4 novembre 1907: Ces femmes que nous aimons…

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Je suis frappé par toutes les conventions qui pèsent sur les femmes.

Elles ne peuvent aimer hors mariage sans subir la réprobation générale (contrairement aux hommes). Elles ne peuvent s’habiller sans porter un corset. Les plus belles carrières administratives, industrielles, diplomatiques ou politiques leur restent de facto fermées.

Et pourtant…elles n’ont jamais été aussi cultivées et prêtes à prendre leur envol.

Miss Ella Carmichael,1906, Musée du petit Palais Paris

Plus de liberté pour les femmes pourrait venir paradoxalement… de certains hommes.

– Léon Blum, jeune et audacieux maître des requêtes au Conseil d’Etat vient de me transmettre un essai « Du Mariage » où il défend une forme de polygamie « naturelle jusqu’à un certain âge ». Il regrette qu’une jeune femme, avant le mariage, « soit réduite à choisir entre le déshonneur et la chasteté forcée ». Le Figaro le soutient dans cette recherche de moeurs plus libres.

– Le couturier Paul Poiret qui s’est rendu célèbre en habillant l’actrice Réjane -inoubliable « Madame Sans Gêne » -pousse nos chères compagnes à abandonner le corset. Il remet au goût du jour les robes longues, pleines de coloris chatoyants. La ligne est effilée. Il se dégage une impression de légèreté et de grâce.

La séduction reste au rendez-vous. Les formes et la démarche sont plus naturelles mais tout aussi sensuelles.

Des fois, je me pose cette question bizarre: Comment réagirais-je si mon chef, voire mon ministre était une femme?

Bon, d’ici à ce que cela arrive…il se passera sans doute beaucoup de temps!

2 novembre 1907: Notre armée est-elle prête?

manoeuvres_04.1193987334.jpg carte fantaisiesbergeret.free.fr      La cuisine… au régiment

Dîner hier soir avec ma hiérarchie et une groupe d’officiers supérieurs connus pour leur fidélité républicaine.

Ce que j’ai entendu lors de ce repas se révèle inquiétant.

La force d’une armée ne se compte pas seulement en nombre de canons ou en qualité des fusils. C’est aussi et surtout la qualité des hommes, le mental des troupes et l’adéquation entre ce que la Nation attend et ce que les militaires peuvent produire.

Sur l’ensemble de ces points, les officiers interrogés sont très critiques. L’armée de 1907 leur semble profondément divisée et démoralisée.

Depuis le « scandale des fiches » -le système qui avait été mis en place (ou couvert?) par l’ancien Chef d’Etat Major, le général André, pour s’assurer de la fidélité républicaine des officiers -, il n’y a pas de régiments où l’on ne soupçonne pas tel ou tel sous officier d’avoir été celui qui remplissait les fiches pour l’Etat major, en liaison avec les loges maçonniques locales.

Certes, l’armée était devenue dans les années 1880, 1890 un refuge pour de nombreuses familles très conservatrices -voire ouvertement anti-républicaines – de notre société. Il convenait dès lors de s’assurer que la progression hiérarchique des officiers ne lésait pas ses membres les plus attachés aux valeurs républicaines.

Pour autant, le système mis en place de suivi des officiers par « fiches » rédigées avec l’aide du Grand Orient, a laissé des traces terribles dans chaque régiment. Que contenait ses fiches? Qui les écrivait? Quels étaient les informateurs? Quelles sont les promotions qui restent justifiées et celles qui ne doivent qu’au favoritisme? Les rumeurs les plus folles courent dans les places militaires et chacun soupçonne son voisin des pires intentions. Cela se traduit par des actes symboliques comme le refus de saluer, des allusions publiques blessantes mais aussi des refus ponctuels d’obéir.

Outre ce climat délétère, les officiers présents à notre dîner regrettent le manque d’innovation, d’esprit d’initiative, des différents corps auxquels ils appartiennent. Pour le tir par exemple, on continue à préférer une position réglementaire rigoureuse au mépris de toute efficacité: Les gauchers doivent mettre leur fusil sur l’épaule droite!

La tenue vestimentaire, les défilés en ordre serré, font l’objet de toutes les attentions aux dépens d’un entraînement militaire réaliste par rapport à un conflit possible.

La cooptation qui continue à être la règle dans l’évolution des carrières ainsi que la vie naturelle de garnisons désoeuvrées par la longue période de paix que nous connaissons, favorise l’émergence de chefs épris de routine, soucieux de plaire en hauts lieux et très conformistes.

Pour couronner le tout, le dîner s’est conclus par l’exposé de la situation de nombreux officiers très catholiques qui ont dû participer à l’opération des inventaires des biens de l’Eglise, lorsque le recours à la force publique s’avérait nécessaire.

Ces officiers ont vécus, nous dit-on, ces inventaires comme un véritable déchirement. Leur volonté d’être loyaux par rapport aux ordres reçus était en totale contradiction avec leurs valeurs et leurs croyances personnelles. Pour eux, faire enfoncer la porte d’une église à coups de crosses, faire évacuer des fidèles agenouillés devant la porte et s’opposant physiquement à l’opération d’inventaire des biens des lieux de cultes, a été très éprouvante et nombreux sont ceux qui ont démissionné après avoir accompli leur devoir.

Je me félicite, en entendant cela, de la politique d’apaisement portée par G. Clémenceau dans une circulaire récente adressée aux Préfets. Notre ministre veille maintenant à ce que les opérations dures des années 1905 et 1906, ne se reproduisent plus et il souhaite que la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat s’applique dans un climat apaisé. Comme il l’avait dit à la Chambre: « Nous trouvons que la question de savoir si l’on comptera ou ne comptera pas des chandeliers dans une église ne vaut pas une vie humaine ».

Pour conclure, notre armée m’inquiète et il faudra que le Gouvernement soit attentif au climat dans les régiments, au moral des officiers, à la reconnaissance de la Nation par rapport à ceux qui choisissent le métier des armes. Si nous ne faisons pas cela, nous pourrions être affaiblis dans un monde qui devient de plus en plus belliqueux.

manoeuvres_01.1193987865.jpg carte fantaisiesbergeret.free.fr 

1er novembre 1907: Le Midi, de Ferroul à Mistral

 Rencontre discrète aujourd’hui avec M. Ferroul, maire de Narbonne et l’un des meneurs du mouvement récent dans le Languedoc.

Celui-ci a raison, nous devons faire attention à cette France du sud. Elle produit certes beaucoup de fonctionnaires et donne ainsi le sentiment de « diriger le pays » mais en fait, elle est dépassée par un Nord industriel et minier plus riche, plus commerçant, qui regarde l’avenir sans crainte.

Il faut prendre garde à ce que nos instituteurs zélés ne fasse pas disparaître cette belle langue d’oc que la poésie de Frédéric Mistral tente de faire vivre.

La Provence et les autres régions du midi, sont riches de leurs patois, de leurs coutumes locales. Elles ne nourrissent pour autant guère de volonté « anti-Nord ». L’intervention de la troupe pendant les manifestations vigneronnes du Languedoc ont certes excité les sentiments anti-parisiens. Mais M. Ferroul nous rassure, sa région ne souhaite pas se couper de ce Nord dont elle a tant besoin.

Il nous donne aussi des assurances sur F. Mistral et son groupe « Le Félibrige ». Ces derniers font seulement « vivre » des traditions provençales qui font la richesse de notre pays.

« Tout cela est du folklore » martèle-t’il,  et non la volonté de se mettre en congé d’une République qui compte beaucoup de défenseurs dans ce midi « rouge » et anti-clérical.

30 octobre 1907: Notre voisin détroussé par les « Apaches »

 « L'apache est la plaie de Paris.Plus de 30,000 rôdeurs contre 8,000 sergents de ville. »Le Petit Journal. 20 octobre 1907.

La presse parle souvent de ces bandes de jeunes d’à peine vingt ans qui terrorisent Paris et les grandes villes. Organisées autour d’un caïd, elles se livrent à de nombreux méfaits dans des quartiers qui deviennent leur territoire (Maquis de Montmartre, rue Pierre Leroux, rue de Lappe…).

Soignant leur habillement – pantalons à larges pattes, souliers bien cirés, foulards rouges -, entourés de prostituées (les « gagneuses »), les Apaches fascinent la presse. Leur nom vient d’articles de journaux qui font allusion directement aux Indiens du grand chef Géronimo.

Parfois cruels, ils peuvent aller jusqu’à couper le nez ou les oreilles d’un rival.

L’escroquerie, la cambriole ou le proxénétisme n’ont pas de secrets pour eux. Notre police peine à mettre un terme à leurs agissements.

Notre voisin du dessous a été victime d’une bande de quatre jeunes gens ce matin. Il n’a pas été frappé mais a dû leur céder prestement son portefeuille bien garni puisqu’il sortait de la banque. Repéré à sa sortie de l’établissement, il a sans doute été suivi plusieurs minutes avant d’être attaqué dans un endroit discret où personne ne pouvait lui porter secours.

Jusqu’à présent, les délits de ces voyous avaient plutôt lieu la nuit…nous ne sommes donc plus en sécurité, même de jour!

28 octobre 1907: Charles Pathé, le cinéma en grand!

Ignorant que j’étais! J’avais comme a priori que le cinéma était un phénomène de foire. L’arrivée d’un train « en grand » sur l’écran affolant les spectateurs…ou autres petites scènes amusantes ou farces grossières.
Je restais très éloigné de la réalité que j’ai découverte aujourd’hui.
Journée merveilleuse, enchanteresse chez la Comtesse M…
Dans un même grand salon richement décoré, nous pouvions écouter un industriel du cinéma, Charles Pathé, invité d’honneur; les frères Lafitte, entourés de jolies jeunes actrices comme cette demoiselle du « Français », aux beaux yeux pétillants de malice. Elle jetait des regards amusés sur le fonctionnaire discret mais admiratif que j’étais:

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Charles Pathé qui possède des usines à Vincennes mais aussi à New York et tire plus de 100 kilomètres de films par jour, s’est exclamé qu’il ne souhaite plus que les oeuvres qu’il finance soient projetées par des forains dans des conditions lamentables, avec des copies usées qui déshonorent le travail des réalisateurs.

Il reste maintenant propriétaire des films qu’il loue à des concessionnaires sur lesquels il exerce un contrôle. Les forains se plaignent amèrement de cette mesure qui fragilise les plus petits d’entre eux et favorise les salles fixes qui se montent de plus en plus dans Paris et les autres très grandes villes. 

Toute la journée chez la Comtesse M…, les sociétaires de la Comédie française présents, ont poussé les frères Lafitte à créer un société de films d’art. Ils sont tous persuadés que de grandes fresques historiques pourraient voir le jour et donner ses lettres de noblesse au cinéma, actuellement boudé par les élites.

Nous nous sommes pris à rêver d’un film que retracerait… l’assassinat du Duc de Guise. Avec humour ou gravité, chacun racontait comment il verrait le film, s’il avait à le réaliser. Plusieurs d’entre nous ont évoqué l’idée d’une musique composée spécialement pour cette production. Pourquoi ne pas faire appel à Camille Saint Saëns?

La comédienne Gabrielle Robinne, qui vient de rentrer au Français a su faire entendre sa voix en montrant que puisque la grande actrice Sarah Bernhardt continuait sa carrière au cinéma à plus de 63 ans (!), on devait aussi laisser une place aux jeunes talents de 21 ans…comme elle.

Sa beauté, son talent peuvent lever bien des obstacles et j’ai senti que les frères Lafitte étaient d’ores et déjà conquis.

 

Charles Pathé après nous avoir écouté un long moment nous a indiqué qu’il croyait plus à l’émergence de grands films dans lesquels le peuple pouvait se reconnaître. Il nous a invité à aller voir ou revoir « La Lutte pour la Vie », sorti cette année  et contant l’histoire d’un cheminot qui réussit brillamment sa vie.

Henri Lavedan, lui aussi présent, a répondu que l’idée de films historiques n’entrait pas en contradiction avec les productions pour le peuple. Après tout, chacun pouvait aller voir ce qui lui plaisait. Il n’exclut pas, pour sa part, de monter une pièce au théâtre sur l’assassinat de Duc de Guise et il est prêt à étudier comment cette création pourrait être transposée au cinéma.

J’étais déjà un passionné de peinture; je sens que je vais apprécier encore plus cette autre « toile » fascinante qu’est le cinématographe.

27 octobre 1907: Arsène Lupin, comment être gentilhomme et un peu voyou à la fois

  Maurice Leblanc

Un vrai délassement ces nouvelles du gentleman cambrioleur Arsène Lupin, parues dans la revue « Je Sais Tout » l’an dernier puis publiées cette année en petits livres pas chers.

L’auteur, Maurice Leblanc, nous emmène dans un monde gentiment « canaille » mais aussi élégant. On fréquente les riches et gens bien élevés, les châteaux et hôtels particuliers mais aussi, on vole, on pille, on trompe et on escroque.

Les voyous aux grands coeurs, menés par Lupin, côtoient et volent des bourgeois et aristocrates huppés mais pas toujours droits. A. Lupin redistribue les richesses vers les pauvres (en gardant les oeuvres d’art pour lui!), comme un Robin des Bois des temps modernes.

L’ambiance est à l’humour: La police se couvre souvent de ridicule, les puissants sont trompés et les petites gens sont protégées et vengées.

Le héros reste invincible. Supérieurement intelligent, rapide et souple comme un félin, il contourne ou franchit tous les obstacles, se tire des mauvais pas les plus invraisemblables. Insaisissable, mystérieux, parfois méconnaissable, il excite la curiosité du lecteur. Enveloppé de mystère, il donne envie de tourner les pages pour en savoir plus.

Passionné et séduit par les jolies femmes qui se pressent sur son passage, il s’affirme comme un personnage bien français. Sa force rassure, son humour détend, son élégance naturelle réduit son recours à la violence brute.

La fascination qu’il exerce sur le public, sur les lecteurs, montre que notre société a besoin de ce héros au final rassurant. Il dispense une justice plus équitable que celle des hommes, sans bouleversements sociaux, sans remise en cause trop forte de l’ordre établi.

Arsène Lupin, héros « radical socialiste » en quelque sorte?

24 octobre 1907: Louis Renault, vivre pour l’automobile

Voiturette Renault Type D Série B de 1901

Un déjeuner d’affaire avec quelqu’un qui ira loin: Louis Renault, 30 ans, installé à Boulogne-Billancourt.

Ce dernier est à la tête d’une société qui prend de l’ampleur -près de 2 000 ouvriers – et qui construit des automobiles moins chères qu’ailleurs, plus légères, moins luxueuses que d’autres… mais pas forcément moins fiables.

Il a des idées plein la tête comme le fait de lancer des véhicules équipés d’un compteur qui indique le prix de la course (appelé taximètre), conduits par un chauffeur que l’on peut héler dans la rue, pour être transporté d’un point à un autre, en ville.

Il a aussi un vrai sens commercial: il a déjà ouvert une filiale en Allemagne et une autre en Angleterre. Il se fait aussi remarquer au Grand Prix de l’Automobile club de France

Va-t’il rattraper un jour le premier constructeur français, Peugeot?

En attendant, il a déjà dépassé la myriade de petits constructeurs et assembleurs d’automobiles français. Il construit pour des clients comme moi, sans fortune, mais avec quelques moyens cependant.

Je suis sûr que la police et l’armée auront un jour besoin de ses services.

A suivre…

21 octobre 1907: La police prendra le train!

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C’est la triste conclusion à laquelle nous arrivons actuellement dans le cadre des arbitrages interministériels sur la création des futures brigades mobiles.

L’achat de véhicules est considéré comme trop risqué (les autos sont jugées comme peu fiables, pas assez robustes) et trop coûteux.

Le ministère des armées qui dirige la gendarmerie d’une part, la puissante et influente préfecture de police d’autre part, font valoir le fait que les futures brigades mobiles ne sauraient disposer de moyens qui ne seraient pas mis simultanément à la disposition de toutes les autres forces de sécurité. La jalousie, la ranceur  vis à vis de ce projet qui dérange les habitudes de beaucoup, est forte.

Une réunion au sein du ministère de l’intérieur pour bien caler notre stratégie face à ces oppositions plus fortes que ce qui était attendu nous conduit à revoir nos demandes à la baisse.

Nous renonçons donc aux moyens spéciaux en matière de transport. Nous demandons bien la création de brigades mobiles à la compétence territoriale plus étendue que les forces de police actuelles. Nous préconisons toujours qu’elles utilisent les dernières découvertes de la science. Mais nous renonçons à l’achat d’automobiles pour le moment.

Reste à espérer que les bandits et malfaiteurs feront le même choix budgétaire! Ceux qui vondront quitter précipitemment un département auront, espérons-le,  la « délicatesse » -vis à vis de nous -de le faire …en train!

19 octobre 1907: L’enseignement pour les filles, 25 ans après, ce que nous devons à Camille Sée

  carte fantaisiesbergeret.free.fr

 En réunion au ministère de l’Instruction publique, j’ai eu la chance de croiser Camille Sée. Ce dernier, à l’origine de la loi du 21 décembre 1880 sur les lycées et collèges de jeunes fille, continue, comme membre du Conseil d’Etat (il a abandonné la vie politique) à arpenter les couloirs de l’administration.

Je l’ai reconnu tout de suite et j’ai pu échanger quelques mots avec lui, en lui faisant sentir l’admiration que j’ai pour son oeuvre.

En effet, à un moment où l’école laïque est vivement attaquée dans « L’Echo de Paris » ou « Le Gaulois », notamment par M. Barrès, il est réconfortant de constater que les pionniers de notre enseignement, qui a formé en 25 ans toute une génération de français, sont toujours bien en vie.

Ainsi, ma fille Pauline pourra bénéficier, quand elle sera plus grande, d’un enseignement de qualité et peut-être accéder à des fonctions de professeur.

Camille Sée m’a dit qu’il regrettait que le contenu des enseignements était toujours différent, en 1907, entre filles et garçons. Il a raison, nous devrions évoluer sur cette question. Les filles ne sont pas forcément « condamnées » à rester, lorsqu’elles se marient, à la maison. Il convient dès lors de leur enseigner autre chose que les savoirs faire ménagers. J’ai conscience que je suis un peu seul à penser cela…et je ne montre pas l’exemple puisque mon épouse reste aussi à la maison.

M. Sée m’a aussi confié qu’il avait mal vécu les attaques féroces d’une certaine presse et de l’opposition (voire d’une partie de la majorité) lorsqu’il s’était battu pour la créatrion des internats féminins, seuls à même, selon lui, de garantir un accès réel des jeunes filles des milieux peu fortunés, aux lycées.

Je lui ai indiqué que je veillerai à souffler son nom pour qu’il participe à toute commission de réforme de l’enseignement qui pourrait se créer.

En guise de remerciement, il a pris mon nom et mon adresse, pour me faire parvenir le journal dont il est le dirigeant: « La Revue de l’Enseignement Secondaire des Jeunes Filles ». Je n’en demandais pas tant et je ne suis pas sûr de lire cette feuille avec l’attention qu’elle mérite!

17 octobre 1907: Les révoltes du Languedoc: un mauvais souvenir?

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Ayant commencé ce journal en octobre, je n’ai pu raconter avec quel talent et détermination  mon Ministre a réussi à mettre fin à la révolte des vignerons dans le Languedoc, d’avril à juin dernier.

La crise de mévente du vin méridional avaient conduit, dès 1903,  de nombreux vignerons dans une situation délicate. Au même moment, dans cette région, des négociants s’étaient rendu coupables de fraudes scandaleuses…avec la tolérance ou la passivité d’une partie de l’administration.

Des meneurs ont émergés, pendant que les manifestations de désespoir des vignerons grossissaient, en 1906 puis en début d’année 1907. Les différentes professions ont commencés à rejoindre le mouvement en juin et quatre départements ont vu poindre un début de grève fiscale doublée d’une démission en masse des conseils municipaux.

C’est là que tout le talent de Georges Clémenceau intervient.

Dans un premier temps, il m’a demandé de rédiger à sa signature l’ordre de réquisition de la troupe et les départements du Languedoc ont été rapidement quadrillés par l’armée. Cela a permis de ramener, très progressivement, le calme…Il a fallu cependant déplorer plusieurs morts et blessés après des charges des cuirassiers.

Dans un second temps, les rapports de nos informateurs nous ont permis d’identifier les intentions du meneur, le cabaretier Marcelin Albert.

Ce dernier, fort en gueule, avait décidé de monter à Paris pour faire une entrée remarquée à l’Assemblée nationale.

Ne parvenant pas à ses fins (j’avais fait prévenir les gendarmes gardant le Parlement), il a accepté une invitation de mon Ministre.

Mielleux, charmeur, flatteur…je ne sais comment il s’y est pris, mais mon Ministre a réussi à convaincre Marcelin Albert d’arrêter le mouvement et lui a donné 100 francs pour son voyage de retour.

Celui-ci a accepté.

Erreur fatale…quelques heures plus tard, j’avais la consigne de prévenir les différents journaux que le Ministre avait une nouvelle d’importance à leur donner. Et les journaux se sont mis peu après à titrer sur Marcellin Albert « acceptant de renoncer à son mouvement pour 100 francs » ou « pleurant dans le bureau de Clemenceau ».

Après un tel discrédit, ce meneur traditionnellement si sûr de lui mais finalement bien naïf, s’est constitué prisonnier. Le mouvement a pris fin ensuite assez vite.

La récolte vinicole de cette année sera sans doute médiocre. La surproduction devrait donc diminuer.

 En liaison avec les services de M. Ruau, ministre de l’agriculture, nous mettons la dernière main à des mesures d’apaisement pour les vignerons (réglementation sur le mouillage ou la circulation des vins).

La révolte du Languedoc n’est donc, nous l’espérons, plus qu’un mauvais souvenir.

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