureau. S’asseyant ou se levant brusquement, le regard fiévreux, son débit verbal accélère au fur et à mesure qu’il expose son (beau) projet. Passionné par la Chine, il souhaite que les pouvoirs publics français s’y organisent comme le font les Anglais.

Ceux-ci entretiennent là-bas trois entités liées entre elles : une banque d’affaire, un organisme de recherche de projets industriels et un groupement d’importation de matériel britannique.

Mon interlocuteur propose donc la création d’une banque franco-chinoise implantée à Pékin ou Shangaï, montée avec les capitaux de la Banque de l’Indochine.

 » Ce serait une banque idéale !  » ne cesse-t-il de marteler, le doigt levé comme un prêcheur.

Pour son projet destiné à favoriser le rayonnement français, il a besoin du soutien du Président du Conseil. Et pour cela, je suis chargé d’étudier sa demande et de proposer une décision à G. Clemenceau.

A priori, je n’aurais pas de raisons de m’opposer à la démarche si la Banque de l’Indochine acceptait d’apporter les capitaux voulus. Or, c’est là que le bas blesse. Cet établissement de financement de l’expansion coloniale, dominé par les grandes banques parisiennes, ne souhaite pas mettre un sou dans « l’aventure franco-chinoise ».

Depuis la révolte des boxers, matée en 1900 par une coalition armée européenne, le pays reste considéré par nos financiers comme peu sûr. Ces derniers investissent donc là bas à court terme, de façon spéculative -sur des projets allemands ou anglais – mais se méfient d’implantations industrielles françaises plus durables.

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Une compagnie de Boxers à Pékin. Cette société secrète chinoise est à l’origine d’une grande révolte contre les occidentaux en 1899 et 1900.

Philippe Berthelot ne comprend pas cette frilosité.

« Rendez-vous compte ! Toute l’Europe prend sa part de gâteau dans cet Empire chinois. Il y a là-bas plein de ressources minières, des voies de chemin de fer et même quelques premières usines. Le pays commence à se rénover sous l’impulsion de sa vieille impératrice Cixi. A la suite de la guerre russo-japonaise d’il y a deux ans qui s’est déroulée – humiliation suprême – sur leur territoire, les Chinois ont pris conscience qu’ils devaient faire des réformes. La cour mandchoue a aboli les concours traditionnels de recrutement des fonctionnaires au profit d’examens modernes. Le système d’éducation est repensé en profondeur. Les finances sont rééquilibrées et le système monétaire sera refondu.

Croyez-moi, c’est le bon moment pour investir en Chine. Ne laissons-pas les Allemands ou les Anglais, voire les Américains, y aller seuls.  »

C’est malheureusement ce qui risque de se passer.

Après que le jeune sous directeur du Quai ait quitté mon bureau, non sans avoir laissé un volumineux dossier sur son projet, j’ai abordé le sujet avec le ministre.

Celui-ci veut bien recevoir personnellement Philippe Berthelot  (« s’il est aussi doué que son père, il a de l’avenir ce garçon ! ») pour parler… d’art chinois. Mais donner la caution de l’Etat pour des investissements d’ampleur dans ce pays, il n’en est pas question.

G. Clemenceau : « La France s’épuise dans ces aventures à l’autre bout du monde. Nous n’avons pas assez d’argent, de personnels, de compétences pour arroser toute la planète. L’énergie et le sang gaulois sont trop rares, gardons les pour l’Hexagone et les défis européens que nous avons à relever ».

Ainsi, la Chine s’éveille … mais sans nous.

7 janvier 1908 : Dans les coulisses d’un remaniement ministériel

Jean François Guyot Dessaigne, ministre de la Justice, est décédé le 31 décembre. L’Histoire ne retiendra sans doute pas grand chose de ce ministre auvergnat – compétent au demeurant – sinon son attachement à l’abolition de la peine de mort.

Son décès est à l’origine d’un remaniement ministériel en ce début d’année. Au poste que j’occupe maintenant, c’est la première fois que j’assiste à la préparation d’une telle opération.

En fait, le débat en sein du groupe des conseillers de G. Clemenceau a porté sur le rôle qu’il convenait de donner ou non à Aristide Briand. Celui-ci souhaite devenir Garde des Sceaux.

Aristide Briand 02.jpg A. Briand

Il commence à devenir un « poids lourd politique », il devient donc potentiellement dangereux pour notre patron.

En lui donnant un ministère régalien, on accélère son ascension vers les premières marches du Pouvoir. En lui refusant, on risque de s’en faire un ennemi mortel. Doué pour les joutes oratoires, il saura exploiter toutes nos faiblesses.

G. Clemenceau apprécie la fermeté dont il a su faire preuve, comme ministre de l’Instruction publique et des Cultes, par rapport aux mouvements des fonctionnaires (grèves, volonté de créer un syndicat). Il a  proposé la révocation du meneur, Marius Nègre et le Conseil des ministres l’a suivi. A la suite de cette révocation, il s’est attiré, à la Chambre, cette phrase assassine de J. Jaurès, son ancien camarade socialiste : « pas vous ou pas ça ! » .

Le patron sait aussi reconnaître les talents de négociateur de ce ministre soucieux de dialogue avec les catholiques dans l’application de la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il pense que le compromis qui semble se dessiner est profitable pour tous et doit beaucoup à la souplesse de Briand.

G. Clemenceau a reçu A. Briand et j’ai assisté à un échange peu commun entre les deux hommes  :

G. Clemenceau :  » Vous allez avoir un ministère prestigieux. J’attends de vous la même loyauté que dans vos fonctions précédentes .

A Briand : mais ma loyauté vous est acquise, vous le savez !

G. C : Justement, elle va être mise à rude épreuve. Je vais vous demander de suivre le sieur Rochette …

A.B. : Le créateur du Crédit minier qui distribue à tour de bras des bons d’épargne …

 G. C. : … qui atteignent une valeur fabuleuse. Exactement. En fait, je suis persuadé que ses bons ne valent rien. Leur hausse n’est financée que par l’apport d’argent frais de nouveaux petits épargnants.

A.B. : Oui, c’est probable; que comptez-vous faire ?

G.C. : Nous allons demander au préfet Lépine de susciter une plainte contre lui. Puis nous allons l’arrêter avant que sa machine infernale ne ruine tous les petits épargnants de région parisienne ou d’ailleurs.

A ce moment là, nous devrons être fermes. Henri Rochette fréquente plusieurs parlementaires. Nombreux sont les hauts fonctionnaires, élus nationaux ou locaux qui ont des intérêts dans son affaire.

A. B. : Bref, vous me confiez là une affaire qui sent la m … !

G.C. : C’est dire la confiance que je place en vous !

A.B. : Mais mon cher ami, vous voudriez me faire trébucher, vous ne vous y prendriez pas autrement ! 

G.C. : Ecoutez, ce sera Lépine qui sera surtout à la manoeuvre. Il encaissera les coups, il adore cela. Sa popularité sera peut-être un peu entachée au final, ce qui le rendra plus docile.

A.B. : Bon, je n’ai guère le choix. Si le portefeuille de la Justice qui se libère m’échappe, beaucoup y verront un désaveu de mon action dans mon ministère actuel.  Je serai fragilisé et les mouvements des enseignants risquent dès lors de s’intensifier.

G.C.(souriant) : Votre analyse est assez juste. Vous ne pouvez donc pas refuser ma proposition.

A.B. (détachant chaque mot) : Je suis plus solide que vous ne croyez.

G.C. (hilare) : Mais je ne doute pas de vous ! Je présente ce soir la nouvelle composition du gouvernement à M. Fallières. Je vous souhaite une pleine réussite. »

Au moment où ils se sont séparés, les deux hommes se sont regardés dans les yeux. Sont-ils ensemble ? L’un va-t-il piéger l’autre ?

La porte à peine refermée, G. Clemenceau m’a glissé :

 » Il a du cran le gaillard. Mais quand nous nous sommes serrés la main en fin d’entretien, la sienne était toute moite !  »

Monde politique cruel.

6 janvier 1908 : Colette , belle, rebelle et talentueuse

 Colette Willy

Le cabinet et les proches collaborateurs du ministre se partagent en deux courants. Le premier est partisan d’une grande fermeté face à l’évolution des moeurs et soutient toutes les initiatives d’interdiction des spectacles et des oeuvres ouvertement érotiques.

La seconde tendance, devenu récemment majoritaire, considère qu’il ne sert à rien de s’opposer à des évolutions sociales profondes -qui peuvent conduire à des oeuvres de qualité-  et qu’il convient seulement d’éviter les atteintes graves à l’ordre public.

Le ministre a puissamment agi pour que cette seconde option l’emporte.

Il fréquente lui-même les salons littéraires qui accueillent une population ne se faisant pas toujours remarquer pour son côté prude.

 Madame Arman de Caillavet

Ainsi, dans le salon de Madame Arman de Caillavet, si l’on croise bien le Président du Conseil ou Anatole France, il faut aussi s’accoutumer à la présence de Colette Willy.

Cette dernière traîne derrière elle un puissant parfum de scandale depuis les représentations en 1907 de « Rêve d’Egypte », finalement interdites par le Préfet de police ou celle de « La Chair », prévue cette année, où la rumeur persistante affirme qu’elle révélera un sein laiteux.

Le ministre s’est mêlé une fois à nos discussions et nous a expliqué l’une des raisons pour lesquelles il souhaitait une position libérale du ministère.

G. Clemenceau :  » Regarder cette Colette Willy. Le Tout Paris ne retient que ses représentations en compagnie de Mathilde de Morny, fille du duc de Morny, demi-frère de Napoléon III . Chacun attend de ces pièces des scènes osées, des poses lascives, des démarches sensuelles et scandaleuses.

Mais la Colette, il faut la connaître un peu mieux ! Oui, elle est belle et ses formes peuvent faire rêver mais surtout, elle a un vrai talent. Le livre à succès, « Claudine à l’Ecole » , ce n’est pas son mari Willy qui l’a écrit. Celui-ci ne sait que faire travailler des « nègres » en leur demandant d’ajouter des calembours ou des paragraphes coquins dans les oeuvres publiées sous son nom. Non, ce style original, cette fraîcheur littéraire, c’est elle et elle seule !

Et que l’on arrête de m’embêter avec la liaison entre Liane de Pougy et l’écrivain américaine Natalie Clifford Barney. Si ces deux femmes ont envie de s’aimer, pourquoi les en empêcher ?

Les femmes n’ont pas le droit de vote parce que nous, les radicaux, nous craignons pour l’instant qu’elles élisent les conservateurs et les ultra-cléricaux.

Grâce à cette Colette et ces autres parisiennes, le sexe féminin montre qu’il a du talent, qu’il sait prendre son indépendance, qu’il aime la vie quitte à choquer un peu. Bref, encore quelques années et une majorité de femmes sera peut-être plus libérale que nous les hommes. Au nom de quoi s’opposer à cette évolution ? Si l’on ne raisonne que d’un point de vue politique, elle est conforme à une bonne part de nos idées.

Dans la salon de Madame de Caillavet, je peux vous dire que les femmes se montrent comme souvent plus drôles, plus spirituelles que bien des hommes ! »

A la suite de cette conversation, nous avons donné des consignes officieuses aux préfets français d’être ouverts et souples par rapport aux oeuvres provocatrices qu’ils seraient tentés d’interdire.

Ce soir, je lis le cycle des Claudine et j’espère rencontrer moi aussi, un jour, cette fameuse Colette Willy.

4 janvier 1908 : Gare aux bacilles !

Dîner avec des savants de l’Institut Pasteur.

Le ministre a tenu à rencontrer personnellement Alphonse Laveran, prix Nobel de médecine 1907. Il m’avait donc demandé d’organiser un dîner en ville avec « ceux qui comptent dans cette prestigieuse maison » dont fait parti ce chercheur de 63 ans.

Laveran 1845-1922.jpg Alphonse Laveran

G. Clemenceau, lui-même médecin, s’est révélé particulièrement à l’aise au milieu des scientifiques invités.

Nous avons parlé des maladies dont on vient d’identifier la cause comme la malaria (due à un parasite protozoaire), la tuberculose (bacille de Koch) et de toutes les maladies (malheureusement les plus nombreuses) dont on continue à presque tout ignorer (comme le cancer).

Hypocondriaque de nature, inculte dans les domaines scientifiques, j’avoue que l’étalage de ces maladies, de leurs causes (souvent répugnantes), de leurs conséquences (forcément dramatiques) et des façons de s’en protéger (toujours contraignantes), m’a coupé l’appétit.

Horrifié, le teint pâle, j’imaginais mon assiette pleine de bactéries, mon verre rempli de microbes diaboliques et mes couverts souillés par on ne sait quelles mains sales de serveurs sans gant.

Mon voisin, le docteur Ilya Ilitch Metchnikov a su me rassurer. Avec son fort accent russe, son regard bienveillant, il m’a expliqué que mon corps contenait un système de défense naturelle, les « macrophages » qui pouvaient lutter spontanément contre les microbes susceptibles de l’attaquer (phagocytose).

Passionné par son sujet et s’exprimant simplement, il m’a même démontré que les bactéries n’étaient pas si dangereuses que cela. « Les fromages en contiennent beaucoup, sans risque pour l’organisme » m’a-t’il affirmé. Ces bactéries, selon lui, prolongeraient même la vie.

Il m’a cité l’exemple des vieux du Caucase qui atteignent des âges remarquables grâce à un consommation effrénée d’une sorte de … lait caillé, préparation appelée en Bulgarie, « yaourt ».

Ah ! J’étais soulagé; tout pouvait donc se régler avec les petits pots en verre plein de bon lait caillé de notre enfance. Foin de médicaments, de traitements compliqués, d’examens médicaux douloureux … Juste un peu de liquide blanc laiteux et nous pouvions envisager une longue vie avec des digestions faciles, un sentiment de bien-être et un sans aucun doute, un sommeil de bébé !

Ce bon docteur Metchnikov, voilà un scientifique comme je les aime.

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Le docteur Metchnikov, par Nadar

3 janvier 1908 : La fin de la guerre des polices ?

Réunion houleuse aujourd’hui au ministère …

 

Celestin Hennion, directeur de la Sûreté générale

 … Il s’agissait, pour le patron de la Sûreté générale, Célestin Hennion et moi (comme représentant du ministre), de présenter aux différents services de police et de gendarmerie, les nouvelles brigades mobiles.

Nous nous attendions , tous les deux, à une rencontre difficile mais pas à ce point.

Les gendarmes ont « ouvert le feu » dès le début. Ils regrettent de ne pas être dotés des mêmes moyens que les nouvelles brigades et ne comprennent pas que leur corps, pourtant national, n’ait pas accueilli en son sein, cette nouvelle police d’élite. Ils  craignent d’être relégués à des tâches subalternes.

Après cette première salve, les « collègues » (si l’on peut dire) de la Préfecture de police, ont sorti un arsenal considérable d’arguments destinés à remettre en cause le décret qui vient d’être signé. « Inapplicable », « injuste » « décidé sans concertation ». Ces messieurs habitués à être les « seigneurs » de la police, ne supportent pas qu’un corps d’avenir puisse voir le jour en dehors de leur maison.

Pour faire bon poids, les représentants des polices municipales locales ont poussé de hauts cris sur l’atteinte portée à leur domaine de compétence. Ils proposent, sans rire, que les brigades restreignent leur champ d’action à Paris et la proche région parisienne.

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Les « Hirondelles », policiers à bicyclette

Calme, sûr de lui, le grand gaillard et ancien policier qu’est Célestin Hennion, a laissé les uns et les autres s’exprimer. Attentif à ce que disait chacun, il a pris quelques notes.

Puis, d’une voix forte, bien timbrée, il a indiqué qu’il allait raconter une petite histoire.

Les participants, un peu surpris, se sont calés dans leurs sièges et le calme est revenu.

 » Voilà un rapport qui m’a transmis ce matin la chancellerie sur une affaire criminelle actuellement couverte par le secret de l’instruction. Je ne pourrai donc pas citer le nom de l’inculpé, que je vais appeler Victor X.

Ce Victor X vient d’avouer au juge avoir commis cinq meurtres de commerçants au cours de ces dernières années. Un à Toulouse, un second à Poitiers, un troisième à Lyon et enfin les deux derniers à Melun et Paris.

Arrêté après le deuxième meurtre, à la suite d’une bagarre dans un bar, par la police municipale de Poitiers (la police locale compte 14 policiers pour toute la ville), il est relâché peu après. Les policiers n’ont pas fait le rapprochement avec le signalement de Victor X, établi par la police de Toulouse.

De nouveau arrêté par la gendarmerie du Rhône, cette fois-ci à la suite d’un vol … de poule, il est une fois de plus laissé en liberté. La gendarmerie croit avoir affaire à un vagabond sans importance et se contente de le sermonner. Elle ne sait pas que notre Victor X a commis, depuis son arrestation à Poitiers, un troisième meurtre, non loin de la place Bellecourt, à Lyon.

Un quatrième meurtre et un cinquième sont à déplorer respectivement à Melun puis à Paris même.

La Préfecture de police arrête Victor X à la suite d’un longue enquête sur … une escroquerie. Lors de l’interrogatoire, Victor X ne reconnaît que ce dernier méfait. Et c’est sur ce seul motif qu’il est déféré au Parquet puis au juge d’instruction.

Heureusement, le magistrat a des contacts avec des collègues de province ; il est frappé par la ressemblance entre Victor X et le signalement de l’auteur des meurtres non élucidés de Toulouse, Poitiers, Melun et Paris. Le criminel a été vu en effet par de nombreux témoins, les attaques de commerçants ayant eu lieu en plein jour.

Il interroge donc longuement Victor X qui finit pas tout avouer.

Voilà, sans la ténacité de ce juge parisien, sans ses contacts personnels dans la magistrature, cinq meurtres seraient restés sans auteur, et un criminel endurci aurait été jugé comme « simple » escroc.

Elle est efficace notre police, vous ne trouvez pas ? Au lieu de nous chamailler, travaillons dans la même direction. Je comprends vos aigreurs mais nos divisions ne profitent qu’aux malfrats. Je souhaite qu’une réunion de concertation ait lieu entre nous tous les mois. Nous finirons bien par mieux collaborer. Qu’en pensez-vous ?  »

La salle était maintenant acquise. Les gendarmes, les policiers de la préfecture… proposaient tous une date proche pour la seconde rencontre et indiquaient qu’ils mettraient à cette occasion, sur la table, des éléments qui pourraient intéresser leurs voisins.

Quand nous nous sommes retrouvés seuls, j’ai demandé à Célestin Hennion quelle affaire criminelle avait-il évoquée. J’étais surpris, au poste que j’occupais, de ne pas en avoir entendu parler.

Il m’a répondu, avec une sourire malicieux, qu’il avait … tout inventé.  » Mais c’est pour la bonne cause. Je n’aurais jamais pu faire travailler ensemble ces lascars sans un exemple concret, vraisemblable, frappant les imaginations !  »

Espérons que ce « pieux mensonge » va faire disparaître, une bonne fois pour toute, la guerre des polices ! 

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Il faudra effectivement rapidement doter notre gendarmerie … d’automobiles

2 janvier 1908 : Promenade parmi les morts

Paul Gustave Dore Raven1.jpg « La Mort » par Gustave Doré

La mort ne sera plus un but de promenade.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, jusqu’à la parution récente d’un arrêté du préfet de police Lépine, il était possible de visiter la morgue de Paris  » dans un intérêt de curiosité « .

Cette démarche malsaine ne sera plus autorisée désormais et les morts pourront commencer à reposer en paix dans ce lieu peu avenant.

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Gabriel von Max « L’Anatomie »

J’avais été frappé, il y a dix ans, par les comptes-rendus sordides, réalisés par la presse de l’époque, sur les conséquences de l’incendie du Bazar de la Charité. Cet événement de sinistre mémoire qui avait provoqué le décès de près de 130 personnes, conduisit des journalistes sans morale à décrire de façon complaisante l’état des cadavres retrouvés par les secours. Dans la mesure où les articles en question étaient publiés sur plusieurs jours, on a pu en déduire qu’un public assez large existait (existe toujours ?) pour lire ces descriptions atroces.

« Incendie du Bazar de la Charité. Le sinistre. »Le Petit Journal. 10 mai 1897. 

L’incendie du Bazar de la Charité, il y a dix ans, a donné lieu à des descriptions journalistiques complaisantes des cadavres retrouvés

Qu’en est -il aujourd’hui ?

Refusons-nous la mort ? L’arrêté du préfet Lépine et le fait que des articles de presse comme ceux de 1897 sur le Bazar de la Charité paraissent, dix ans après, impensables, tendraient à montrer que nous refusons sinon la mort elle-même, au moins les cadavres.

Il faut aussi noter que le Président de la République s’oppose actuellement à toutes les exécutions capitales.

Bref, la mort, sous toutes ses formes, rode mais s’éloigne. Nos médecins nous soignent de mieux en mieux, les enfants mourants en bas âges sont moins nombreux, nos anciens vivent plus longtemps.

Pourtant, nous mourrons tous.  » Pour s’apprivoiser à la mort, je trouve qu’il n’y a que de s’en avoisiner  » disait Montaigne. Nous ne pouvons refuser cette réalité et gagnons à nous y préparer. S’approcher des morts ne serait donc pas si malsain et constituerait une utile préparation philosophique à notre destin commun.

Puisqu’une promenade à la morgue n’est plus possible, il reste le cimetière du Père Lachaise !

Plus calme, moins sordide, un vrai lieu de recueillement … en compagnie de gens célèbres qu’il n’était souvent pas possible d’approcher d’aussi près de leur vivant !

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Le cimetère du Père Lachaise sous la neige

BONNE ANNEE 1908 !

 Lautrec confetti (poster) 1894.jpg Toulouse Lautrec, Confetti

Un grand merci à vous tous, de plus en plus nombreux, qui lisez ce journal depuis près de trois mois. Merci pour votre lecture attentive et exigeante; merci pour vos encouragements à continuer ce récit. 

L’année 1908 s’annonce riche en nouvelles rencontres et en voyages (mon rapport sur la situation à Vienne a été très apprécié de G. Clémenceau, il veut donc m’envoyer dans d’autres capitales).

1908 sera aussi l’occasion de vous parler un peu plus de ma vie personnelle. Je resterai pudique mais … la confiance que m’accordent mes patrons me permet d’avoir une vie pas toujours ordinaire, de voir et connaître beaucoup de choses sur notre époque …

 … mais chut, pour l’instant, continuons à profiter de toutes les bulles du champagne, et savourons ce moment de fête.

Bonne année 1908 !

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Bilan d’une riche année 1907

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La Triple Entente entre la Russie, l’Angleterre et la France, illustration de la presse russe

Pour faire un bilan de cette année 1907, quatre termes viennent à l’esprit:

tensions, apaisement, puissance retrouvée, et modernisation. 

« Tensions et apaisements »

Deux mots contradictoires pour qualifier cette année 1907 qui vient de s’écouler.

– Tensions au Maroc et sur la frontière algérienne. La France est poussée à intervenir de plus en plus dans cette région : les attaques contre nos troupes ou nos ressortissants, conduisent le gouvernement à envoyer des colonnes de renfort pour sécuriser des zones de plus en plus importantes de territoire marocain. Cela se fait sous le regard plus ou moins bienveillant du reste de l’Europe. L’Angleterre et l’Espagne ont obtenu des contreparties aux engagements français. L’Allemagne, en revanche, peine à accepter cette situation et le fait régulièrement savoir. Nous sommes toujours au bord d’un incident avec ce pays au sujet du Maroc. Cela n’est pas sain pour la paix entre les nations. 1908 devra être un année de pacification de la situation. Des actions militaires bien ciblées et une activité diplomatique intense devraient éviter à notre pays d’être engagé dans une aventure dangereuse.

– Tensions dans le monde du travail. Les ouvriers, les vignerons, les électriciens, les garçons de café…chacun revendique, exige plus des patrons et du gouvernement. Les heurts sont fréquents et G. Clemenceau n’hésite pas à faire donner la troupe. Celle-ci peut être amenée à tirer et on déplore dès lors des victimes…sources de nouvelles tensions. La création récente du ministère du travail devrait contribuer à faire baisser l’intensité de ces conflits en rendant l’Etat arbitre et protecteur des faibles au lieu d’être seulement celui qui ramène le calme avec le sabre.

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Depuis 15 ans, les grèves sont de plus en plus dures. On redoute une grève dans les transports de l’ampleur de celle de 1891

 « Apaisement «  dans les relations internationales et en France.

– Le spectre d’une révolution russe s’éloigne quelque peu après les graves événements de 1905. Stolypine a pris les choses en mains et semble vouloir s’attaquer au problème agraire de son pays. Il est grand temps et il n’a pas le droit à l’échec.

– Le système des alliances entre la Russie, la France et l’Angleterre protège notre pays de l’isolement par rapport à la puissante Allemagne. Il décourage la mise en cause, par la force, de nos intérêts et oblige les puissances à trouver des solutions diplomatiques. Attention, ces alliances ne sont valables que si les membres savent agir avec discernement dans leur politique extérieure. Sinon, les erreurs de l’un conduisent les autres dans la même direction. La France devra être vigilante par rapport aux Anglais ou aux Russes qui peuvent être tentés d’accroître leur puissance impériale sans souci des équilibres européens.

– Apaisement des tensions religieuses en France. Il est toujours aussi difficile d’inviter à un même dîner des catholiques intransigeants et des laïcs cachant difficilement leurs penchants anticléricaux ! Pour autant, G. Clemenceau a su mettre un terme aux inventaires des biens de l’Eglise sans renoncer à défendre la séparation stricte d’avec l’Etat. On déplore moins d’affrontements publics entre catholiques et représentants de l’ordre républicain que les années passées. La presse catholique continue à crier « au scandale » (voire le journal « La Croix ») mais n’est plus suivie par la foule des fidèles, rassurée par les intentions pacifiques des pouvoirs publics.

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L’église de France retouve une certaine sérénité face à un gouvernement apaisant. L’église Saint Aspais de Melun

L’autre mot clef de cette année est « puissance retrouvée« .

Les deux prix Nobel attribués au diplomate Louis Renault pour son action à la conférence de La Haye (prix Nobel de la Paix) et au docteur Alphonse Laveran, bactériologiste à l’institut Pasteur et spécialiste du paludisme (prix Nobel de médecine), montrent, s’il en était besoin, que notre pays reste à la pointe des avancées scientifiques. Nous avons sans doute les meilleurs médecins, les meilleurs biologistes et physiciens du monde.

Louis Renault jurist.gif Le juriste Louis Renault, prix Nobel de la paix

Après le conflit de 1870, la France a su se redresser. Elle rattrape l’Angleterre d’un point de vue économique, elle s’investit dans des secteurs d’avenir comme l’automobile. Cela profite à tous et contribuera, nous l’espérons, à l’apaisement des tensions sociales citées plus haut.

La France est aussi une puissance écoutée, respectée. Elle traite clairement d’égale à égale avec l’Angleterre, l’Allemagne ou la Russie.

Sa population ne progresse plus à la même vitesse qu’au début du siècle dernier. L’Allemagne est beaucoup plus dynamique de ce point de vue. D’autres pays émergent et pourraient devenir les grandes puissances de demain, au détriment de la France : la Russie aux mille ressources naturelles et aux territoires immenses, bien entendu, mais aussi et surtout, les Etats Unis, dont la puissance industrielle et financière n’a pas fini, je pense, de nous étonner.

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Les Etats Unis, puissance montante… Un « building » à Boston

La France ne survivra face à ces « empires montants » qu’avec des colonies multiples, à la population nombreuse. Il faut saluer ici les Français qui se battent loin de leurs foyers pour planter dans les endroits les plus reculés de la planète, le drapeau tricolore républicain. Quand ces Français respectent les habitants de ces régions dans leurs droits et leurs traditions, cela honore la Civilisation.

« Modernisation » sera le quatrième mot clef

Modernisation en cours de notre Police qui se dote de brigades mobiles (le décret a été signé aujourd’hui) mieux à même de lutter contre une criminalité qui se joue des limites départementales, situation dénoncée par la presse et crainte par une population qui attend plus de protection de la part de l’Etat.

Modernisation de notre fiscalité qui se dotera peut-être l’an prochain de l’impôt sur le revenu. Pour l’instant repoussé par la Chambre, ce projet apparaîtra un jour, nous l’espérons, comme porteur de plus de justice dans la répartition du fardeau du financement de l’Etat.

Modernisation sociale avec les projets sur la généralisation des pensions de retraite qui doivent vite sortir des cartons si la France ne veut pas être la lanterne rouge des puissances européennes dans la domaine social.

En conclusion, notre puissance française retrouvée ne tiendra qu’avec une volonté sans faille de progrès législatif. Le gouvernement Clemenceau doit « durer » (si les parlementaires pouvaient l’aider dans sa tâche !) et continuer son action de réforme.

Quelques dates clef que nous retiendrons de cette année :

2 janvier : Loi sur l’exercice du culte. Permet de trancher l’attribution des biens de l’Eglise. Elle est mise en oeuvre avec un esprit d’apaisement par la gouvernement.

 7 février : Joseph caillaux, ministre des finances, dépose pour la première fois son projet de loi instaurant l’impôt sur le revenu. Projet repoussé par la Chambre plusieurs fois pendant l’année.

8 mars : Grève des électriciens de Paris. Le gouvernement fait appel aux soldats du Génie pour les remplacer.

19/20 mars :Occupation de Oujda, au Maroc, par Lyautey, après l’assassinat, à Marrakech, du directeur du dispensaire français.

28 mars : Loi assimilant les réunions cultuelles aux réunions publiques. Ce texte permet de garantir, de fait, la liberté des cultes.

9/10 juin : le mouvement des vignerons dans le Midi tourne à l’insurrection. Le gouvernement aura une action très ferme en envoyant la troupe et en arrêtant des meneurs.

15 juin au 18 octobre : 2ème conférence de La Haye dirigée par Théodore Roosevelt. Les conventions internationales sont révisées pour favoriser les solutions diplomatiques dans la résolutions des conflits inter-étatiques.

28 juillet : Les chaussonniers, en grève, de l’usine Amos sont « bousculés » par la troupe : 2 morts, près de trente blessés.

31 août : accord anglo-russe sur la Perse; ce dernier accord confirme la « Triple Entente » anglo-franco-russe.

29 septembre : inondations catastrophiques dans l’Hérault et dans le Gard

1er octobre : ouverture du Salon d’Automne qui reconnaît, enfin, le talent de Cézanne

12 novembre : le parlement approuve par 464 voix contre 54 la politique marocaine du gouvernement

10 décembre : Alphonse Laveran et Louis Renault, deux Français, reçoivent respectivement le prix Nobel de médecine et le prix Nobel de la Paix

1906 - Grève pour les 8 heures.jpg

« Travailler moins, gagner autant » , un slogan qui a de l’avenir ?

29 décembre 1907 : Les sous-entendus du préfet Lépine

 Louis Lépine.jpg Le préfet Lépine

Dernière réunion de l’année à la préfecture de Police.

Rencontre animée comme il se doit par le Préfet Lépine. Ce dernier fait un point sur son action « au service des Parisiens », pour reprendre ses termes.

En cette période de Noël et de fêtes de fin d’année, les marchands et fabricants de jouets font l’objet de toute son attention. Il souhaite continuer à mettre un terme à la multiplication des faillites dans le secteur. Le « concours » qu’il organise maintenant chaque année depuis 1901 a de plus en plus de succès. Au lieu de s’apitoyer sur le sort d’une profession, il la pousse à innover et à proposer de nouveaux articles pour un public attentif au progrès technique.

Sur le front de l’ordre public, le Préfet très aimé des Parisiens déplore toujours que les manifestations -qui sont la spécialité de la Capitale – aient toujours tendance à tourner à l’affrontement. Il affirme qu’il continuera à payer de sa personne pour empêcher les heurts. Au besoin en s’interposant lui-même, comme il l’a déjà fait.

Représentant le Ministre, j’interviens à ce moment. Je souligne l’importance des renseignements glanés en amont des manifestations par la Police pour repérer à temps les fauteurs de troubles, les agités ou les anarchistes. Sur la volonté du Ministre et Président du Conseil, je confirme que les fonds spéciaux destinés à rémunérer les informateurs seront augmentés l’an prochain.

Le Préfet me répond qu’il approuve cette démarche nationale. En revanche, il insiste sur le fait que l’action de la Police doit rester dans un cadre strictement républicain.

Ne comprenant pas bien cette précision qui paraît lourde de sous-entendus, je demande à M. Lépine de me donner des explications.

Dans un large sourire, celui-ci m’indique qu’il ne souhaite pas que Paris soit le terrain d’actions de « provocateurs, pilotés par on ne sait trop qui » . Ces derniers sévissent déjà lors des actions syndicales menées dans certains départements de province, ajoute-t-il.

Surpris par cette réponse venant d’un homme réputé modéré et ne parlant pas à la légère, je préfère me taire et laisser la réunion se dérouler jusqu’à la fin, sans incident.

Lorsque la rencontre s’achève, je glisse au Préfet que je souhaiterais m’entretenir avec lui seul à seul.

M. Lépine me prie de le suivre et me fait installer dans son bureau donnant, par une large vitre, sur la Seine.

 » -Monsieur le Préfet, je suis étonné par vos propos de tout à l’heure. Que vouliez-vous dire… il y aurait des provocateurs dans des manifestations de province, payés par le gouvernement ?

– Monsieur le Conseiller, je ne pense pas que vous trempiez personnellement dans ce genre d’affaires glauques. Mais mes informations de la part de mes collègues de province sont concordantes; il y a des gens assez hauts placés qui jouent avec le feu dans votre ministère. Que l’on souhaite enrayer des mouvements syndicaux volontiers violents visant la grève générale, soit ! Mais cela doit se faire en respectant l’esprit des lois.

Je n’en sais pas plus et ne peut donc en dire plus. J’espère que notre ministre pour lequel j’ai le plus grand respect, n’est pour rien dans tout cela.

– Monsieur le Préfet, je vous assure qu’il ne peut s’agir que d’un malentendu ou de dérives que notre ministre ne cautionne pas.  »

L’entretien porte ensuite sur des sujets plus classiques : répartition des crédits entre lignes budgétaires, remplacement des postes vacants, gardes statiques devant les ministères…

A la fin de l’entretien, M. Lépine me raccompagne avec beaucoup de chaleur et me glisse une phrase qui me fait plaisir :

 » Monsieur le Conseiller, vous êtes l’un de ceux qui ont oeuvré pour que les relations entre le ministre et moi-même soient bonnes. Alors que les propos tenus par G. Clemenceau lorsqu’il était dans l’opposition me laissaient craindre le pire à sa prise de fonction.

Merci de jouer ce rôle de « diplomate » entre nous. Je vous souhaite une carrière brillante et… d’excellentes fêtes de fin d’année « .

Sur ce compliment flatteur venant d’un personnage aussi réputé, je rentre chez-moi pensif. Des provocateurs payés par le ministère agiraient dans l’ombre ? Sur les ordres de qui ? Il faudra que j’aborde ce sujet rapidement avec Etienne Winter, le directeur de cabinet. Je ne supporterais pas de travailler avec une équipe qui se livrerait à de « basses besognes ».

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