28 avril 1910 : Pétain ne passera jamais général

Ses idées audacieuses lui ont coûté cher. Philippe Pétain a longtemps donné des cours en contradiction avec la doctrine militaire officielle. Cela n’a pas plu.

Pétain et moi, nous nous sommes connus à l’École de Guerre. Il est professeur de tactique de l’infanterie alors que j’enseigne les techniques de police.

« Il a fallu que j’attende 51 ans pour être nommé lieutenant-colonel. Je ne passerai probablement jamais général. » m’indique-t-il.

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Philippe Pétain en 1910

Il reste factuel, froid et complète :

« Vous comprenez : quand j’étais professeur à l’École normale de tir de Châlons, mon enseignement mettant en valeur la puissance de feu qui évite de nombreuses pertes humaines dans nos rangs, a été considéré comme hérétique par le directeur, le général Vonderscherr. A peine six mois après avoir été nommé, j’étais remercié et renvoyé en régiment ! Notre pays préfère l’offensive, l’engagement en corps à corps des fantassins, le mouvement qui emporte la décision. Cela est bel et bon mais néglige tout ce que peut nous apporter l’artillerie. »

J’ai bien en tête les prescriptions rabâchées à des centaines d’élèves de l’école : « La baïonnette est l’arme suprême du fantassin. » Balivernes, sottises sanglantes proférées par des généraux à l’abri dans le confort douillet de leur état-major et qui ne combattront plus.

Pétain se dresse contre tout cela et préconise une stricte coordination entre l’artillerie et l’infanterie. La première protège la seconde. Surtout, la première emporte plus sûrement la décision que la seconde. « Le feu tue. L’offensive, c’est le feu qui avance. La défensive, c’est le feu qui arrête. »

Paroles révolutionnaires.

Pétain a longtemps été seul à parler ainsi, seul contre beaucoup. Il ne passera jamais général.

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Pétain alors qu’il était officier d’état-major. Une carrière peu brillante. Pétain est encore lieutenant-colonel alors que de nombreux camarades de Saint-Cyr et de l’Ecole de Guerre sont déjà généraux.