5 juillet 1909 : La chute du Chancelier allemand

La tête du Chancelier vient de tomber. Le prince Bernhard von Bülow, en disgrâce depuis de longs mois, a été malheureusement contraint de remettre sa démission à Guillaume II.

Les socialistes allemands applaudissent, les conservateurs ricanent. Seul le Zentrum, parti catholique de centre droit, regrette cet homme habile, à la mémoire prodigieuse, qui savait faire évoluer par petites touches la lourde monarchie berlinoise.

bulow.1246713379.jpgbulow2.1246713496.jpg

Le Chancelier allemand Bernhard von Bülow donne sa démission

Ce qui l’a trahit ? Guillaume II ne lui a pas pardonné son faible soutien lors de la crise dite « du Daily Telegraph », du nom de cet entretien très maladroit qu’avait donné le Kaiser à un journal anglais en mal de révélations sensationnelles. Il n’a pas admis que, devant le Reichstag, von Bülow laisse entendre que le souverain était seul responsable de ces propos qui ont consterné le monde entier. Pendant toute la durée du scandale, Von Bülow a esquivé les coups, s’est protégé lui-même et a laissé la presse allemande se déchaîner contre Guillaume II.

Aujourd’hui, l’opinion publique allemande acclame le Kaiser, les foules estiment que l’Empereur a injustement été traîné dans la boue et l’applaudissent, enthousiastes, à chacun de ses déplacements. Guillaume II a oublié sa neurasthénie, son abattement profond de l’année 1908. Ses forces retrouvées, la confiance du peuple derrière lui, il se sépare de celui qui l’a, estime-t-il un peu vite, trop mal protégé. Il écarte le prince diablement habile, le chouchou des ambassadeurs des grandes puissances, celui que l’on appelle de Paris, de Londres ou de Moscou pour éviter de parler au souverain.

Il jette à terre ce premier ministre empêtré depuis le début de l’année, dans une réforme fiscale impopulaire et mal comprise, combattue par la droite comme par la gauche.

Von Bülow se retire, blessé. L’homme est orgueilleux et propose ses conseils à son probable successeur Bethmann Hollweg qui n’en a cure. Il envoie lettres sur lettres à ses amis pour protester de sa fidélité à l’Empereur, il justifie son action et démontre que, selon lui, l’Allemagne est plus forte aujourd’hui qu’à sa prise de fonction, en octobre 1900.

Je passe ma fin de semaine à rédiger, pour Clemenceau, une note d’analyse de la situation, avec l’aide de mes collègues du Quai d’Orsay.

Nous insistons sur la probable continuité de la politique de notre puissant voisin. Bethmann Hollweg était déjà vice-chancelier. Il connaît les rouages du pouvoir berlinois et a suffisamment de personnalité, nous semble-t-il, pour résister aux foucades de l’Empereur. Deux éléments nous inquiètent cependant. Le nouvel homme fort souhaite un rapprochement avec la Grande Bretagne et a une forte aversion pour la Russie. Les rapports entre puissances européennes se révèlent tellement fragiles que toute évolution possible de la diplomatie allemande, nous inquiète.

Officiellement, Von Bülow qui n’est plus qu’un fantôme, reste au pouvoir jusqu’au 14 juillet. Il boucle la réforme fiscale, profondément modifiée et amputée par rapport au projet initial du gouvernement. Il sort, une dernière fois, le pouvoir exécutif  » de ce merdier » -pour reprendre l’expression de Guillaume II – et il laissera ensuite les clefs du pouvoir allemand à un Bethmann Hollweg, plus lourd, moins fin que lui mais… très fidèle au Kaiser.

bethmann.1246713958.jpg

Le futur Chancelier von Bethmann-Hollweg

22 juin 1909 : Mao se fâche avec son père

La porte claque violemment. Les deux hommes hurlent, fous de rage. Les invités ne savent plus quelle contenance adopter. Mao Zedong quitte une fois de plus le domicile familial situé dans la province chinoise du Hunan. Sa mère court après lui et le supplie de faire demi-tour :

– Ton père ne pense pas ce qu’il vient de dire ! Oui, tu dois poursuivre tes études et il les paiera ! Mais montre-toi plus tendre avec Luo que nous t’avons choisie pour femme. L’avenir de la ferme passe par le ménage que tu fonderas avec elle. Reviens, Mao…

mao2.1245568799.jpg

Mao Zedong est un adolescent têtu du Hunan âgé de 15 ans

L’adolescent de 15 ans met les poings dans les poches de sa blouse bleue de coton matelassé. Le vent chaud qui balaie la terre sèche et jaune rend heureusement peu audible, pour sa mère tant aimée, sa réponse passionnée:

– Avec ce père qui ne comprend rien, j’ai appris la haine. Quand notre nation est envahie par des étrangers, quand il faut travailler à développer mon pays arriéré, ce paysan nanti ne pense qu’à l’avenir de sa petite propriété de Shaoshan. Mon horizon n’est pas celle du fleuve Yangzi. Il faut sauver la Chine et non s’occuper de mon mariage arrangé et mort-né !

D’un pas décidé, il remonte le chemin qui contourne la rizière paternelle. Il croise deux employés de l’exploitation qui le saluent respectueusement. Il leur jette :

– Vous aussi, vous devriez penser à autre chose qu’au riz de mon père. Les enfants de votre village sont maigres à faire peur, vos femmes n’ont parfois que des galettes de boue à cuire pour le repas du soir alors que les sacs de riz partent par bateau pour des villes lointaines ! 

Mao repense à toutes les maximes de Confucius apprises par coeur lors de sa scolarité à l’école du village. Laquelle d’entre elles pourrait le mieux convaincre ces paysans illettrés ? Les deux ouvriers agricoles le regardent hébétés. Obéir au père de Mao ? Suivre le fils fougueux et opposant ? Ils baissent la tête, incapables de se décider, espérant se faire oublier.

D’un geste impérieux, Mao leur demande soudain de faire un trou à trois pas devant lui. Se sentant d’un coup utiles, les deux paysans s’exécutent servilement et avec leurs outils abîmés aménagent rapidement une petite fosse. Pendant qu’il continue de disserter, Mao s’accroupit au-dessus de celle-ci et se concentre pour déféquer. Sitôt ce dernier soulagé, les deux employés se dépêchent de recouvrir la « production » de leur jeune patron avant que les mouches, qui pullulent en cette saison, n’arrivent sur les lieux.

Mao, fièrement redressé, indifférent à son pantalon souillé, continue sa démonstration :

– Le Japon nous montre la voie à suivre. Il indique qu’une armée asiatique peut vaincre les régiments des puissances occidentales. Ce pays à l’industrie puissante doté d’une administration bien pensée a retrouvé sa dignité et se révèle capable de dominer les étrangers sans foi ni principe.  Mes amis, je vous laisse maintenant mais quand je serai fonctionnaire de l’Empereur, je reviendrai vous sauver !

Enfin seul, Mao retrouve la maxime qu’il cherchait depuis tout à l’heure. Cette phrase destinée à convaincre sa mère et qui fait toute la différence entre le destin de son père et son avenir à lui :

 » Quand vous plantez une graine une fois, vous obtenez une seule et unique récolte. Quand vous instruisez les gens, vous en obtenez cent …  »

mao.1245568915.jpg Mao Zedong dans les années 1909, 1910

8 juin 1909 : Faut-il compromettre l’ambassadeur d’Allemagne?

La photographie est scandaleuse : Une femme, un fouet à la main, assise sur une charrette à bras tirée par deux hommes. Les trois sont célèbres. On distingue Nietzche au coude à coude avec un autre philosophe Paul Rée. Il leur revient de faire avancer le véhicule alors que la dame cocher n’est autre que Lou Andreas-Salomé. Ce cliché assez connu dans le monde de la philosophie, représente le couple platonique formé par trois intellectuels allemands réfléchissant à la mort de Dieu, l’avenir de l’homme, l’esthétique, les rapports entre la morale et les pulsions, la mort et l’amour.

lou-salome.1244404842.jpg

La rayonnante Lou Andreas-Salomé avec les philosophes Friedrich Nietzsche et Paul Rée

Ce qui est plus surprenant, c’est que la photographie est annotée par son excellence l’ambassadeur d’Allemagne et a été glissée dans un livre de Lou Andreas-Salomé : « Enfant des Hommes ». Là où l’histoire devient croustillante, c’est quand on découvre que ces documents ont été récupérés par les services secrets français -le deuxième bureau- et permettent dès lors de compromettre le diplomate allemand.

L’une des femmes de ménage de l’ambassade du Reich à Paris travaille pour nous et a observé l’intérêt caché du fonctionnaire berlinois pour Lou Salomé. Elle a compté tous les clichés qu’il collectionnait fébrilement sur cette fille de protestant luthérien d’origine allemande élevée à Saint-Petersbourg, lisant très jeune Kant et Spinoza. Elle a aussi fait le point sur ses rencontres secrètes avec cette égérie libre, à la sexualité complexe -un temps déesse vierge laïque, puis mangeuse d’hommes – apôtre du féminisme et accoucheuse d’écritures masculines.

Le deuxième bureau a patiemment réuni les pièces d’un dossier où les sympathies socialistes de Lou Salomé ne peuvent que compromettre un diplomate de haut rang qui l’a rencontrée plusieurs fois. La vie de bohême de cette femme encore très belle à cinquante ans, ses correspondances torrides avec certains hommes et plusieurs femmes, son indépendance d’esprit en font quelqu’un d’infréquentable par un ambassadeur obéissant à une hiérarchie berlinoise conservatrice.

En cas de crise diplomatique, si l’ambassadeur ne se montre pas spontanément conciliant, le dossier Salomé pèsera lourd dans la balance.

Pression, chantage, tout cela n’est guère reluisant et n’honore pas, une fois de plus, les services spéciaux de la République.

lou-salome-3.1244405292.jpg

Le regard fier de la philosophe Lou Andreas-Salomé témoigne aussi d’un grand appétit de vivre

Je consulte le dossier qui est arrivé jusque sur mon bureau : le regard fier de Lou Andreas-Salomé bien rendu par les clichés que nous avons d’elle, ses écrits contre l’hypocrisie sociale, ses exigences de droiture, de dévouement à une cause juste, semblent m’envoyer un message clair. Le dossier constitué contre le représentant du Reich ne nous honore pas, nous Français. Le diplomate a bien le droit d’avoir les lectures et les rencontres qu’il veut dans sa vie privée et il est immoral de tenter de le faire « plonger » à cause de cela. Je relis cette phrase de Rilke qui a passionnément aimé, lui aussi, Lou Salomé : » Etre aimé, c’est se consumer dans la flamme. Aimer c’est luire d’une lumière inépuisable. Etre aimé, c’est passer ; aimer c’est durer. » Quel décalage avec cette action crapoteuse des hommes du renseignement !

Je referme la liasse compromettante. D’un geste brusque et décidé, je la jette dans le feu de la grande cheminée du ministère.

Au fur et à mesure que les flammes consument les centaines de pages qui auraient pu salir un diplomate d’une puissance dangereuse pour la France, je repense à cette phrase de Nietzche que Lou Salomé ne cesse de citer : « Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde à ne pas finir monstre soi-même. Si tu plonges longuement ton regard dans l’abîme, l’abîme finit par ancrer son regard en toi ».

lou-salome-2.1244405132.jpg

Lou Andreas-Salomé : « Ce qui importe, ce n’est pas ce que les autres pensent de moi, mais ce que moi, je pense des autres. »

2 juin 1909 : Les Russes sont-ils heureux ?

« Manger, boire, faire la fête, prier »… c’est cela un Russe heureux ? Pas simple de commencer mon article pour le journal Le Temps autrement que par un poncif. Ce quotidien va faire paraître une série d’analyses sur l’état d’esprit des différents peuples occidentaux. J’ai été contacté pour parler des Russes.

paysan-russe2.1243872623.jpg

Les tableaux d’Andrei Ryabushkin décrivent le monde rural russe du début du XXème siècle

Est-ce que ce sont mes liens privilégiés avec l’ambassade et les diplomates de Saint-Petersbourg qui expliquent ce choix ? En attendant, pour boucler les fins de mois, je ne refuse rien et j’ai même obtenu du directeur du Temps, Adrien Hébrard, de scinder l’article en trois parties : je parlerai d’abord des paysans, puis des ouvriers et enfin de la noblesse. On ne peut sérieusement décrire le grand peuple slave en l’appréhendant d’un bloc tant les conditions de vie sont différentes entre un ouvrier métallo des bas-fonds d’Ekatérinbourg, un vieux noble vivant de ses rentes, partageant son temps entre ses terres, Nice, le Lac Majeur ou Moscou et enfin, un paysan qui a accepté de défricher la Sibérie et dont le grand-père était serf.

paysan-russe.1243847663.jpg

Un paysan russe en 1909

Je prends donc ma plume pour parler des campagnes russes. Les notes du Quai d’Orsay que j’utilise comme documentation évoquent « le problème paysan ». Cela commence mal !

Les paysans forment les trois quarts du peuple russe et les réformes du premier ministre Stolypine en leur faveur ne semblent pas donner totalement les résultats escomptés.

Le gouvernement de Saint-Pétersbourg s’efforce de mettre fin aux communautés villageoises. Ces structures arriérées bloquent la mobilité de leurs membres et distribuent périodiquement les terres disponibles des villages aux familles en fonction de leur taille, ce qui conduit à un morcellement des parcelles au fur et à mesure que la population s’agrandit. Ces distributions régulières font tourner les cultivateurs sur les mêmes terres et ne favorisent pas leur motivation individuelle à long terme : travailler un même lopin pendant trois ou quatre ans et le céder ensuite à un voisin demande un sens de l’intérêt général pas toujours très répandu.

paysan-russe3.1243872856.jpg

En réaction, Stolypine veut donc faire émerger un peuple de petits paysans propriétaires. Il est temps ! On considère que 52 % des paysans cultivent actuellement un lot de taille insuffisante pour nourrir convenablement leurs proches. Un tiers des exploitations n’a pas de cheval pour tirer une charrue. Le taux de mortalité dans les campagnes est le double de celui constaté en France. Les sécheresses (celle de 1892 est restée dans les mémoires) ou les inondations conduisent à d’épouvantables catastrophes.

Mes collègues du Quai ne manquent pas d’insister sur la lourdeur de la fiscalité paysanne. L’Etat taxe fortement les échanges et achats de sucre, de thé, de vodka, de tabac ou de fer.

Le pouvoir russe refuse de distribuer les terres appartenant à la noblesse alors que celle-ci n’investit souvent pas suffisamment dans ses domaines.

L’émergence d’une classe de petits propriétaires conduit aussi à la division du monde paysan où s’affrontent les intérêts devenus divergents de cultivateurs au bord de la famine d’une part et de responsables de petites exploitations connaissant une certaine aisance, s’efforçant de moderniser leur outil de travail, d’autre part.

paysan-russe4.1243873146.jpg

« En attendant, la Russie exporte du blé. Tout ne va donc pas si mal.  » La distribution de crédit par des banques spécialisées, la mise en place de coopératives aidant à la stabilisation des prix et à la mise à disposition de matériel plus performant, le défrichement de nouvelles terres, favorisent un début d’aisance dans une partie des campagnes.

Alors, heureux les paysans russes ? La moitié a quitté sa communauté d’origine et bénéficie de nouvelles parcelles, fruits des conquêtes sur les forêts ou de remembrements. Cela suffit-il au bonheur ? Il n’y a plus de révolte paysanne depuis 1905. Est-ce en raison des lourdes condamnations qui ont frappé les meneurs de l’époque ou parce que les conditions de vie ont progressé ? Les notes du Quai restent interrogatives.

Je ne sais comment conclure mon article pour Le Temps avec ces incertitudes sauf à rappeler ce que dit le ministre anglais Winston Churchill : « la Russie est un rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme. » 

paysane-russe.1243847900.jpg paysanne.1243870172.jpg

Des paysannes russes en 1909

31 mai 1909 : Coppola cherche un… parrain

« Agostino Coppola, c’est lui ! » Luigi Albertini, directeur du Corriere della Sera, le grand quotidien italien, profite de son voyage aux Etats-Unis pour retrouver des compatriotes. Il serre la main du futur papa qu’on lui présente et  s’assoit en face de lui. L’Italo-américain est de petite taille, trapu, très brun, barbu, marié à une certaine Marie Zasa, enceinte.

Albertini envisage, à l’attention de ses lecteurs milanais, romains ou napolitains, une succession d’articles sur l’émigration italienne au pays de l’oncle Sam, avec pour titre : « que sont-ils devenus ? »

mulberry-street_nyc.1243682055.jpg

Mulberry Street à New-York, Manhattan, le charme de Little Italy, une ville dans la ville.

Il considère que la presse de son pays ne peut plus passer sous silence le devenir des 200 000 compatriotes qui quittent chaque année leurs Abruzes, Toscane ou Sicile natales. Beaucoup franchissent les Alpes et tentent de s’établir dans une France pas toujours très accueillante. Mais une bonne moitié achète un billet de troisième classe sur un transatlantique et tente l’aventure américaine. Ellis Island, l’accueil de tous les immigrants, le contrôle sanitaire puis l’enregistrement du nom : l’ami de Coppola, pour démarrer dans sa nouvelle vie, en a profité pour troquer son patronyme « Andolini » pour celui de « Corleone », petite bourgade sicilienne où sa famille est restée.

Les Italiens aux Etats-Unis ? Ils sont pour la plupart employés de travaux publics, manutentionnaires, petits commerçants… ou voyous. Ils se regroupent entre eux et colonisent, par exemple, des quartiers entiers de Manhattan : les rues Mott, Elisabeth et Mulberry au nord de Canal Street délimitent la Little Italy, ville dans la ville où la langue de Shakespeare n’est pratiquement jamais utilisée. Il y règne une ambiance bon enfant. On vit dehors l’été et on passe des heures dans les cafés l’hiver. Les étals en plein vent des marchands de fruits et légumes donnent une touche de gaité supplémentaire à des quartiers où personne ne roule sur l’or mais où tout le monde se serre les coudes.

Agostino Coppola rêve que son futur enfant sorte de sa modeste condition initiale :

« Il faudra qu’il soit artiste, qu’il fasse de la musique par exemple. Pour qu’il n’ait besoin de rien, je vais racheter l’armurerie qui fait l’angle et j’espère que grâce à mes ventes de fusils, il pourra grandir en pensant à autre chose que se nourrir comme je suis forcé de le faire ! »

Le patron de presse Albertini se sent obligé d’y aller aussi de sa suggestion : « Le monde du spectacle commence à faire bon accueil aux Italiens. Danseurs, chanteurs, acteurs… nos compatriotes ont des dons indéniables. Nous le constatons aux processions de la fête de San Gennaro. C’est un peu tôt pour y penser mais votre rejeton pourrait peut-être fréquenter ce nouvel art qu’est le cinématographe ? »

Agostino se rembrunit :  » Les quelques films que j’ai vu ne sont pas sérieux ! Je vois bien mon fils flûtiste mais c’est absurde d’imaginer un Coppola dans le cinéma ! En attendant, Monsieur le directeur du grand journal, nous cherchons un monsieur puissant pour protéger notre futur enfant.

– Vous voulez que je sois… son parrain ? »

luigi_albertini.1243684541.jpg 

Luigi Albertini, directeur du grand  journal italien Corriere de la Sera, rencontre ce jour Agostino Coppola qui aura un fils, Carmine, flûtiste, chef d’orchestre et compositeur. Carmine sera lui aussi le papa d’un garçon, un certain Francis Ford…

little-italy.1243685339.jpg

little-italy2.1243686177.jpg

little-italy3.1243686410.jpg

Little Italy, New-York 1909

24 mai 1909 : Les petits Français ne découvriront pas la Suède

Deux livres en concurrence : à ma droite, Le tour de la France par deux enfants par G. Bruno, à ma gauche, Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède de Selma Lagerlöf.

nils.1243087200.jpg

Nils Holgersson voyage depuis 1906 sur le dos d’une oie et pourrait bien atterrir en France si le ministère de l’Instruction publique le veut bien…

Une commission des programmes de l’Instruction publique doit trancher ce jour entre les deux ouvrages : lequel sera diffusé à la rentrée à nos charmantes têtes blondes et leur fera découvrir le chemin pour devenir des adultes citoyens et responsables ? Pour une fois, je siège comme simple représentant du ministère l’Intérieur et la décision appartiendra au président, un madré recteur d’une soixantaine d’années qui a survécu à tous les changements de ministère des vingt dernières années.

L’ouvrage de G. Bruno est devenu un classique de la littérature pour enfants. Depuis sa première édition en 1876, plus de cinq millions d’exemplaires ont été vendus et des générations entières d’enfants ont découvert la France en emboîtant le pas à André et Julien Volden qui quittent Phalsbourg, aux confins de la Lorraine et de l’Alsace annexées par le IIème Reich, pour rejoindre un oncle Frantz qui devrait être à Marseille. Ils devront faire le tour de notre pays pour arriver à leur but, en découvrant les régions, les métiers, les monuments et les paysages qui font notre pays. Livre de lecture, leçon de choses, pétri de morale républicaine, « Le Tour de la France » apparaît comme indétrônable dans l’environnement des hussards de la République. 

tour-de-france-par-deux-enfants.1243087599.jpg

Le Tour de la France par deux enfants : plusieurs millions d’exemplaires vendus, des dizaines de rééditions depuis sa sortie en 1876…

Face à ce poids lourd, à ce géant de la littérature scolaire, le pauvre Nils Holgersson, ramené de surcroît, en début de roman, à la taille d’un lutin, accroché avec l’énergie du désespoir à une oie qui s’envole vers des contrées peuplées de créatures surprenantes et parfois fantastiques, conserve peu de chances de s’imposer. En 1909, Nils n’est pas encore traduit dans la langue de Molière et seuls quelques inspecteurs généraux de l’Instruction publique l’ont lu dans sa version anglaise. Et pourtant, nous sommes déjà quelques-uns à vouloir mieux diffuser ce beau texte, très bien écrit par un amoureuse de la Nature, Selma Lagerlöf.

nils-holgersson.1243088907.jpg

Le pauvre Nils va avoir du mal à faire le poids face à une commission des programmes de l’Instruction publique

Le président de la commission se retourne vers moi :

 » – Mais pourquoi voulez-vous que les écoliers français aillent apprendre ce qu’est la plaine d’Östergötland ou le lac Mälaren alors que les départements français sont déjà nombreux et difficilement mémorisables ?

– L’un n’empêche pas l’autre. Nils connaît des épreuves universelles comme le froid, la faim, la peur et même la mort. Il s’interroge sur les valeurs de solidarité dans l’épreuve, de générosité ou de courage. Si c’est la Suède qu’il parcourt en tous sens, c’est l’âme humaine qu’il sonde pour en extraire ce qu’il y a de meilleur. Il montre que seule l’humilité et le respect de l’autre mènent à la vraie connaissance et au bonheur dans la vie. Les pays anglo-saxons ne s’y sont pas trompés et le Voyage de Nils est déjà diffusé à des centaines de milliers d’exemplaires et lu par des millions d’adultes.

– Rien n’empêche nos enfants de lire ce livre chez eux. G. Bruno diffuse, lui, une morale républicaine, rigoureusement laïque, à laquelle nous sommes attachés. Les légendes scandinaves reprises par l’ouvrage de Lagerlöf n’intéressent pas des petits paysans auvergnats ou bourguignons qui ne sortent guère de leur village et n’ont jamais vu la mer !

– Justement, ouvrons les fenêtres des classes, faisons voyager les gamins par le livre ! Et puis, laissons une chance à cette femme écrivain, institutrice, la possibilité d’entrer dans les bibliothèques françaises.

– Mais savez-vous, monsieur le conseiller, que G. Bruno est aussi une femme. Son vrai nom est Augustine Fouillée. Deux-cents gravures , cartes ou portraits viennent illustrer son ouvrage et faire rêver des bambins des campagnes qui ne connaissent souvent, comme grande ville, que le chef lieu de leur département. Les enseignants qui l’utilisent, l’ont eux-mêmes découvert pour apprendre la lecture lorsqu’ils étaient élèves.

Tandis que le Voyage de Nils n’est qu’une aventure exotique qui n’intéressera que quelques héritiers de la grande bourgeoisie parisienne, le Tour de la France par deux enfants s’affirme, depuis plus de quarante ans, comme un des éléments de notre patrimoine populaire.

L’Instruction publique en commandera donc un million d’exemplaires de plus !  »

tour-de-france-par-deux-enfants3.1243088224.jpg

 La laiterie et la fabrication du beurre vue par les deux enfants pendant leur incroyable Tour de France

tour-de-france-par-deux-enfants2.1243087790.jpg

Le « Tour de la France par deux enfants » est aussi l’occasion de donner une certaine vision du monde de 1909…

nils2.1243089166.jpg

Les petits Français attendront avant de découvrir le monde merveilleux de Nils Holgersson. La connaissance de la Patrie passe avant tout !

22 mai 1909 : Je recrute « Lawrence d’Arabie »

Mission du moment peu évidente : trouver un ou des jeunes gens capables d’effectuer des opérations secrètes au Proche-Orient, dans cet empire ottoman en pleine décomposition et soumis aux convoitises de toutes les puissances européennes. Les conditions à remplir ? Parler au moins l’anglais et le français, être à l’aise dans les pays arabes, posséder une solide culture générale facilitant la compréhension des enjeux complexes de cette région et enfin être un sportif accompli. Pas évident de mettre la main sur l’oiseau rare.

Les officiers du 2ème bureau sont trop vieux, pas assez mobiles ; les diplomates français ne veulent à aucun prix servir pour l’armée ; les jeunes Saint-Cyriens se méfient d’une carrière dans les services secrets qui n’ont pas toujours une réputation de grande droiture. Mes recherches sont donc jusqu’à présent restées vaines et c’est le pur hasard qui me fait tomber, ce jour, sur un personnage hors du commun.

lawrence3.1242927449.jpg

Les cheveux clairs, élancé, le menton volontaire, issu d’Oxford, c’est un Anglais de vingt-deux ans qui parle notre langue presque sans accent. Il a déjà voyagé au Proche Orient…

Les cheveux châtains clairs, élancé, le menton volontaire, issu d’Oxford, c’est un Anglais de vingt-deux ans qui parle notre langue presque sans accent. Vêtu d’une veste de tweed simple mais bien coupée, il a de l’allure dans sa chemise d’un blanc impeccable. Des gestes mesurés, une vraie attention aux préoccupations d’autrui, un léger sourire montrant son empathie, il s’affirme déjà comme un parfait gentleman.

Il a parcouru en tous sens notre pays à bicyclette, seul ou avec des amis et a écrit à sa mère de longues lettres sur nos monuments et cathédrales. Il connaît Chartres, Aigues-Mortes, Carcassonne, le Mont-Saint Michel… Il a tout retenu de notre patrimoine architectural et ses mollets sont durs comme de l’acier.

Mais surtout, il est déjà allé à Beyrouth, Saïda, Tripoli, Damas, Hassan… Là-bas, il a su se fondre dans la population, a commencé à apprendre la langue, les coutumes, avec pour seules ressources son intelligence, ses capacités d’adaptation et un courage physique hors du commun. Marcher en pleine chaleur, dormir peu, après une longue étape, pour repartir à l’aube, ne lui font pas peur et ne l’empêchent nullement de tout retenir de ce qu’il voit et entend, grâce à une mémoire qui ne lui fait jamais défaut.

Notre rencontre a lieu au musée de Rouen où il examine pendant trois jours toute la collection avec un regard de spécialiste. Il écoute ma proposition avec intérêt et pendant que je parle, son regard bleu gris bienveillant, m’invite à aller jusqu’au bout, sans avoir à craindre une mauvaise réaction de sa part.

Il me répond avec tact, courtoisie et humour.

 » Monsieur le conseiller, votre proposition de travailler pour la République française est un grand honneur pour moi. Je suis sensible à votre argument de donner une tournure concrète à l’Entente cordiale entre nos deux pays en engageant un jeune diplômé britannique dans les rangs des services secrets français.

Je ne suis cependant pas sûr d’être l’homme qu’il vous faut. Ma thèse de doctorat sur L’influence des croisades sur l’architecture militaire européenne me prépare mal à vous transmettre des rapports de qualité sur le tracé stratégique de la ligne de chemin de fer Berlin-Bagdad et sur les tribulations des Allemands à Damas ! Je me vois plus faire des fouilles tranquilles près de l’Euphrate pour le Magdalen College que surveiller les agents en casque à pointe du Kaiser. 

Ma passion pour le monde arabe s’accommode plus d’activités civiles et pacifiques que de missions militaires. Et puis, je suis, avant tout, sujet de sa gracieuse Majesté. Je lui dois fidélité absolue. Aider la République française, pourquoi pas ? Mais je ne peux pas prendre votre uniforme…  »

Je ne me décourage pas de cette réponse et prend ses coordonnées sur un petit carnet.

 » Cher ami, je note votre nom sur mon calepin de cette façon : Thomas Edward Lawrence, l’Anglais qui parle trois langues et comprend, déjà très jeune, le Proche Orient. A toutes les capacités pour nous aider dans la région. Transmettre au 2ème bureau une fiche, en lui donnant pour nom de code : Lawrence d’Arabie.  »

lawrence2.1242927065.jpg

Bien penser à transmettre au 2ème bureau une fiche en lui donnant pour nom de code : « Lawrence d’Arabie »…

8 mai 1909 :  » Les Français ne sont pas comme je l’imaginais ! »

Soirée rue Montaigne, à l’hôtel Porgès, devenu l’annexe officieuse de l’ambassade d’Autriche (la femme du diamantaire Jules Porgès est autrichienne).

Une voix bien timbrée, un léger accent germanique : « Les Français ne sont pas comme je les imaginais ! »

hotel-porges.1241702673.jpg

L’hôtel Porgès abrite de nombreuses soirées de l’ambassade d’Autriche en France

Un jeune homme mince et brun, de taille moyenne, très poli, au costume impeccablement coupé, s’approche de moi. Il se qualifie d’écrivain, voyageur, poète à ses heures. Il est né à Vienne, parle un excellent français. Il sait que nous avons une connaissance commune rencontrée chez Auguste Rodin : Emile Verhaeren.

Il continue :  » Paris est la ville de l’éternelle jeunesse. Les étudiants côtoient les écrivains, les peintres, les ouvriers, les bourgeois, sans frontière de classes, de revenus et tout cela dans une atmosphère joyeuse. Rien à voir avec l’ambiance empesée des villes de l’est de l’Europe ! »

Il est toujours agréable d’entendre un étranger dire du bien de nous. Je lui demande son nom :

 » Stefan Zweig, monsieur le conseiller  » répond-il en s’inclinant après m’avoir tendu sa carte.

Il ajoute :  » Moi qui imaginais vos artistes enfermés dans des salons mondains ennuyeux faisant la conversation avec des pédants ! Quant à vos femmes, je les voyais fort élégantes, pleines de charme mais un peu légères. Alors que dans tous les foyers français où je suis invité, il n’y a pas plus sérieux, plus dévoué à sa famille, plus loyales compagnes que vos maîtresses de maison. L’Europe se meurt de ces a priori que nous avons tous, les uns sur les autres.

Il flotte sur Paris un air frais, une insouciance, une envie de bien vivre qui contrastent avec ce que j’ai connu pendant toute ma jeunesse à Vienne. Je souris quand je vois le soir des couples s’enlacer ou d’autres se mettre à danser en pleine rue sous l’oeil bienveillant d’un sergent de ville. Cela me surprend agréablement de voir entrer, dans des hôtels, de bien belles filles aux bras de noirs ou d’asiatiques : tout cela reste inconnu dans de nombreuses autres villes de notre continent. Vous êtes un peuple léger et libre.  »

Le représentant du peuple « léger et libre » que je suis part alors reprendre une coupe de champagne. Je la vide, fier comme Artaban, sans m’interroger plus loin sur ce qui relève, dans le discours de Zweig d’une exquise politesse et ce qui correspond à une appréciation plus raisonnée.

Zweig me ramène alors au sens des réalités :  » Vous autres, Français, il faudra tout de même que vous vous interrogiez un jour sur les raisons pour lesquelles tous les peuples d’Europe ont autant d’a priori vous concernant. Cette situation est d’autant plus regrettable qu’il est rare que la réalité rattrape le terrain perdu sur la légende. »

ambassade-en-1910.1241702852.jpg 

Un salon d’ambassade en 1909

 stefan-zweig-et-son-frere-alfred-a-vienne.1241703507.jpg

Stefan Zweig (à droite) et son frère grandissent à Vienne

zweig2.1241703626.jpg

Stefan Zweig en 1909. Ecrivain, grand voyageur, admirateur du poète Emile Verhaeren, témoin d’une époque, européen convaincu.

27 avril 1909 : Félicitations inattendues de l’ambassadeur de Russie

Réception la nuit dernière à l’ambassade de Russie à Paris. Je ne sais plus trop ce que l’on fête : la dernière tranche émise d’emprunts russes, le trente millième kilomètre de chemins de fer ouvert ou le prochain anniversaire du tsar ?

De beaux uniformes blancs rouges et bleus d’officiers de la garde encadrant l’attaché militaire, des robes de soirée moirées et froufroutantes, un orchestre et des danseurs infatigables, des bouteilles de champagne marquées du grand « N » initiale de l’empereur de toutes les Russies : rien n’est trop beau pour célébrer l’Entente cordiale.

zinaidayoussoupovna.1240761338.jpg valentin-serovportrait-of-sophia-botkina.1240761490.jpg

Valentin Serov peint deux princesses moscovites qui honorent de leur présence la soirée à l’ambassade de Russie…

Le vieil ambassadeur Alexander Nelidov me prend soudain à part et me congratule bruyamment :

– Je ne pensais pas que votre affection pour notre peuple, notre culture et la dynastie allait jusque-là!

Devant mon étonnement, il complète :

– Je savais déjà que votre fils aîné portait le même prénom que le tsar et je trouvais cela d’un tact admirable de la part d’un conseiller de Clemenceau. J’apprends aujourd’hui que vous venez de donner le prénom du tsarévitch (ndlr: le fils du tsar) Alexis à votre petit dernier. Tout cela nous touche infiniment et je vous remets une lettre de félicitations de la part du ministre des affaires étrangères Isvolsky.

Je prends la missive en m’inclinant respectueusement et ajoute, avec une envie sincère de faire plaisir, teintée d’une pointe d’ironie :

– Votre Excellence est trop bonne de s’intéresser à ma modeste personne. La Russie reste effectivement une passion familiale. Dois-je ajouter que j’assiste à toutes les représentations des ballets russes ? Mon épouse s’appelle Nathalie -vous diriez Nataliya – et ma mère se rend chaque année dans votre pays et s’efforce, à 70 ans, d’apprendre la langue de Tolstoï ! 

Nelidov me saisit la main affectueusement et me lance, d’une voix mielleuse mais avec un regard soudain durci, cette flèche inattendue  :

– Monsieur le conseiller, j’en oublierais presque que vous êtes l’auteur d’une des notes administratives de mise en garde les plus dures sur les emprunts garantis par mon gouvernement !

22 avril 1909 : Rio ne répond plus…

Depuis quelques jours, nous sommes sans nouvelle de notre ambassade à Rio. Les courriers diplomatiques restent sans réponse et le télégraphe est en panne. Personne ne se préoccupe trop de cette situation : nos liens avec le Brésil n’ont pas la même intensité que ceux qui nous unissent aux pays d’Europe, à notre Empire colonial ou aux Etats-Unis. Pour autant, l’essor industriel de ce pays où l’argent du café est recyclé dans des usines et des chemins de fer neufs, attire les convoitises des investisseurs. Les groupes Matarazzo, Votorontim ou Lundgren émettent des actions dont la valeur augmente chaque mois. Il y a de gros profits à faire de ce côté de l’Atlantique et la France ne peut être absente.

rio.1240377283.jpg

Rio de Janeiro au début du XXème siècle…

Le Quai nous confirme avec insistance: « Rio ne répond plus ». Que faire ? Nous utilisons les câbles sous-marins britanniques pour communiquer avec l’Amérique latine. Nous sommes nombreux à être persuadés que Londres lit attentivement toute notre correspondance diplomatique même si celle-ci est codée. Nous allons devoir prendre contact avec la capitale anglaise pour demander le rétablissement de la communication. Est-elle coupée pour des raisons techniques ? Ou peut-on imaginer que la France serait momentanément mise à l’écart d’informations sensibles pendant que nos voisins d’outre-Manche s’emparent de marchés juteux ou injectent discrètement des capitaux à des endroits très profitables ? « L’Entente cordiale n’empêche pas la vie des affaires » ne cessent de répéter les Anglais.

Rio ne répond plus : fâcheux aussi au moment où Clemenceau souhaite se rendre sur place. « Dès que la Chambre n’aura plus besoin de mes services, je prends le bateau pour faire des conférences dans toutes les universités d’Amérique latine. Elles m’invitent avec une telle chaleur que je ne peux refuser. » Je suis chargé des prises de contact avec les différents établissements et mon travail est donc interrompu.

La France paie cher le fait de ne pas avoir investi dans des liaisons sous-marines de qualité avec les différents endroits de la planète. 90 % des câbles sont britanniques. Pour parler avec Rio, il faut passer par Londres ou, du moins, utiliser les tuyaux de nos voisins. Et quand la Grande-Bretagne a autre chose à faire que de s’occuper de nos petites pannes de liaisons diplomatiques… le Quai s’affole, s’agite et répète hébété : « Rio ne répond plus ».

rio2.1240377382.jpg

Une avenue de Rio de Janeiro dans les années 1900

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑