8 février 1909 : Faut-il investir dans les emprunts russes ?

Comme convenu, je convoque Arthur Raffalovitch, le financier moscovite payé par l’ambassade de Russie pour « convaincre » les journalistes français de dire beaucoup de bien des emprunts russes.

L’homme se révèle affable, s’exprime dans un excellent français comme nombre de ses compatriotes. Il ne comprend guère l’objet de sa convocation place Beauvau.

– Monsieur le conseiller, j’espère que le gouvernement français ne me reproche rien ?

– Monsieur Raffalovitch, nous cherchons juste à mieux cerner vos activités.

– Les choses sont simples. Nous avons des intérêts communs. La France souhaite se rapprocher de la Russie et construire une alliance défensive contre l’Allemagne. En outre, vos industriels ambitionnent de vendre leurs moteurs, leurs machines ou leurs brevets au sein de l’Empire du tsar qui se développe actuellement à grande vitesse. Pour mener à bien l’essor de notre industrie, nous avons besoin de capitaux, de beaucoup de capitaux, notamment étrangers. Pour cela, nous empruntons aux épargnants français – dont le bas de laine est plein – avec la bénédiction de vos grands patrons qui ont, dès lors, des clients russes solvables, de vos banques qui touchent une commission rondelette sur chaque bon d’emprunt placé.

Il me semblait que votre gouvernement appréciait que l’alliance russe ne coûte rien au niveau du budget de l’Etat…

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La Russie se développe à grande vitesse : « Le Passage », célèbre galerie marchande dans la capitale Saint Petersbourg, située sur l’avenue Nevsky. Photographie début XXème siècle

– Oui, vous analysez bien la situation mais cela n’explique toujours pas ce que vous faites, vous, précisément, Monsieur Raffalovitch ?

– Rien de bien extraordinaire. Je suis… comment dire… un facilitateur. J’aide les journalistes français à trouver les bonnes informations financières pour éclairer au mieux les épargnants français.

– D’après un rapport de police que j’ai sur mon bureau, il semble que vous allez plus loin. Vous versez des sommes d’argent à certains journalistes pour qu’ils disent du bien de vos emprunts ?

– Monsieur le conseiller, il ne faut tout de même pas renverser la vapeur! Votre presse financière exige, pour aborder un sujet, des « dédommagements pour frais ». Si je ne peux rien donner, il n’y aura aucun article sur les émissions d’emprunts russes. Ce sera un mur… du silence. Je suis obligé de payer pour que l’on parle de nous.

– Mais, au moins, vos emprunts sont-ils fiables ?

– Bien sûr! La banque de France est officiellement la représentante du ministère russe des finances. Elle est une garantie de notre sérieux.

– Dans les journaux britanniques comme le Times, il est fait état de votre situation budgétaire fragile, de votre dette publique qui génère des échéances et des intérêts qui dépassent largement vos capacités de remboursement. On parle d’un encourt représentant l’équivalent de plus de 12 milliards de francs or, soit trois fois le budget de la France !

– Mais non, ne vous inquiétez pas… il faut envisager notre situation de façon dynamique. Notre industrie se renforce et va générer, progressivement, des profits importants facilitant les rentrées fiscales à même de renflouer les caisses du tsar. Et à court terme, les afflux financiers venant des nouveaux épargnants français nous permet de payer sans difficultés ce que nous devons… à ceux qui nous ont fait confiance depuis plus longtemps.

– Mais, c’est presque de la cavalerie ?

– Pas du tout… c’est de la gestion habile de notre trésorerie et de notre dette publique. Vous verrez, vous aussi, les Français, un jour, vous ferez comme nous !

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Vladimir Kokovtsov, ministre des finances du tsar en 1909, coordonne les emprunts russes 

5 février 1909 : « L’abominable vénalité de la presse française »

 » Prêter à la Russie, c’est prêter à la France  » nous rappellent les réclames dans nos journaux favoris. L’Empire du tsar, ami de la République française, a besoin de l’argent de nos épargnants : il faut construire des milliers de voies de chemin de fer, des lignes de télégraphe, des fonderies, des aciéries, une industrie chimique, équiper une armée nombreuse…

Les caisses de l’Etat russe sont vides et celles de la France peinent à trouver un équilibre. Pendant ce temps, le bas de laine des Français ne cesse de se remplir : les fonctionnaires, les employés de bureaux, les ingénieurs, les épiciers ou professions libérales épargnent sagement pour pouvoir assurer leurs vieux jours.

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Un bon d’emprunt russe de 200 roubles émis au début des années 1900 et un billet de banque de l’empire du tsar daté de 1898

 » Ce sont les épargnants qui paieront le coût de notre rapprochement avec la Russie  » ne cesse d’affirmer notre ministre des finances Caillaux, soucieux de protéger son budget.

Jusque-là rien de choquant. Les Français peuvent bien placer leur argent où ils veulent.

Personnellement, j’ai acheté plusieurs titres émis pendant les années 1898 à 1905. J’ai fait cela sur les conseils de ma banque, le Crédit Lyonnais, qui m’a proposé cette affaire avec empressement (je sais que les établissements bancaires touchent une commission non négligeable sur les bons qu’ils arrivent à placer auprès de leurs clients).

Jusqu’à aujourd’hui, j’étais parfaitement serein sur la sécurité de ce placement : la garantie apportée par l’Etat français me semble rassurante, la solidité de l’Empire du tsar aussi et les taux d’intérêt versés dépassent ce qu’il est possible d’obtenir avec des bons du trésor.

Le rapport secret de la préfecture de police qui arrive sur mon bureau jette le trouble dans mon esprit.

Ce document ne porte pas sur les emprunts russes eux-mêmes mais sur les agissements d’un certain Arthur Raffalovitch, économiste moscovite distingué, financier habile résidant à Paris. Nous apprenons que ce dernier reçoit, régulièrement, des sommes rondelettes du gouvernement de Saint Petersbourg, versées par son ambassade.

Où va cet argent ?

La liste des destinataires est précise : M. A… journaliste au Petit Parisien, M. N… rédacteur au Temps, M. V… spécialiste de la bourse au journal l’Eclair, M. R…. rédacteur en chef adjoint du Journal des Débats etc…

Je retrouve dans cette énumération une bonne part des signatures de la presse française. En face des sommes versées, toutes d’un montant significatif, je peux lire la liste des articles parus dans les journaux et présentant les emprunts russes sous un jour favorable.

La note blanche de la préfecture me signale même que M. Raffalovitch se plaint amèrement à son correspondant, le ministre des finances du tsar Vladimir Kokovtsov, de « l’abominable vénalité de la presse française ». En effet, sa tâche est rendue difficile par les tarifs des rédacteurs qui ne cessent d’augmenter : manifestement, les « plumes » disposent d’autres sources de financement possibles et font grimper les enchères.

Voilà, tout cela n’est pas très ragoûtant. Je décide donc de faire convoquer ce fameux M. Raffalovitch pour qu’il m’en dise un peu plus sur ses activités.

A suivre…

4 février 1909 : Clemenceau est-il méchant ?

– Ne craignez jamais de vous faire des ennemis. Si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait.

Je cite toujours cette phrase de Clemenceau quand on me demande ce que je pense de lui, moi, son collaborateur au quotidien.

Dans les conversations entre amis le soir, chacun cherche à savoir qui est l’homme de pouvoir au quotidien.

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Georges Clemenceau : la photographie et la caricature

Les questions venant de collègues fonctionnaires sont plus précises et plus insidieuses que celles des médecins, des avocats ou des journalistes. Les gens des ministères supportent assez mal ce Président du Conseil pressé d’avoir des résultats, opposé farouchement au droit de grève des agents de l’Etat, partisan d’une discipline de fer. Des phrases amusantes mais finalement maladroites leur ont été rapportées :

– Les fonctionnaires font d’excellents maris. Quand ils rentrent le soir à la maison, ils ne sont pas fatigués et ils ont déjà lu le journal.

Scandale ! Ce bon mot m’est resservi dès que je réclame une note tard le soir à une administration centrale, dès qu’un chef de bureau doit prendre sur son dimanche pour boucler un dossier pour la Chambre. L’un d’entre-eux m’a même dit, à voix basse dans un couloir :

– On ne peut diriger une administration en méprisant ceux qui la font tourner.

Le propos est moins bien troussé que ne pourrait le faire Clemenceau mais on sent bien là l’état d’esprit de ceux qui servent le Patron… mais de loin.

– Et pour ceux qui sont tout près, comment cela se passe ?

Clemenceau est bourru mais finalement très chaleureux. Il exige une loyauté à toute épreuve, une fidélité sans faille mais sait rendre ce que l’on donne. Il assume nos bêtises, nous protège des mises en cause personnelles, et surtout, il nous mène à la victoire. Nous travaillons dur à ses côtés mais pour résoudre des crises dont nous sortons victorieux. Son habileté manoeuvrière, son sens stratégique, nous évitent beaucoup de déconvenues.

Notre labeur n’a d’égal que le sien. Levé aux aurores, couché tard, il épluche ses dossiers avec soin. Il lit attentivement notre production et commente nos propositions de décisions pour mieux éclairer les siennes. Avec lui, le cap est clair, la ligne directrice est connue de tous. Il explique ce qu’il veut et encore plus ce qu’il ne souhaite à aucun prix.

Attentif à nos vies personnelles (il est de bon ton qu’elles restent discrètes), il est le premier à exiger que nous rentrions chez nous pour nous occuper du petit dernier ou pour souhaiter l’anniversaire de notre épouse dont il demande aimablement des nouvelles.

A ses côtés, nous sommes loin du « tombeur de ministères », de l’homme politique redouté. Mais nous devons nous méfier :

 » Quand on a du caractère, il est toujours mauvais !  » dit-il pour s’excuser de ses colères. C’est vrai qu’il peut claquer une porte de rage, qu’il est capable de jeter à la tête de l’un de ses conseillers un dossier mal ficelé. Ses courroux, ses derniers temps, se font plus rares mais n’en sont que plus redoutés par l’ensemble de notre équipe.

« De quelle humeur est le Patron ? » Combien de fois ai-je posé cette question, inquiet, au directeur de cabinet Winter avant de franchir la porte du bureau de Clemenceau ?

Le Tigre reste un homme de grande culture, qui nous pousse à nous intéresser à beaucoup de domaines en dehors de la matière administrative. Passionné de civilisation grecque, il en impressionne plus d’un par ses connaissances sur ce berceau de notre civilisation. Même son ennemi Poincaré s’exclame :  » On dirait qu’il a vécu à l’époque de Démosthène ! »

Proche des artistes (Rodin, Monet…), il n’hésite pas à passer un moment de la journée avec l’un d’entre eux, pour l’aider, le soutenir dans son inspiration. En fin de semaine, il passe parfois à Giverny et s’éloigne ainsi du tumulte parisien.

Voilà, chacun a compris que j’ai de l’affection pour mon Patron.

Dans la mesure où je sais qu’il peut, à tout moment, être désavoué par la Chambre et que son gouvernement est susceptible de tomber sur un simple ordre du jour défavorable, j’ai en tête cette remarque qu’il me faisait un soir :

 » En politique, on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables !  »

Moi qui aspire à une longue et belle carrière dans ce passionnant ministère de l’Intérieur, je ne souhaite qu’une chose : que, pour une fois, il se trompe ! 

3 février 1909 : Gide prépare une énorme provocation

 » Je reste un incompris. On pense que je fais l’éloge de la pureté, de l’oubli de soi, de l’attirance pour la méditation religieuse. On espère que j’ai tourné la page de l’Immoraliste avec cette austère Porte Etroite.  »

J’évoque ce midi avec André Gide le contenu du premier numéro de la Nouvelle Revue Française, la Nrf, paru il y a deux jours.

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L’écrivain André Gide lancé dans l’aventure de la Nrf en février 1909

La brochure remporte déjà un franc succès qui dépasse les cercles littéraires habituels. Chacun lit, commente, annote ce document qui répond à une attente d’un public devenu réfractaire aussi bien à des expériences littéraires qu’il ne comprend plus qu’aux oeuvres néo-romantiques ou naturalistes sans originalité.

Place à une littérature appétissante mais exigeante :  » L’effort ne remplace pas le don mais il l’exploite. Il n’éteint pas la spontanéité mais la relègue, si l’on peut dire, à la surface de l’oeuvre.  » Dans ses Considérations qui servent de préface au document, Jean Schlumberger fixe les règles, les exigences esthétiques auxquelles doivent se soumettre les écrits publiés dans la Nrf. On ne refuse pas un certain classicisme mais celui-ci doit être novateur, ambitieux d’un point de vue littéraire. La qualité du style est une ardente obligation mais ne doit pas se transformer en exercice vain, désincarné, éloigné de la vie.

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Gide est le premier à se soumettre à l’exercice et publie la première partie de La Porte Etroite. Livre évoquant un amour impossible entre deux jeunes gens attirés par le mysticisme, la ferveur religieuse et le don de soi à Dieu et refusant, à ce titre, l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre.

 » C’est vrai que les lecteurs sont lassés par les trop nombreux ouvrages décrivant la médiocrité de la vie bourgeoise ou se contentant de dénoncer telle ou telle réalité sociale. Les pages que je viens de composer semblent élever l’âme et justifier l’investissement chrétien. On se laisse bercer par une musique envoûtante des phrases qui raisonnent comme des chants très purs dans une église. Pourtant, il n’en est rien. Je souhaite autant réfléchir sur Dieu… que sur la pédérastie. Le sacrifice de mon héroïne attirée par la sainteté m’attire autant que des plaisirs défendus, des transgressions morales et des perversités refoulées. Même le style de l’oeuvre peut changer à l’avenir ; je réfléchis à d’autres rythmes, d’autres façons de composer. Il ne faut pas enfermer la littérature dans des habitudes ou une cage dorée. »

Impossible Gide. Son souci de perfection a failli rendre fous l’éditeur et l’imprimeur. Il ne peut admettre une coquille, un espace ou une virgule mal placés. Il corrige et recorrige encore les épreuves avant impression.

Attachant Gide. C’est lui qui mène la danse dans cette aventure qui commence avec la Nrf. A ses côtés, Jacques Copeau, André Ruyters et Jean Schlumberger forment une garde rapprochée souhaitant conquérir une vraie place dans la littérature française de ce début de siècle. Gide prend des contacts avec des inconnus prometteurs : Paul Valéry, Jean Giraudoux, Léon Blum, Paul Claudel ou un poète de Pau qui signe « Alexis Léger ».

Avant de me quitter, il lâche ces derniers mots :

– Je pars bientôt pour Rome. Je veux oublier La Porte Etroite. Mon prochain livre doit être un dépaysement radical ; je souhaite dérouter mes lecteurs, surprendre voire choquer ceux qui commencent à m’admirer. Je prépare une provocation énorme, vous entendez, ENORME ! « 

1er février 1909 : Franz Kafka, fonctionnaire modèle

« La jeune ouvrière de l’usine de porcelaine descend l’escalier de fer avec une énorme pile d’assiettes. C’est la fin de la journée, la cloche de la fermeture va bientôt retentir. Soudain, elle trébuche. Pour rattraper la vaisselle qui s’apprête à tomber, elle se penche en avant dangereusement et c’est la chute. »

Société à visiter. Risque à reconsidérer.

D’une écriture souple et rapide, le secrétaire de la Compagnie d’assurances contre les accidents du travail du royaume de Bohême, annote, en allemand, le dossier de sinistre qui lui passe entre les mains. A lui de proposer une décision à son chef, l’inspecteur principal Eugen Pfohl : refus motivé, remboursement immédiat, enquête à faire pour réévaluation du risque…

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Prague, photographie hiver 1909

Pfohl s’impatiente un peu :

– Vous pensez avoir fini vos dossiers avant votre départ à deux heures, monsieur Kafka ?

– Monsieur le principal, vous savez que je ne quitte jamais mon service avec du travail en retard. J’apprécie trop mon emploi à « fréquentation simple » (je suis libre les après-midi) pour me mettre dans une situation où l’on pourrait me faire des reproches.

Le ton du chef de service se fait plus paternel :

– Franz, ne vous inquiétez pas, votre conscience professionnelle est reconnue et vos rapports de visites sur place des fabriques pragoises restent un modèle de clarté et de concision. Votre esprit de synthèse et la perspicacité de vos analyses impressionnent favorablement la direction qui pense à vous promouvoir comme rédacteur. »

Il est maintenant deux heures de l’après midi. Le fonctionnaire modèle Kafka range son encrier, plie ses manchettes de lustrine et ferme la sangle de la pochette du dernier dossier du jour. Il enfile son manteau sombre et ses gants de cuir, visse son chapeau melon en faisant attention de ne pas trop décoiffer ses cheveux très noirs.

En descendant l’escalier de bois plus prestement que l’ouvrière de l’usine de porcelaine, il sourit déjà en imaginant la tête joyeuse de son ami Max Brod qui l’attend, comme chaque jour, patiemment, devant la Tour poudrière de Prague.

Max : l’ami, le frère, le double, celui qui le pousse à écrire, qui le console de ses peines et l’aide à supporter les contraintes de la vie.

Franz est toujours en retard. Avec un sourire enjôleur, dès qu’il le rejoint, il tend la main à son ami moins élancé que lui et, sans le lâcher, le pousse à marcher d’un bon pas vers le café Arco.

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Le café Arco en 1909

Les deux amis ont faim. Le cafetier Josef le sait et a déjà préparé des bières, deux saucisses et du chou. Tout cela disparaît des verres et des assiettes en quelques instants. Max et Franz échangent, la bouche pleine d’idées neuves, sur les derniers poèmes de Werfel. 

Franz passe de l’enthousiasme à la tristesse :  » ce qu’il écrit est diaboliquement génial, ce qu’il récite le soir, devant nous tous, me donne la chair de poule. Sa voix me charme, ses textes me fascinent. Je ne serai jamais capable de faire comme lui.  » 

Brod pose doucement la main sur le poignet de Kafka :

 » Ne cherche pas à être lu, écrit pour toi, jette sur le papier le produit de ton imagination ô combien fertile. Laisse courir ta plume pour qu’elle reproduise toute seule le monde bizarre qui remplit ton esprit. Oublie ton administration et la logique juridique, laisse le roman fantastique qui est en toi t’étourdir. Je serai ton premier lecteur et je te guiderai.  »

Kafka avale une dernière gorgée de bière, son regard embrasse les convives du café, les passants dans la rue. Ils pourraient être les personnages d’un récit ? Mentalement, son oeuvre semble un instant prendre forme par morceaux successifs mais fragiles, elle se construit… puis s’effondre à nouveau.

D’une voix blanche, il confie à Max :  » Non, décidément, je n’y arriverai jamais.  »

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Le café Arco, à Prague en 1909

29 janvier 1909 : Il faut savoir bien commencer une grève

 » J’en ai un peu assez de cette réputation de briseur de grèves ! »

Clemenceau tapote nerveusement la table avec ses doigts et continue :

– L’opposition de droite essaie de me donner une réputation de faux dur et la Cgt fait croire que je suis l’assassin de la classe ouvrière. La vérité est plus simple : je m’efforce d’éviter les troubles importants à l’ordre public et je favorise un règlement pacifique des conflits sociaux en décourageant les agitateurs. La France n’a vraiment pas besoin d’une révolution pour l’affaiblir à nouveau.

Il se retourne brusquement vers moi :

– Pour le conflit de Mazamet, dans le Tarn, vous laissez les ouvriers délaineurs démêler leur conflit avec leurs patrons. Nous essayons de ne pas nous en mêler et nous incitons chacun à rester calme et constructif. Dans cette région, les employés sont très liés à une église catholique qui soutient leurs revendications sociales et votent tous pour le baron Reille, député conservateur.

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Le travail de la laine dans les usines à Mazamet en 1909

Autrement dit, à Mazamet, nous ne sommes pas au bord du « grand soir » et on devrait pouvoir trouver une issue heureuse au conflit. Je compte sur vous pour y veiller !  »

Le lendemain, le préfet du Tarn est dans mon bureau pour prendre les consignes du ministère. Je donne des recommandations de modération. Le haut fonctionnaire s’étonne :

– Mais je ne vais pas disposer de régiments de dragons ?

– Peut-être, le cas échéant, on verra… mais juste pour préserver les usines de la vallée de l’Arnette. Nous devons nous montrer à l’écoute, compréhensifs. Le gouvernement favorise actuellement la prise de pouvoir de dirigeants modérés au sein de la Cgt. Il faut donc éviter tout ce qui peut être perçu comme des provocations. Le déploiement de l’armée serait vécu comme de l’agressivité de notre part.

– En fait, ce sont des familles entières qui sont mobilisées, qui partagent en chantant les mêmes soupes le soir et défilent derrière les drapeaux syndicaux.

– Efforcez-vous de protéger les enfants et faites en sorte qu’ils aillent chez des parents de villes voisines. Si les choses tournent mal, il faut qu’ils restent à l’écart.

– Oui, mais si je n’ai aucune force armée pour mener à bien ma mission, pour pacifier la ville…

– Ecoutez, monsieur le Préfet, faites comme votre collègue de Paris, Louis Lépine. Lui, il va directement au contact des manifestants, il parlemente, négocie, avance, recule, louvoie et toujours avec une pointe d’humour et une grosse dose de bon sens.

– Monsieur le conseiller, le Tarn, ce n’est pas Paris. Chez nous, les ouvriers ont un peu perdu le sens de l’humour -comme vous dites- en raison de conditions de travail très dures. Le délainage des peaux de mouton reste un métier ingrat : très physique, des odeurs parfois difficilement supportables… Les grévistes n’ont plus de ressources et ne se sentent pas écoutés par les patrons locaux qui ne semblent pas avoir peur du rapport de force.

– Je suis sûr que vous allez y arriver. Attendez-vous à la visite du leader Cgt Griffuelhes et même sans doute à celle de Jaurès.

– Là aussi, il risque d’y avoir des incidents… Même pas un petit régiment de dragons pour m’aider ?

– Non, prenez les gendarmes locaux qui sont connus de tous… et allez voir les familles grévistes.

– La soupe avec eux tous les soirs (le préfet semble retrouver le sourire) ?

J’observe son ventre bien rebondi.

– Pour un bon vivant comme vous ? A vous de voir le régime qui vous convient le mieux !

Le préfet et moi, nous nous séparons en riant. Il faut savoir bien commencer une grève.

27 janvier 1909 : Cyrano de Bergerac plus fort que la mort

 » Dédaignant d’être le lierre parasite, lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul, ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul  » : petite leçon de vie toute simple d’un grand monsieur qui vient de nous quitter. Coquelin aîné n’est plus. Cyrano de Bergerac qu’il avait créé disparaît un peu avec lui. Nous aurons des difficultés à imaginer un autre que lui pour jouer ce rôle dans cette pièce fameuse d’Edmond Rostand.

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Coquelin aîné, un de nos plus grands acteurs français

M. Charley, administrateur général de la Porte-Saint-Martin, est effondré. Coquelin aîné -on l’appelait ainsi pour le distinguer de son frère comédien lui aussi – répètait actuellement avec toute la troupe une autre oeuvre de Rostand promise aussi à un franc succès : Chantecler.

Depuis quelques jours, Coquelin, âgé de 68 ans, atteint d’une angine de poitrine, devait se reposer. Il était parti dans la maison de retraite des artistes qu’il avait fondée à Pont-aux-Dames. Il donnait des nouvelles régulièrement par téléphone et chacun espérait qu’il allait pouvoir vite remonter sur scène.

La terrible nouvelle est tombée ce matin. Une mort qui désole le Tout-Paris. Certains rappellent qu’il avait été l’ami républicain de Gambetta et de Waldeck Rousseau, d’autres préfèrent évoquer son courage quand il avait joué la pièce controversée « Thermidor » sous les huées et les projectiles d’une partie du public qui n’avait rien compris au sens de la pièce.

Coquelin avait érigé la liberté en principe. Il admettait la contrainte du travail bien fait mais pas celle des convenances et des traditions. Il avait rompu avec une Comédie française trop conservatrice et soumise aux volontés du Pouvoir à son goût. A la Porte-Saint-Martin, il ne rendait compte qu’à son public adoré et pouvait monter les oeuvres qu’il voulait.

Elu à la tête de l’Association des Artistes d’art dramatique, il faisait prendre conscience aux pouvoirs publics et à l’opinion des difficultés du métier de comédien. 

Son fils, acteur lui aussi, est venu le rejoindre et regarde son père allongé sur son lit de mort. Le jeune homme détaille chaque trait du visage de légende qui semble détendu et prêt à s’éveiller à nouveau. 

En un instant, la vue troublée par les larmes, il imagine, dans un rêve fou, l’artiste se lever à nouveau prestement et faire un dernier pied de nez à la maladie. Il repense un dernière fois à Cyrano et à une mémorable scène de duel.

Dans un éclat de rire sonore et plus puissant que la mort, le fantôme bondissant de Coquelin s’exclame :  » Je quarte du pied, j’escarmouche, je coupe, je feinte… Hé là donc ! A la fin de l’envoi, je touche ! « .  

26 janvier 1909 : 1500 vies sauvées par la TSF

1500 personnes viennent d’être sauvées d’une mort certaine grâce à la télégraphie sans fil.

Que s’est-il passé ?

En cette froide nuit tombante de fin janvier 1909, le paquebot anglais « Republic », de la White Star Line, s’éloigne à vitesse moyenne des côtes américaines, en plein brouillard. Il se dirige vers l’Europe.

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Le Republic, paquebot transatlantique de la compagnie White Star Line, est équipé de la Tsf

En sens inverse, vient le navire italien « Florida » qui achève sa traversée de l’Atlantique nord.

Les deux navires avancent avec une visibilité quasi nulle, l’un des deux (l’enquête devra déterminer lequel) a quitté la route réglementaire séparant les navires allant vers les Usa de ceux qui en reviennent, dispositif permettant d’éviter les collisions.

Vers huit heures du soir, le Florida éperonne le Republic après avoir tenté une manoeuvre aussi vaine que désespérée pour l’éviter. Le choc est particulièrement violent et quatre passagers sont tués sur le coup.

Les voies d’eau du « Republic » se révèlent très importantes et noient rapidement la salle des machines.

Heureusement, le télégraphiste a le temps de remettre en état sa station Tsf endommagée par l’accident et lance un message CQD (Come Quickly Distress) message de détresse encore adopté par tous les opérateurs travaillant sur matériel Marconi, malgré la nouvelle norme internationale qui préconise le signal SOS (trois points, trois traits, trois points en alphabet Morse).

Le message indiquant la latitude et la longitude des navires en perdition, est capté par d’autres vaisseaux de la White Star Line possédant aussi la Tsf et par une frégate garde-côtes évoluant à proximité. Ces derniers se déroutent immédiatement pour porter secours.

Finalement, la totalité des passagers des deux navires entrés en collision sont embarqués à bord du « Baltic », gros vapeur allemand appartenant aussi à la White Star. Au moment où le dernier naufragé rejoint le pont du Baltic, le Republic disparaît définitivement, happé par les flots noirs et glacés de l’Atlantique.

La Tsf vient de préserver 1500 vies.

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Affiche de la White Star Line, compagnie anglo-américaine réputée très sûre qui a signé, le 31 juillet 1908, pour la construction de deux nouveaux paquebots géants

Le lendemain, au siège de la White Star, au 30 St James Street, à Liverpool, le Président directeur général, Joseph Bruce Ismay, jette quelques notes sur un carnet :

 » On voit bien que la sécurité des navires mérite d’être entièrement repensée. Il est important aujourd’hui de bâtir des coques rendant les bâtiments insubmersibles et de doter les équipages de moyens modernes de transmission pour faire venir les secours en cas de difficultés. A l’opposé, les canots de sauvetage,  inefficaces et désuets, qui occupent, de surcroît, une place inutile sur les ponts, doivent être réduits en nombre. Ainsi, un maximum de surfaces pourra être libéré pour une utilisation commerciale. Il convient d’appliquer ces principes aux deux gros navires en chantier de notre compagnie, depuis le contrat signé le 31 juillet 1908, transatlantiques qui promettent d’être les plus beaux du monde : l’Olympic et le Titanic. »

23 janvier 1909 : Cafouillage dans le contre-espionnage

Résumé des épisodes précédents : Fausse affaire d’espionnage, vraie « bavure » des services. Non, le sieur Gilbertas, arrêté il y a quelques jours, n’a pas dérobé des plans et des croquis ultraconfidentiels d’un cuirassé français ; non, l’Allemagne n’aura pas de secrets de fabrications de nos navires de la part d’un type qui se révèle être un déséquilibré et un affabulateur mais certainement pas un agent de l’ennemi. Après avoir fait le point avec le ministre de la Marine qui a découvert que l’affaire était bidon, je suis chargé de convoquer Célestin Hennion, directeur de la Sûreté à laquelle est rattaché depuis 1899 le contre-espionnage français.

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Célestin Hennion, directeur de la Sûreté et le Président du conseil, ministre de l’Intérieur Georges Clemenceau

Episode 3  : Un savon pour le directeur

Quand il rentre dans mon bureau, ses rides se creusent et son regard reste dur. C’est une main ferme mais moite qu’il m’a tendue. Ma tâche n’est pas évidente. Je dois dire le mécontentement du ministre à un homme pour lequel j’ai de l’admiration. C’est lui qui a mis en place les brigades mobiles, c’est aussi lui qui avait déjoué habilement un attentat contre la tsarine en 1901 et un autre contre Alphonse XIII roi d’Espagne en 1905. Droit, gros travailleur, « réformateur judicieux » comme le dit Clemenceau. Un grand policier, un grand bonhomme.

Et pourtant, ses services sont à l’origine d’un cafouillage qui nous plonge, vis à vis de la presse et de l’opinion, dans le ridicule. Quelle idée d’avoir laissé annoncer l’arrestation d’un homme pour espionnage alors que rien n’était confirmé ? Pourquoi ne pas avoir fait expertiser plus rapidement les documents litigieux trouvés à Vichy ? Comment expliquer l’absence de réaction des services à l’annonce -il y a déjà plusieurs semaines – par les arsenaux que des documents sur le cuirassé Voltaire avaient, eux, bel et bien disparu ?

Mes propos sont prudents, factuels. J’exécute ma tâche délicate sans en rajouter. Mon ton est respectueux vis à vis d’un homme qui a fait beaucoup pour notre pays et ne peut répondre de tout.

Constatant mon absence d’arrogance, Célestin Hennion se détend et commence à expliquer, avec calme, la situation du contre-espionnage français :

– La situation des services concernés n’a jamais été examinée que sous l’angle politique. Après l’Affaire Dreyfus, le « faux Henry » et l’absurde dossier secret établis par le service de renseignement militaire, section des statistiques, il a été décidé de séparer le contre-espionnage de l’armée. Le ministère de l’Intérieur qui savait gérer, lui, une procédure judiciaire, paraissait tout indiqué pour récupérer cette mission.

C’est donc la Sûreté générale qui a été chargée de protéger notre territoire contre les visées secrètes de l’ennemi.

Au départ, les commissaires spéciaux, au nombre de 200 environ, ont été rattachés à un contrôleur général des services de la surveillance du territoire puis, à partir de 1907, aux brigades mobiles, dont je suis à l’origine.

Je me risque à une question :

– Et tout cela fonctionne comme vous l’entendez ?

– Non, pas du tout. Les commissaires spéciaux sont trop peu nombreux et ne font pas que du contre-espionnage. Ce ne sont pas des policiers professionnels de la question. Ils ne connaissent ni les affaires militaires (l’armée préfèrerait se couper un bras plutôt que de les former), ni les procédés industriels. Bref, les secrets militaires et industriels ne sont pas protégés par des spécialistes.

Vous ajoutez à cela les traditionnelles rivalités entre services : le service de renseignement de l’armée n’a toujours pas digéré de ne plus avoir de compétences dans les affaires intérieures ; la préfecture de police -distincte de la Sûreté – s’est dotée d’une cinquième section des Renseignements généraux qui fait le même travail. Nous ne sommes pas très au clair non plus sur la mission exacte de la police des Chemins de fer ou sur celle du « service officiel » (contrôle postal)… en définitive, tout cela forme un joyeux fouillis qui favorise les bévues comme celle de Vichy.

– Bref, c’est au ministre de mettre de l’ordre là-dedans… avant de s’en prendre à vous ?

– Monsieur le conseiller, je n’osais pas le formuler aussi directement mais maintenant que vous le dites…

Nous nous séparons bons amis. Officiellement (c’est ce que je répèterai au Patron), le grand policier a reçu un savon. Cela aura été un savon… très doux.

22 janvier 1909 : « Espion, lève-toi ! »

Episode 1 L’arrestation de l’espion

L’homme est élégant, de mise soignée, beau parleur, il plaît aux dames. Dans l’hôtel de Vichy où il est descendu, on le connaît sous le nom de Raphaël Dufraisse mais quelques rues plus loin, dans un autre établissement, il se faisait appeler Théophile Vallore.

Son déjeuner pris, il quitte le restaurant de la Gare, rue de Paris. En partant, il laisse tomber une lettre pas encore cachetée qu’il vient d’écrire. La bonne de l’établissement la ramasse quelques heures plus tard au moment de faire le ménage et la remet au directeur.

Ce dernier découvre, avec surprise, un courrier destiné à un amiral allemand, rédigé pour moitié en français et pour l’autre moitié dans la langue de Goethe. La seconde page est un bordereau relativement incompréhensible et trois autres feuilles sont couvertes de croquis et de plans en coupe, représentant les tourelles d’un cuirassé qui vient d’être construit à Toulon : le Voltaire. 

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Le tout nouveau cuirassé Voltaire, lancé à pleine vitesse…

Le sang du chef d’établissement ne fait qu’un tour : il confie le tout à la gendarmerie. Cette dernière examine les documents et saisit la brigade mobile la plus proche, compétente en matière de contre-espionnage.

Le lendemain matin, au moment où notre individu (qui s’appelle en fait Jean-Pierre Gilbertas, originaire de Courpière dans le Puy-de-Dôme) s’apprête à monter dans un train pour rejoindre Paris, cinq commissaires spéciaux de la Sûreté procèdent à son arrestation. 

Ils l’entourent dans la salle d’attente de la gare et bloquent toutes les issues. Le divisionnaire s’approche de Gilbertas et lui dit :

– Pas un geste mon gaillard, tu es en état d’arrestation. Espion, lève-toi !

Episode 2 Le ministre de la Marine dans mon bureau

Alfred Picard, notre nouveau ministre de la Marine, est assis en face de moi, je lui explique rapidement la situation :

– Monsieur le ministre, voilà une affaire d’espionnage qui arrive au plus mauvais moment. Nous essayons de faire voter 800 millions de crédits nouveaux pour votre Marine, soit un cinquième du budget de l’Etat. Les parlementaires vont s’exciter sur cette lamentable bévue de vos services. L’état-major me confirme que des plans du cuirassé Voltaire ont bien disparu de vos bureaux d’étude.

– Monsieur le conseiller, pouvez-vous me montrer les documents à l’origine de l’arrestation de Gilbertas ?

Je lui tends la liasse. Homme d’ordre, polytechnicien, haut fonctionnaire reconnu, Picard examine les feuillets un par un pendant dix bonnes minutes.

Au fur et à mesure de sa lecture, son visage, jusque-là un peu pâle, s’éclaircit et un sourire commence à poindre sur ses lèvres minces. Il jette enfin le tout sur mon bureau et s’écrit :

– Monsieur le conseiller, c’est peut-être le bazar dans ma Marine, mais vos services de contre-espionnage de la Sûreté ne valent guère mieux. N’importe quel individu doué en dessin peut confectionner les documents que je viens de lire. Ils ne présentent aucun intérêt stratégique et peuvent être réalisés… en regardant à l’oeil nu le cuirrassé Voltaire lorsqu’il sort de nos arsenaux. Tout cela est bidon!

A suivre… 

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