26 février 1911 : Cherche ministre des Affaires Etrangères

Le complot avait pourtant échoué.

Petit rappel des faits : Il y a trois jours, les députés Malvy et Meunier ont monté en épingle une nouvelle « affaire des congrégations ». Laïcs pointilleux, gardiens sourcilleux de la loi de 1904, ils ont interpelé, à la Chambre, Briand de façon véhémente. Ils l’ont accusé de mollesse dans la lutte contre les établissements religieux établis en Belgique ou ayant changé leur nom et leurs apparences pour « contourner » la loi. Plus grave, ils ont mis en cause mon patron pour avoir laissé un collège de ce type, ouvert dans sa circonscription sur Saint-Étienne.

Aristide Briand s’est bien défendu, notamment en insistant sur le fait que l’on ne peut pas fermer des structures en cours d’année sans pénaliser gravement les enfants. Il a fini par obtenir une courte majorité de 258 voix contre 242.

Bref, un complot minable et raté, mené par des radicaux aigris, déterrant une hache de guerre qui n’intéresse plus guère les Français.

Malgré sa victoire à l’arrachée, coup de théâtre : Briand a décidé de raccrocher les gants. Il vient d’envoyer une lettre de démission au Président de la République indiquant qu’il estime ne plus avoir suffisamment la confiance de tous les Républicains pour mener ses réformes, dans un climat de détente et d’apaisement et aussi de laïcité tolérante.

Retour à la case départ, la France n’a plus de gouvernement ; les ministres démissionnaires expédient les affaires courantes.

Depuis hier, je ne cesse de me rendre à l’Élysée pour conseiller le Président Fallières sur la constitution du nouveau Ministère. Sur les conseils de mon mentor Clemenceau, j’ai réussi à neutraliser les ambitions du puissant chef du parti radical Berteaux et du non moins puissant Joseph Caillaux. Ils auront tous les deux un gros portefeuille (la Guerre pour le premier et naturellement les Finances pour le second) mais pas le Présidence du Conseil.

Celle-ci ira à Ernest Monis, sénateur roué mais effacé, homme de consensus, sentant le sens du vent, qui ne fera pas d’ombre aux poids lourds de son gouvernement mais empêchera, en étant là, leur ambition de trop se déployer.

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Ernest Monis, nouveau Président du Conseil

Nous cherchons actuellement désespérément un nouveau ministre des Affaires Etrangères. Au grand désespoir de Clemenceau, Poincaré était pressenti. Ce dernier s’étant désisté (il ne veut pas s’user sur un tel poste), nous cherchons. Le Préfet de la Seine, de Selves, homme habile, refuse aussi, connaissant le manque d’indulgence légendaire des députés vis à vis du titulaire de ce portefeuille.

Qui prendre ? Un avocat brillant ? Un ambassadeur ? Un professeur de droit ? En désespoir de cause, des collègues fort marris de cet insuccès dans nos recherches, me proposent, je me demande pourquoi, que nous prenions un élu du Sud-Ouest, plutôt sur Biarritz et environs.

Peu convaincu par leurs arguments, je retourne, ce soir, voir Clemenceau pour lui demander un nom à proposer à Monis.

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